Appel à communications/Call for papers: colloque de la PCAoF (Cultures Populaires), Strasbourg 6-8 mars 2 023

Des cultures populaires marginales au polycentrisme culturel : quand la marge devient centre

Colloque PCAoF (« Popular Culture Association of France ») 2023, le 6,7 et 8 mars

Résumé

(Français)

Il s’agira dans ce présent colloque d’étudier comment les cultures marginalisées se construisent et se produisent. Nous mettrons l’accent sur les acteurs et actrices, principaux artisans et artisanes de cette production culturelle, ainsi que sur les réseaux qui en résultent. Nous analyserons les concepts de résistance, d’autoréclusion et d’hypercentre, face au processus de polycentrisme culturel. Ces tensions seront à penser à l’aune du contemporain, du temps long et de l’historicité.

(English)

This aim of this conference will be to examine how marginalized cultures are constructed and produced. We will focus on the actors and actresses, the main artisans of this cultural production, as well as on the networks that result from it. We will analyze the concepts of resistance, self-exclusion and hyper-center in the face of the process of cultural polycentrism. These tensions will have to be thought of in terms of contemporary, long time and historicity.

Annonce

La perception de la marge dans les études littéraires comprend à la fois « l’annexe » comme simple expression d’idées secondaires, voire subalternes, et « l’espace blanc »[1] où rien n’a encore été écrit, où tout reste à faire. Oscillant entre l’approche disqualifiée de la marge et celle du front pionnier devenu entrepreneur de possibilités, « le terme [de marge] est donc synonyme de potentialités, d’expression de soi et/ou d’enrichissement »[2]. Mais derrière les métaphores littéraires se cachent avant tout une réalité géographique, physique. La marge se définit comme étant « “au bord de”, “sur le pourtour externe de quelque chose” [et elle] renvoie immanquablement à la spatialité », donc au travail du géographe. Pourtant, lesdites caractéristiques ruisselèrent dans tous les pans des sciences sociales et humaines. L’anthropologie et la sociologie appréhendent le concept de marge pour expliquer les sociétés dites périphériques ; l’histoire et la science politique, ainsi que l’économie l’utilise pour expliquer l’apparition, le développement et l’évolution de sociétés parallèles à celles qui ont une valeur de centralité, voire d’universalité.

Dans cet océan d’incertitude, la marge peut prendre des caractéristiques variées selon les angles d’attaque choisis — géographique, économique, sociale ou politique. Pourtant, un dénominateur commun existe, que l’on peut qualifier de « tension dynamique », celle qui subsiste entre la marge et son centre. Génératrice d’un cheminement, elle devient une force motrice dans l’émergence, la construction et la consolidation d’une culture propre à ladite marge. Une polarisation se dessine entre d’un côté un centre aux contours plus élitistes, bourgeois ou commerciaux, et des marges aux aspects plus authentiquement populaires. Son développement appartiendrait à « la zone »[3] au sens large, à la périphérie ou à la frange dite marginale de la société. La marge serait donc l’endroit où les pratiquants forgeraient, sans toujours le savoir, un concept de « résistance », tel que l’a développé Jérôme Beauchez dans son étude sur la culture des boxeurs[4]. Or, si une résistance se crée, alors une tension entre le centre et la marge demeure. Et elle induit un dynamisme de recherche qui prend la forme d’une quête d’hégémonie culturelle, entraînant, presque nécessairement, le renversement hiérarchique des pôles d’attraction. Ainsi, l’objectif dudit colloque comprend l’analyse de l’imbrication, du conflit et des interactions qui existent entre les marges et les cultures populaires qui s’y développent. Observer comment le centre de gravité peut, peu à peu, muter pour arriver à complètement se renverser. L’ancien centre, devenu marge, laisse sa place à l’ancienne marge devenue centre. À l’inverse, le centre peut connaître un raffermissement de sa position, et devenir « l’épicentre », afin de mieux reléguer les cultures populaires des marges aux « confins » de la société. À ce titre, le film Rocky se trouve être assez édifiant. En effet, l’histoire d’un Italo-Américain pour qui tout devient possible pour peu qu’il croie dans l’American Way of life et à l’American Dream est une démonstration de l’instrumentalisation de la culture populaire marginale. Ce récitrelègue aux confins de la marginalité les communautés italo-américaines qui voulaient continuer à développer leur propre culture dans l’Amérique des années 1980[5]. Il leur rappelle, au passage, leur exclusion de la communauté nationale. Ce phénomène peut entraîner, en réponse à une situation voulue ou subie, à « l’autoréclusion »[6].

Alors que nous poserons la question de l’intégration et de la désintégration des cultures, nous verrons la manière dont ces deux notions dialoguent ou s’affrontent afin de donner naissance à des cultures populaires à part entière. Les travaux de W.I Thomas et de Florina Znaniecki[7], ainsi que ceux de l’École de Chicago, furent pionniers dans ce domaine. Ces derniers peuvent nous inspirer pour la mise en perspective, ainsi que la comparaison de styles musicaux. En effet, des genres musicaux tels que le Punk[8], le Rap[9] et le Jazz[10], ainsi que le Klezmer[11] conçoivent des rapports divergents à l’intégration et à la désintégration à une société. En composant trois pôles aussi distincts que connectés, les centres induisent leur propre hiérarchisation des cultures, des catégories et des influences. La culture populaire qui se dresse en centre transforme la culture bourgeoise en une culture en marge au même titre que celle de certaines subcultures du pauvre. Ainsi, le centre devient la marge. Nous devons interroger ce phénomène à l’aune de l’intersectionnalité[12], en découvrant les incidences sur l’élaboration et la fabrication de cultures propres aux marges. Mais loin de l’homogénéité, les marges connaissent, aussi, leur propre subdivision cellulaire, ponctuée par une remise en cause de leur propre centre.

Or, l’analyse des processus de fabrication desdites cultures populaires ne pourrait être complète sans incorporer l’étude « des faiseurs de cultures ». Donc, tout en prenant en considération les acteurs et actrices qui en composent la production, la diffusion, la réception et les pratiques, il nous faut aussi prendre en compte ces lieux vecteurs de production et de diffusions desdites cultures. Que ce soit la « zone » ou la marge géographique, il sera important de comprendre leur maillage géographique et le réseautage. D’en analyser les « infrastructure » telles que les entend l’historien Dirk Van Laak[13]. Enfin, il faudra travailler sur les supports qui permettent leurs diffusions, allant de la linguistique (Martin Montgomery), à la littérature, en passant par les arts de la scène et du spectacle, sans oublier la radio et le cinéma.

Attention, de nombreuses fictions, telles que Rabbi Jacob, dépeignent des pans de la culture populaire marginales, sans toutefois en être une elles-mêmes. Or, notre étude ne portera pas sur la représentation des marges ou de leurs cultures au sein des productions commerciales ou de la culture dite élitiste, mais bien sur le processus de production des cultures de marge elle-même.

Axes de présentation possible (liste non(exhaustive)

– La musique de marge

– Marge et corps

– Marge et sport

– Les enjeux linguistiques et le concept de résistance

– La littérature populaire non commerciale

– La production culturelle des minorités ethniques et linguistiques

– La culture des marges urbaines sous sa perspective diachronique

Modalités de soumission

Les abstracts (d’environ 400 mots) et une courte biographie devront être envoyés conjointement à pcaofrance et à cfontannaz

La date limite de retour des propositions est fixée au 1er décembre 2022 et la validation desdites propositions le 15 décembre 2022.

Nous sommes aussi heureux d’annoncer qu’il s’agira du troisième colloque de l’Association Française d’Étude des Cultures Populaires et du temps sera aussi consacré à cette question.

Keynote Speaker

Jérôme Beauchez, professeur de sociologie et d’anthropologie, Directeur du laboratoire LinCS (UMR 7069), Université de Strasbourg.

Jean-Sébastien Noël, Maître de conférences à l’Université de La Rochelle, chercheur au Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA)

Comité scientifique

• Danièle André

• Annabel Audureau

• Jérôme Beauchez

• Sergio Coto-Rivel

• Nathalie Dufayet

• Estelle Epinoux

• Frank Healy

• Hervé Lagoguey

• David Lipson

• Sylvie Mikowski

• Clément Fontannaz

Comité d’organisation

• David Lipson

• Cathy Blanc-Riebel

• Josselin Mattont

• Pierre Krieger

• Clément Fontannaz

English

From marginal popular culture to cultural polycentrism: a margin transformed into a center

PCAoF (“Popular Culture Association of France”) symposium 2023, march, 6, 7 et 8

Abstract

This aim of this symposium will be to examine how marginalized cultures are constructed and produced. We will focus on the key players, the main artisans of this cultural production, as well as on the networks that result from it. We will analyze the concepts of resistance, self-exclusion and the hyper-center faced with the process of cultural polycentrism. These tensions will have to be thought of in terms of contemporary art, long time periods and historicity.

The perception of the margin in literary studies includes both the “appendix” as a mere expression of secondary, even subaltern ideas, and the “blank space” where nothing has yet been written, where everything remains to be done. Oscillating between the disqualified approach of the margin and that of the pioneering front turned entrepreneur of possibilities, “the term [on the margins] is thus synonymous with potentialities, self-expression and/or enrichment.” But behind the literary metaphors lies above all a geographical, physical reality. The margin is defined as being “at the edge of”, “on the external periphery of something” [and it] inevitably refers to spatiality”, thus to the work of the geographer. However, these characteristics flowed into all areas of the social and human sciences. Anthropology and sociology apprehend the concept of margins to explain the so-called peripheral societies; history and political science, as well as economics, use it to explain the appearance, development and evolution of societies parallel to those that have a value of centrality, even universality.

In this ocean of uncertainty, the margin can take on various characteristics depending on the angle of attack chosen – geographical, economic, social or political. However, a common denominator exists, which can be described as “dynamic tension”, that which remains between the margin and its center. Generating a pathway, it becomes a driving force in the emergence, construction and consolidation of a culture specific to the said margin. A polarization takes shape between, on the one hand, a center with more elitist, bourgeois or commercial contours, and on the other hand, margins with more authentically popular aspects. Its development would belong to the “zone” in the broad sense, to the periphery or to the so-called marginal fringe of society. The margin would thus be the place where practitioners would forge, without always knowing it, a concept of “resistance”, as developed by Jérôme Beauchez in his study on the culture of boxers. But if resistance is created, then a tension between the center and the margin remains. And it induces a research dynamic that takes the form of a quest for cultural hegemony, leading, almost necessarily, to the hierarchical reversal of the poles of attraction. Thus, the objective of this symposium includes the analysis of the imbrication, the conflict and the interactions that exist between the margins and the popular cultures that develop there. To observe how the center of gravity can, little by little, mutate to arrive at completely reversing itself. The former center, now on the margins, gives way to the former margin, which has become the center. Conversely, the center can experience a strengthening of its position, and become the “epicenter”, in order to better relegate the popular cultures of the margins to the “confines” of society. In this respect, the film Rocky is quite edifying. Indeed, the story of an Italian-American for whom everything becomes possible if he believes in the American Way of life and the American Dream is a demonstration of the instrumentalization of marginal popular culture. This narrative relegates to the borders of marginality the Italian-American communities that wanted to continue to develop their own culture in the America of the 1980’s. It reminds them, in passing, of their exclusion from the national community. This phenomenon can lead, in response to a desired or suffered situation, to “self-seclusion”

While we will ask the question of integration and disintegration of cultures, we will see how these two notions dialogue or clash in order to give birth to full-fledged popular cultures. The work of W.I. Thomas and Florina Znaniecki, as well as that of the Chicago School, were pioneers in this field. The latter can inspire us to put into perspective, as well as to compare musical styles. Indeed, musical genres such as Punk, Rap and Jazz, as well as Klezmer, conceive divergent relationships to integration and disintegration in a society. By composing three distinct but connected poles, the centers induce their own hierarchy of cultures, categories and influences. The popular culture that stands at the center transforms the bourgeois culture into a culture on the margin, just like that of certain subcultures of the poor. Thus, the center becomes the margin. We must question this phenomenon in the light of intersectionality, by discovering the incidences on the elaboration and the manufacturing of cultures proper to the margins. But far from homogeneity, the margins know, also, of their own cellular subdivision, punctuated by a questioning of their own center.

However, the analysis of the processes of manufacture of the aforementioned popular cultures could not be complete without incorporating the study “of the makers of cultures”. Therefore, while taking into consideration the key players who compose the production, the diffusion, the reception and the practices, we must also take into account these places, these vectors of production and diffusion of the aforementioned cultures. That it is the “zone” or the geographical margin, it will be important to understand their geographical mesh and the networking, to analyze the “infrastructure” as the historian Dirk Van Laak understands it. Finally, it will be necessary to work on the media that allow their diffusion, from linguistics (Martin Montgomery), to literature, through the performing arts, without forgetting radio and cinema.

It should be noted that many fictions, such as Rabbi Jacob, depict parts of the marginal popular culture, without however being one of them themselves. However, our study will not focus on the representation of the margins or their cultures within commercial productions or so-called elitist culture, but rather on the process of production of the cultures of the margins themselves.

Possible axes of presentation (non exhaustive list)

– The music of the margins

– Margins and body

– Margins and sport

– Linguistic issues and the concept of resistance

– Non-commercial popular literature

– The cultural production of ethnic and linguistic minorities

– The culture of the urban margins in its diachronic perspective

Terms of submission

Abstracts (approximately 400 words) and a short biography should be sent jointly to pcaofrance and to cfontannaz

The deadline for returning proposals is December 1, 2022 and the validation of these proposals is 1 December 15, 2002.

We are also pleased to announce that this will be the third symposium of the Association Française d’Étude des Cultures Populaires and time will also be devoted to this issue.

Keynote Speaker

Jérôme Beauchez, Professor of Sociology and Anthropology, Director of the LinCS laboratory (UMR 7069), University of Strasbourg.

Jean-Sébastien Noël, Senior Lecturer at the University of La Rochelle, Researcher at the Centre for Research in International and Atlantic History (CRHIA)

Bibliographie indicative/ Indicative bibliography

Book

ANDERSON E. (2000), Code of the street: decency, violence and the moral life of the inner city, New York, W. W. Norton & Company.

BEAUCHEZ J. (2014), L’Empreinte du poing. La boxe, le gymnase et leurs hommes, Paris : Éditions de l’EHESS, 2014.

BECKER H. with Faulkner R. R. (2009), Do You Know . . .? The Jazz Repertoire in Action, Chicago: University of Chicago Press.

ELIAS N., SCOTSON J. L. (1997) [1965], Logiques de l’exclusion. Enquête sociologique au cœur des problèmes d’une communauté, Paris : Fayard.

HAVARD G. (2016), Histoire des coureurs de bois, Paris : Perrin, Coll. Tempus.

KALIFA D. (2013), Les bas-fonds : histoire d’un imaginaire, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L’univers historique ».

KIMMICH E. (1998), Erstickte Lieder: Zensierte Chansons aus Pariser Café-concerts des 19. Jahrhunderts. Versuch einer kollektiven Reformulierung gesellschaftlicher Wirklichkeiten (Romanica et Comparatistica), Tübingen, Stauffenbourg Verlag, GmbH.

KROUBO-DAGNINI J. (2011), Vibrations jamaïcaines. L’Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle, Rosière en Haye, Éditions Camion blanc.

MINCZELES H., PLASSERAUD Y., POURCHIER S. (2008), Les Litvaks : L’héritage universel d’un monde juif disparu, Paris : La Découverte.

PERETZ Y.L. (2013), Les oubliés du Shtetl : Yiddishland, Paris : Plon, Coll. Terres Humaines.

SCOTT J.C. (2008) [1992]. La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne. Paris : Éditions Amsterdam.

THOMAS W.I, ZNANIECKI F. (1998) [1919], Le paysan polonais en Europe et en Amérique : Récit de vie d’un migrant, (Préf. TRIPIER P.), Paris, Nathan, Coll. Essais & Recherches.

WHYTE W. F. (1943), Street Corner Society. The Social Structure of an Italian Slum, Chicago: University of Chicago Press.

Articles

BEAUCHEZ J. (2018a), «“Gavroche Outside”: Street Capital(ism) and the Ethnobiography of a French Thug », Journal of Contemporary Ethnography, 47(4): 2018a, p.508- 531.

CÔTÉ. S, GIRARD C., LEBLANC P. et KURTNESS J. (2015j) « De la « Réserve » à la « Cité ». Migration interne et dynamique culturelle chez les jeunes des premières nations au Québec (Canada). Innus, Atikamekw et Algonquins”, Anales de Anthropología, vol. 49, no 2, pp. 175-205.

CRÉMIEUX A. (2021), « Intersectionalité et culture populaire américaine : imaginer un monde plus inclusif », Myriam Boussahaba, Emmanuelle Delanoë et Sandeep Bakshi (dir.), Qu’est-ce que l’intersectionalité ? Dominations plurielles : sexe, classe et race, Paris, Payot, Coll. Petite bilbio : Essais, p.209-220.

CRENSHAW K. (1989), «Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics», University of Chicago Legal Forum, p.139-67

IMBERT P. (2021), « De l’exclusion aux dynamiques polyculturelles : Les écritures autochtones canadiennes », BERND Z., ANDRES B., HOOKOOMSING V. Y. Hookoomsing dir.), D’Haïti aux trois Amériques. Hommage à Maximilien LAROCHE, Québec : Groupe de recherche sur les littératures de la Caraïbe (GRELCA), Coll. « Essais », no 22pp. 185-204.

LAAK D. (v), « Infrastructures », Docupedia-Zeitgeschichte, 20.05.2021. URL: http://docupedia.de/zg/laak_infrastructures_v1_en_2021

NOËL J-S. (2012), New York, évolution d’un centre de la vie musicale juive au XXe siècle, Annales de l’Est, Association d’historiens de l’Est, Histoire urbaine, histoire politique, pp.83-96