Ici, Là-bas, Ailleurs: le transnationalisme par ses acteurs – subjectivités et stratégies d’adaptatio n ( XVIe-XXIe siècles)”

Chères et chers collègues,
nous avons le plaisir d’organiser une nouvelle journée d’étude dans le cadre du projet ILA : "Ici, Là-bas, Ailleurs: le transnationalisme par ses acteurs – subjectivités et stratégies d’adaptation (XVIe-XXIe siècles)" en décembre 2021.

Projet ILA 2
« ILA : le transnationalisme par ses acteurs – subjectivités et stratégies d’adaptation (XVIe-XXIe siècles) »

Journée d’étude
Visions transnationales du « pays »

3 décembre 2021
Université Bretagne Sud (Lorient)

Cette journée d’étude fait partie du projet international, pluriannuel et pluridisciplinaire ILA, « Ici, Là-bas, Ailleurs », qui se propose d’expertiser le transnationalisme vers/de/dans les Amériques. Il s’agira aujourd’hui d’analyser les visions qu’ont les trans-colons et trans-migrants de leur pays d’origine – le « là-bas » du triptyque « ici, là-bas, ailleurs » –, que ces représentations soient romantiques, nostalgiques, idéalisées ou méprisantes, pessimistes, négatives.
Objectifs :
Certains trans-migrants ont conservé, ou plus exactement ont (re)formulé, des identités sui generis, en maintenant leur héritage socio-culturel et des liens transnationaux importants. Leur « pays » peut alors représenter un lieu d’ancrage. Car, un groupe ethno-national se définit, entre autres, par le sentiment de ses membres de partager une origine commune, qu’elle soit réelle ou imaginaire (M. Weber, Ethnic Groups, 1922 et B. Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, 1983). Nous chercherons à comprendre le processus par lequel les individus peuvent construire ou ressentent et expriment ce sentiment transnational en privilégiant l’étude des articulations entre le « ici » et le « là-bas » du triptyque « ici, là-bas, ailleurs » qui donne son nom au projet ILA. Il importera, lors de cette journée, d’une part d’examiner si et comment « le pays » est véritablement un espace d’ancrage, de repères, de référents normatifs sur lesquels l’identité du trans-migrants repose, et d’autre part, dans quelle mesure, à la lumière de l’articulation de ces représentations identitaires, « le pays » peut être délaissé, notamment parce que l’Amérique serait devenue un nouveau territoire d’identification.
Questionnement :
On pourra tout d’abord s’interroger sur la construction de ces diverses représentations. Se pose ainsi la question des différences d’images du « pays » selon les générations, selon les contextes, et selon à qui s’adressent les trans-migrants. De même, on pourra souligner les ressemblances ou les divergences selon le pays américain dans lequel les trans-migrants se sont
installés ? Le processus d’intégration joue-t-il un rôle dans la vision que ces hommes et ces femmes gardent de leur pays d’origine ? Leur statut social dans les Amériques conditionne-t-il leurs sentiments face au pays qu’ils ont quitté, le plus souvent en raison du manque d’opportunités ou de la répression qui y sévissait ? Les Amériques, « Nouveau Monde » à leurs yeux, terres des opportunités et d’aventures, espace de El Dorado, amènent-elles les nouveaux arrivants à dénigrer leurs racines, leur patrimoine culturel ? Un complexe ethnique, culturel, identitaire peut-il naître de l’image que les Américains ont de leur pays d’origine ?
Axes :
Ces questions renvoient aux analyses de A. Sayad (La Double absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, 1999) qui a montré les difficultés rencontrées dans les stratégies d’adaptation des migrants et leurs sentiments ambigus face à leur mobilité, leur installation dans un nouvel environnement et leur intégration dans le pays d’accueil. Partagés entre deux pays, celui d’arrivée (« ici ») et celui d’origine (« là-bas »), à la fois absents et présents dans les deux pays, certains trans-migrants gardent des liens étroits, intimes avec leur pays d’origine, car c’est là-bas que se trouvent leurs racines, que leur famille peut être restée. Ils en ont alors une image nostalgique, idéalisée même quelquefois. À l’inverse, d’autres rejettent « le pays » et sont amenés à le considérer comme un espace moins moderne, moins développé.
Par ailleurs, les Européens partis dans les Amériques pour y fonder des colonies avaient certainement une vision de leur terre d’origine bien différente de celle des trans-migrants aujourd’hui, notamment de ces « trans-migrants pauvres », lesquels sont pris dans un schéma poor-to-poor, comme l’observe Alain Tarrius quand il étudie les mobilités du pourtour méditerranéen (Transmigrants et nouveaux étrangers, 2013).
Il est possible d’appréhender les représentations que ces trans-migrants gardent du « pays » en étudiant leurs biographies et correspondances, en menant des entretiens et en tentant de dégager leurs affects et émotions. Ceux-ci peuvent (re)surgissent à la faveur d’événements imprévus survenant « au pays », par exemple des catastrophes naturelles ou des renversements politiques, situations qui éclaireraient l’évolution et les inflexions des distances entre « ici » et « là-bas ».
Modalités :
Cette journée d’étude étant pluridisciplinaire, sont bienvenues les propositions dans des champs de recherche diversifiés (littérature, histoire, anthropologie, arts visuels, ethnic studies, cultural studies).
Les propositions (titre et résumé de maximum 400 mots) peuvent être présentées en français, anglais ou espagnol.
Elles sont à envoyer conjointement à Marie-Christine Michaud (marie-christine.michaud), Emmanuelle Sinardet (emmanuellesinardet) et Bertrand van Ruymbeke (bertrand.van-ruymbeke) avant le 15 septembre 2021.