CFP : Penser l’intersectionnalité : Minorités et dominations plurielles aux États-Unis

Chers et chères collègues,

Veuillez trouver ci-dessous l’appel à communication pour un colloque qui se tiendra à Lorient (Université Bretagne Sud) les 11 et 12 avril 2023.

Les propositions de communications, en français ou en anglais (une quinzaine de lignes en plus d’une courte biographie) sont à envoyer à Marie-Christine Michaud et Eliane Elmaleh avant le 16 décembre 2023 : marie-christine.michaud@univ-ubs.fr et à eliane.elmaleh@univ-lemans.fr 

« Penser l’intersectionnalité : Minorités et dominations plurielles aux États-Unis ». Colloque international, 11 et 12 avril 2024, Université Bretagne Sud, Lorient

Pays longtemps considéré comme biracial, les États-Unis affichent désormais l’image d’une nation multiraciale dans laquelle les rapports majorité blanche / « minorités » ethniques et raciales ont évolué au gré de la progression des nouvelles minorités (asiatiques et hispaniques). Le dernier recensement général de la population (2020) confirme l’ampleur des changements en cours sur un plan démographique, culturel et géographique et questionne la place des minorités dans la nation : les Américains s’identifiant comme étant de « race blanche » et non-hispaniques représentent désormais 57,8 % de la population globale, contre 63,7 % en 2010 et près de 80 % il y a quarante ans. Au rythme de la diversification ethno-raciale du pays, engagée dès les années 1960, la définition et l’appréhension de ce qu’est une « minorité » s’est complexifiée.

Les groupes qui retiendront ici notre attention sont ceux qui concernent des « minorités ethniques », ou encore « racialisées » – c’est-à-dire minorisées – en raison de leur origine ou de la couleur de leur peau. Nous utiliserons ici la définition sociologique d’une « minorité » qui met l’accent non pas sur un critère numérique, mais sur l’expérience de la discrimination comme dénominateur commun d’un groupe social : « un groupe de personnes qui, en raison de leurs caractéristiques physiques ou culturelles, sont distinguées des autres dans la société dans lesquelles elles vivent, par un traitement différentiel et inégal, et qui par conséquent se produisent comme objets d’une discrimination collective » (Louis Wirth). Le concept de « minorisé » permet alors de rendre compte de cette position dominée dans la société.

Si l’on parle d’intersectionnalité un peu partout dans le monde – non seulement en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi en Amérique latine, en Afrique du Sud ou en Inde –, c’est Kimberlé Crenshaw, juriste afro-américaine, qui est la première à l’utiliser dans deux articles publiés dans des revues de droit au tournant des années 1990. Elle s’inscrit alors dans la lignée d’un « féminisme noir » étatsunien, qui dans les années 1980 met l’accent sur les aveuglements du mouvement des droits civiques et du mouvement des femmes. L’intersectionnalité viserait à lutter contre l’assignation discriminatoire à un groupe (femmes, Noirs, ou autre).

Ce colloque s’intéressera ainsi à l’articulation entre classe, race et genre qui peut se jouer par exemple autour du concept de blanchité (whiteness), ce qui serait le rappel que la race ne concerne pas seulement les « autres » mais que la racialisation traverse la société dans son ensemble. Les participants.e.s pourraient déterminer la façon dont les systèmes de pouvoir sont imbriqués et exploitent ceux qui sont les plus marginalisés de la société. Comment la notion d’intersectionnalité peut-elle interroger les analyses qui définissent chaque axe d’oppression de manière isolée ? Ainsi, la discrimination contre les femmes noires et pauvres peut-elle être expliquée comme une combinaison de misogynie, de racisme et d’exclusion sociale ? Comment l’intersectionnalité a-t-elle abordé les thèmes de la triple oppression ? Certaines féministes ont révisé les « conceptualisations occidentales de l’intersectionnalité » qui supposent que toutes les femmes subissent le même type d’oppression raciale et de genre. À quoi se réfèrent-elles ? Comment les pratiques appelées « intersectionnelles » peuvent-elles être mises en œuvre ? Faut-il limiter l’intersectionnalité à la compréhension des expériences individuelles et à la théorisation de l’identité ? Est-elle idéale pour explorer comment les catégories de race, de classe et de genre sont entrelacées ? Peut-elle expliquer la façon dont la race est « genrée » et dont le genre est « racialisé » ?

Ce colloque est ouvert à toute proposition qui offre une nouvelle perspective et une nouvelle approche des questions de minorité, de dominations plurielles et bien sûr d’intersectionnalité associée à la classe et aux inégalités aux États-Unis.