N°46 - novembre 1996

Responsable : A. Cazé (Orléans)

ISSN : 1261-1913

Sommaire

* 1.Compte rendu de l’Assemblée générale de l’AFEA tenue le 4 octobre 1996
* 2. Liste des ateliers du congrès de Metz (avec nom, affectation et adresse des directeurs)
* 3. Congrès de Toulouse 1998 : proposition de Marc Chénetier et Jacques Portes

1. Compte rendu de l’Assemblée générale de l’AFEA tenue le 4 octobre 1996

Sommaire du CR de l’AG

* Quitus au trésorier
* Élections
* Revue française d’études américaines
* CNU

Quitus au trésorier
Serge Ricard présente les comptes 1995, en grande partie gérés par l’ancien trésorier François Happe. Le solde est positif. Les deux commissaires aux comptes n’ayant pas encore vérifié ceux-ci, un quitus conditionnel, sous réserve de leur approbation, est voté à l’unanimité.

Sommaire du CR de l’AG

Élections
Trois postes sont à pourvoir au bureau. François Weil, en fin de premier mandat, ne désire pas se représenter ; Benédicte Chorier, secrétaire générale, quitte le bureau pour raisons personnelles ; Jean Kempf, trésorier adjoint, arrive à la fin de son deuxième mandat. Trois candidatures sont parvenues à John Atherton : Françoise Sammarcelli, professeur de littérature américaine à Lille III, Vincent Michelot, MC de civilisation américaine à Lyon II, et Jean-Paul Gabilliet, MC de civilisation américaine à Bordeaux. Les trois candidats sont élus à l’unanimité, V. Michelot succédant à B. Chorier comme secrétaire général et J.-P. Gabilliet à J. Kempf en tant que trésorier adjoint. J. Atherton remarque que la composition du bureau, modèle de « political correctness » dans certains domaines (6 hommes/6 femmes, 6 professeurs/6 maîtres de conférences), accuse un léger déséquilibre en faveur de la civilisation ; il rappelle qu’en mai 1997, ce sont trois civilisationnistes (Sophie Body-Gendrot, Marie-Jeanne Rossignol et lui-même) qui quitteront le bureau, donnant ainsi à l’association la possibilité de rééquilibrer la composition de son bureau dans le domaine disciplinaire.

RFEA
Les deux rédacteurs de la Revue arrivant à la fin de leur mandat, se pose le problème de leur succession. Deux collègues ont été pressentis, avec l’aval du bureau et du comité de rédaction, et ont accepté cette lourde charge : il s’agit de Marie-Christine Lemardeley-Cunci, professeur à Paris III, spécialiste de littérature contemporaine et de poésie, et d’Hubert Perrier, professeur à Paris XIII, spécialiste d’histoire sociale et culturelle du 19e siècle. Tous deux sont élus à l’unanimité.

John Atherton fait ensuite un compte-rendu de la réunion du comité de rédaction qui s’est tenue la veille.

1) Le comité de rédaction a décidé d’être plus actif, et de se réunir trois fois par an (en octobre, janvier et mai) dans le double but de faire le bilan des articles reçus par la Revue pour voir s’il y a lieu de les regrouper, et de participer plus étroitement à l’élaboration des numéros thématiques, dès l’avant-projet, afin que le responsable du thème bénéficie des contacts et suggestions de ses collègues. Les projets présentés à l’AG seraient ainsi mieux préparés.

2) Les numéros consacrés au congrès paraissent peu cohérents au comité de rédaction, qui proposera quelques solutions en mai 1997, et demande à tous les membres de l’association d’envoyer leurs suggestions aux nouveaux rédacteurs.

3) Pour le numéro 78 de la Revue, une seule suggestion a été reçue par les rédacteurs, « Affirmative action », ce qui pose problème car ce numéro devrait être consacré à la littérature, pour respecter l’alternance. Il y a donc appel à propositions en littérature pour ce numéro, à adresser à M. Granger et S. Body-Gendrot pour examen. L’AG mandate le comité de rédaction et le bureau pour fixer le thème du numéro 78.

CNU
Jean-Robert Rougé, président du CNU pour la 11ème section, rappelle la tradition qui veut que le président du CNU fasse un compte-rendu devant les associations de spécialistes, afin d’assurer la circulation de l’information. Il fait le bilan de la session 1996. Le CNU a changé de composition et de fonctionnement : 48 membres (24 professeurs et 24 maîtres de conférences), donc une assemblée très difficile à faire fonctionner, qui cumule les tâches de qualification et de promotion, d’où un calendrier très lourd et serré.

Pour les qualifications de MC, le CNU a retenu 116 des 171 canditats sélectionnés par les commissions de spécialistes locales. 140 postes avaient été publiés, donc tous n’ont pas pu être pourvus. J.-R. Rougé pose le problème de la fonction du CNU : pourvoir tous les postes ou juger en toute impartialité ? Il constate que nombre de candidats avaient des doctorats étrangers, que les agrégés étaient minoritaires (40%), et s’inquiète de l’inflation des mentions de thèse « Très honorable avec les félicitations du jury », au point que les félicitations en perdent leur sens. Il faudrait qu’il y ait une définition nationale du doctorat et des mentions, ainsi qu’une meilleure cohérence entre la mention et le rapport de thèse, parfois contradictoires.

Bernard Vincent mentionne les consignes données par la Présidence de l’Université d’Orléans concernant les mentions : vote à bulletin secret, et félicitations si les votes sont unanimes. Pierre-Yves Pétillon indique que la même procédure existe à Lyon. Il faudrait en faire une consigne nationale.

L’assemblée prend alors la parole : Claire Bruyère, évoquant l’article de Sylvia Ullmo dans le bulletin du SNESup, souhaite que l’AFEA s’exprime sur le fonctionnement du CNU. Marianne Debouzy enchaîne pour s’inquiéter que l’on remette ainsi en cause le travail des commissions de spécialistes et des jurys de thèse, ce qui pose des problèmes de déontologie par rapport aux personnes dont on examine les travaux. Elle évoque également le problème des promotions, posant la question : « Faut-il être nommé pour être promu ? » Son indignation est partagée par Bernard Vincent, qui espère que de tels agissements ne se reproduiront plus. Marc Chénetier déplore que le CNU nouvelle manière ne fonctionne pas de manière consensuelle, et demande à J.-R. Rougé de faire part des observations de l’AG de l’AFEA auprès du CNU, l’information se devant d’être mutuelle. Il juge « navrant » le geste du ministère qui a nommé massivement selon des critères idéologiques, alors que les nominations sont conçues pour rééquilibrer les disciplines. Philippe Michelot rappelle que les nominations ont été confiées à une seule personne, qui a rendu un bien mauvais service au CNU. Concernant le rôle du CNU par rapport aux CS locales et aux jurys de thèse, J.-R. Rougé rappelle qu’il doit rétablir une cohérence nationale. Serge Ricard souligne qu’il existe des jurys de complaisance, et trouve bon qu’une instance nationale corrige certaines erreurs. Il faudrait définir des critères de qualification, mais J.-R. Rougé juge difficile de le faire a priori. Les critères sont scientifiques (thèses, rapports, publications, activités diverses). Taffy Martin souhaite que soient publiées des « guidelines » pour les candidats, notamment les étrangers. Michel Granger fait état de décisions du CNU qui vont à l’encontre des CS locales, brisant ainsi l’élan de certains centres de recherche, et déplore que le CNU juge dans avoir toutes les informations nécessaires. J.-R. Rougé répond que le CNU ne connaît pas les classements des CS et juge sur dossiers, sans connaître les finalités professionnelles des choix des CS. S. Ullmo, répondant à S. Ricard, rappelle que la fonction du CNU n’est pas de décerner un prix national, mais simplement de vérifier la recevabilité d’une candidature, de lui décerner une mention « passable », et dénonce les critères coutumiers du CNU, qui exprime des exigences supérieures à celles de la loi. Michel Bandry résume la discussion en déclarant que la session de cette année a démontré que le nouveau système était mauvais, notamment parce qu’il conduit à des situations aberrantes. Il rappelle qu’auparavant, des candidats qualifiés en Sciences du langage ou en Histoire pouvaient candidater à des postes de 11ème section, et être retenus par les CS en fonction de leurs besoins, alors que maintenant ces candidats sont jugés par le CNU de la 11ème section, qui n’est pas compétent. S. Ullmo voudrait que soit prise en compte la diversité des formations et des profils, et demande la création d’une instance de recours. L’AG vote la motion suivante proposée par C. Bruyère et M. Bandry, à l’unanimité moins une abstention et un refus de vote : « L’Assemblée Générale de l’AFEA, réunie le 4 octobre 1996, constate que la procédure de recrutement des maîtres de conférences et professeurs mise en place en 1996 pose de multiples problèmes qui n’existaient pas lorsque la qualification précédait les choix des commissions de spécialistes. Elle demande que soit rétablie la procédure qui donne une validation nationale aux travaux des candidats et permet aux CS de recruter de futurs enseignants selon les besoins des établissements. ».

2. Liste des ateliers du congrès de Metz (avec nom, affectation et adresse des directeurs)

A Arts

« Invention de l’avenir, invention sans avenir ? Le cinéma américain représente la Science » (Cinéma 1, Serge Chauvin, Université de Paris X-Nanterre)

« Le cinéma américain victime de ses technologies » (Cinéma 2, Michel Etcheverry, Université d’Orléans)

« Art et science » (Eliane Elmaleh, Université du Mans)

B Histoire

« Progrès et discours économique au XIXe siècle » (Pierre Gervais, Université de Paris III)

« Les récits de voyage au XIXe siècle » (Philippe Jaworski, Université de Paris VII-Jussieu)

C Civilisation

« Science et religion » (Mokhtar Ben Barka, Université de Valenciennes)

« Technocultures » (John Dean, Université de Strasbourg II ; Robert Conrath, IEP Paris)

« Le discours de la science et de la pensée : entre hégémonie et retour de baton » (Pierre Guerlain, Université de Marne-la-Vallée)

D Théorie

« Les modèles scientifiques dans le discours de la critique littéraire » (Noëlle Batt, Université de Paris VIII-Saint Denis)

« Le discours psychanalyse et la critique littéraire aux États-Unis » (Annick Duperray, Université d’Aix-Marseille, )

E Littérature

« Poésie » (Geneviève Cohen-Cheminet,)

« Fiction contemporaine » (Françoise Sammarcelli, Université de Lille III)

Atelier hors thème (civilisation)

Natalie Hind, Université de Toulouse, Contenu résumé des ateliers (mots-clés et questionnements) :

Cinéma 1 : *représentation de la science au cinéma : célébration du progrès scientifique ou méfiance envers une raison incontrôlable ? ; *les types du savant : « savanturier » ou fou ? ; *le voyage comme moyen de figurer la science, sinon filmer la pensée ?*les effets de la science, et le rôle de la technologie.

Cinéma 2 : *les effets spéciaux étouffent-ils la fiction cinématographique ? *analyse de quelques formes cinématographiques « impures » nées du 7e art en relation aux nouveaux loisirs audiovisuels ; *les nouveaux modes de consommation du produit « cinéma » ; *cinéma et économie (face aux nouvelles technologies de communication).

Art : *la situation priviliégiée des Etats-Unis à la pointe de l’innovation scientifique a-t-elle entraîné l’émergence d’une avant-garde artistique ? ; *les créations artistiques peuvent-elles échapper à l’évolution des innovations scientifiques ? ; *les collaborations entre artistes et scientifiques américains ? ; *les productions scientifiques peuvent-elles acquérir statut d’oeuvre d’art ? ;*la réaction du public américain à l’usage d’outils sophistiqués en art ; *l’art doit-il rester dans les galeries ou s’interconnecter à la dimension planétaire : position des artistes américains ?

Progrès et discours économique au XIXème : *le progrès technique comme fiction historiographique ; *la machine-dieu ; *le motif causal du progrès technique dans divers discours historiques ; *les hypothèses et utopies autour du progrès comme principe moteur de l’évolution sociale.

Récits de voyage au XIXème : *les récits de voyage comme modèles narratifs hybrides ; *la nature scientifique des récits de voyage ? ; *fictionnalisation du continent américain ; *la notion de découverte et le discours sur le progrès dans les récits de voyage ; * épistémologie de l’imagination à travers le concept de voyage.

Religion : *théorie de l’évolution vs. théorie créationniste ; *déclin du sacré et progrès de la science ; les problèmes bio-éthiques ; *la science et les nouvelles technologies de la communication de masse au secours de la religion ? ; *l’attitude des cultes et sectes à l’égard de la science ?

Technocultures 1 : *la technologie comme médiation entre les découvertes scientifiques et la société ; interaction entre producteur, consommateur et objet ; *les discours et récits de l’usager américain à l’égard des objets techniques ; *les transformations du corps et des habitudes sociales grâce/à cause de la technologie.

Technocultures 2 : *les sous-cultures engendrées par les relations entre producteur, consommateur et objet ; * risques d’aliénation et luttes de pouvoir (état, industrie, institutions) ; *légitimation de ces sous-cultures et relation à la culture dominante

Discours de la science et hégémonie : *exemples d’impérialisme méthodologique des sciences exactes en sciences humaines ; *les représentations publiques de l’activité intellectuelle ; *Les sciences sociales doivent-ellesse conformer à un modèle tiré des sciences exactes pour acquérir scientificité ? ; *le retour du bâton contre le discours scientifique ; *science et "réenchantement du monde" par le biais de latechnologie et de son expansion dans la culture populaire

Vers une épistémocritique : *rapports entre savoirs et écriture ; comment évaluer le degré d’interaction qui unit les épistémè à l’oeuvre ? *statut de la littérature dans le champ social : acteur, attracteur, diffracteur ou « bruit de la culture » ?

Psychanalyse et discours : *réinterprétations d’auteurs canoniques, sous les effets de la psychanalyse lacanienne et de la déconstruction ; *la « post-modernisation » du discours psychanalytique (critique féministe, gynocritique...) et stratégies textuelles ; *Que peut-on entendre par « écriture féminine » ?*la mise en question du rapport hiérarchisé entre science et fiction ne fait-il pas perdre à la psychanalyseses prérogatives comme science de l’interprétation ? *les parodies du discours psychanalytique chez les écrivains contemporains

Écriture poétique : *attraction-répulsion entre poésie et science ; technologie, machinisme et progrès ; approche scientifique du réel et cohérence esthétique ?* science=sophia : discours critiques sur la poésie et savoirs véhiculés par la poésie ; *exercice de la raison et de la déraison : la poésie « entre-deux » ?

Fiction contemporaine : *théories scientifiques et nouvel imaginaire théorique littéraire ? *apports de la théorie du « bruit », des objets et structures fractales, des systèmes dynamiques non-linéaires (ou « théorie du chaos ») ; *exemples concrets et conceptuels

3. Congrès de Toulouse 1998 : proposition de Marc Chénetier et Jacques Portes
« Traduire l’Amérique » : tel sera le thème du Congrès 1998 de l’AFEA, organisé par Jacques Portes et Marc Chénetier en vertu du voeu collectif exprimé lors de la dernière assemblée générale le 4 octobre à Paris.

Les membres de l’Association sont renvoyés au descriptif.

Le thème est naturellement favorable à des travaux de linguistes, de traducteurs et de traductologues, tant du point de vue des difficultés présentées par la langue que du point de vue des adaptations ou non du culturel, de la diffusion des oeuvres ou de l’ignorance totale, relative ou pratique dans laquelle le public français en est tenu... Un état des lieux et une histoire de la traduction des oeuvres américaines s’intégrerait naturellement à ce bloc de réflexions.

Il tend aussi ses perches aux civilisationnistes et aux historiens qui s’intéressent aux modalités de la présentation des Etats-Unis à l’extérieur comme à l’intérieur. Le titre délibérément provocateur dit assez que les « Etats-Unis » se transforment volontiers en quelque chose de plus grand qu’eux. Qu’en est-il des masques, des filtres, des écrans, des clichés, des préjugés, des a priori, des raccourcis, des mythes et de la propagande ? Comment traduit-on l’idée même d’Amérique dans le discours qui prévaut dans notre pays ? Qu’en est-il des réductions, des agrandissements, des déformations, des distorsions, du brouillé, du « bougé » ? Quelle est la part des projections, des contraintes, des modes ? ... Comment (sous quelles formes) pouvons-nous espérer communiquer le savoir qui nous rassemble ? La question des traductions/trahisons se pose aussi bien pour la vision que les Américains ont d’eux-mêmes que pour ceux qui sont extérieurs. Celle des décalages, des effets de « jeu », de retard, le problème des attentes et des imitations se posent aussi bien.

Les littéraires, quant à eux, auront naturellement tout loisir d’analyser les opérations de fiction qui commandent l’écriture et la lecture de l’Amérique tant « at home » que « abroad »... La conversion du réel en écrit, si elle est pensable, n’est pas la moindre des traductions.

Les questions soulevées s’appliquent toutes, peu ou prou, aux autres sous-spécialités. Au fond, c’est la question de la définition même des tâches incombant à un « américaniste » qui se trouve aussi posée.

Jacques Portes et Marc Chénetier ont proposé ce thème en l’assortissant d’une invite à modifier la manière de procéder : au lieu que les responsables scientifiques du congrès de Toulouse commencent par déléguer l’organisation des conférences et des ateliers à des collègues volontaires pour ne veiller ensuite qu’au bon déroulement des opérations, il est proposé cette année de procéder de la manière suivante :

TOUTE proposition (conférence, communication, table ronde, débat, projection commentée, etc...) doit d’ABORD être adressée aux responsables. Au vu des propositions, ces derniers les regrouperont en ensembles cohérents, transdisciplinaires ou non, se retournant alors vers les collègues qui auront formulé ces propositions pour leur demander d’affiner ou d’orienter ou de regrouper leurs travaux. La structure du congrès sera de leur responsabilité et ne consistera pas en la simple addition des ateliers et conférences proposés. Au vu des « trous » et des « trop-pleins » ils solliciteront ceux et celles qui pourraient apporter les pierres manquant à l’édifice ou inviteront les un(e)s et les autres à reformuler leur proposition. Des zones de débat général seront prévues.

Il est donc instamment demandé à tous les collègues d’adresser leurs idées et propositions à Jacques Portes et Marc Chénetier au plus tard pour le début du mois d’Avril 97, de manière qu’ils aient le temps de préparer un état des lieux pour le Congrès de Metz.

Marc Chénetier
Jacques Portes

D’avance, un chaleureux merci à tous.

J.P. / M.C.