Légitimité, Autorité, Canons – Bordeaux

Thème proposé par Sylvie Bauer, Université de Rennes 2

Sébastien Mort, Université de Lorraine (Site de Metz)

Elizabeth Mullen, Université de Bretagne Occidentale

La tension entre l’autorité d’une parole et d’un pouvoir hérités et la quête d’une indépendance légitime traverse l’histoire et les cultures des États-Unis. Qu’il s’agisse de proclamer une indépendance politique, culturelle, intellectuelle, littéraire ou artistique par rapport à l’Europe ou d’affirmer une identité propre au territoire, les États-Unis n’ont cessé d’entretenir un rapport trouble à l’autorité – entendue ici principalement au sens d’auctoritas –, maintenant un état de crise dynamique soulignée par le congrès de 2019, qui s’intéressait aux notions de discipline et d’indiscipline. Comme le rappelle le numéro de la Revue Française d’Études Américaines intitulé « Qui a peur des nouveaux canons ? » (Félix et Perrin-Chenour, 2006), la légitimité tant politique que culturelle du pays devait se parer d’un canon. Celui-ci s’est révélé ambivalent en raison de son rapport au pouvoir et d’une « fétichisation » qui lui a conféré une légitimité contestée, mais aussi parce qu’il s’est approprié les marges tout en les excluant. C’est au prisme de la tension entre exclusion et appropriation que nous souhaiterions travailler les problématiques afférentes aux concepts de légitimité, d’autorité et de canon lors du 53ème congrès de l’AFEA.

L’élection puis la présidence de Donald Trump ont récemment projeté ces questions à l’avant-scène des débats politiques, culturels et intellectuels, mais aussi littéraires et artistiques, en raison de l’empreinte très forte que sa présidence a laissée dans l’imaginaire collectif. Figure extérieure à la sphère politique, Trump a fondé sa légitimité sur la persona de magnat de l’immobilier qu’il a façonnée grâce à la téléréalité, alors qu’il était en fait un homme d’affaires en faillite. À l’inverse il s’est imposé dans la course à l’investiture et s’est maintenu au pouvoir en contestant la légitimité de ses adversaires à prétendre à une quelconque autorité du fait de l’insuccès chronique qu’ils connaîtraient dans leurs domaines respectifs.

Au-delà des quatre années de sa présidence, Trump apparaît comme symptomatique d’un moment critique où la contestation des formes traditionnelles du politique, les mutations sociétales et l’accélération de l’innovation technologique engendrent des bouleversements de grande ampleur qui se manifestent, entre autres, par une crise de l’autorité et par la remise en cause des instances légitimantes traditionnelles. D’une certaine manière, ce moment de crise peut s’analyser comme la dernière itération d’un phénomène qui reflète quelque chose d’inhérent à la notion d’américanité et à l’identité étasunienne, et qui surgit et ressurgit tout au long de l’histoire du pays, dans tous les domaines de la culture. Au fond, toute l’expérience américaine peut être lue comme une quête de légitimité sans cesse renouvelée, dont le projet américain de « recommencer le monde », ainsi que l’écrit Thomas Paine au moment où s’amorce le processus révolutionnaire début 1776, semble condenser les enjeux.

La thématique invite à s’interroger sur la perpétuelle remise en cause de l’auctoritas et des canons et sur la façon dont s’établissent de nouvelles instances légitimantes, dans une culture où l’ethos de l’action fait de l’initiative individuelle et de l’éthique du travail des sources suffisantes de légitimité et où s’érigent et se construisent constamment des références nouvelles. L’examen des liens entre légitimité, autorité et canon amène également à se pencher sur la manière dont ces processus mettent en jeu les rapports de pouvoir, tout autant qu’il invite à explorer la crise des autorités, les questions de l’autorité usurpée et de l’illégitimité, les stratégies de délégitimation de l’autre ainsi que le déboulonnement des canons et la désacralisation des autorités établies. Plus globalement, le thème appelle à réfléchir à la façon dont ces processus construisent et infléchissent l’expérience américaine dans les domaines politique, littéraire, artistique, social, culturel, sociétal, historique, anthropologique, économique, ou encore épistémologique.

Au plan politique, ces problématiques sont intrinsèques au projet américain car elles émergent dès l’établissement des premières colonies britanniques, notamment dans les discours visant à légitimer la présence européenne et l’éradication des autochtones. Au cours de la période coloniale, la légitimité des gouvernements locaux et la contestation de l’autorité du Parlement et de la couronne sont au cœur des enjeux politiques. Pendant la Révolution, c’est à une puissance étrangère que la jeune nation demande le soutien pour légitimer son projet d’indépendance ; plus tard, le système de gouvernement et les institutions sont légitimés par l’appropriation et l’adaptation des canons de la philosophie politique européenne, avec lesquels les Pères fondateurs entretiennent un rapport ambivalent.

Au fil des décennies, l’attachement croissant à l’autorité des États fédérés vient souvent remettre en cause celle de l’État fédéral, dont l’intervention est dénoncée comme une immixtion illégitime. On pourra explorer les différentes manifestations de l’hostilité anti-fédérale, en examinant, entre autres, la rhétorique anti-Washington, le « fétichisme fédéraliste », la nullification au cours de la période antebellum ou encore la résistance à l’intégration ethnoraciale et l’interposition lors de moments importants de la lutte pour les Droits civiques. Poser la question de la légitimité des formes de gouvernement, c’est également s’intéresser à la manière dont le rapport de l’individu à l’État tel que le théorise Henry David Thoreau dans Civil Disobedience (1849) inscrit le dissensus au répertoire des valeurs socle de la société américaine et légitime des expériences politiques qui émergent à la marge ou en dehors du périmètre des institutions.

On pourra s’interroger par ailleurs sur la manière dont s’imposent des courants idéologiques endogènes ou des manifestations endogènes d’idéologies qui émergent ailleurs. Comment se légitime un socialisme américain dans une société qui sacralise l’individu et envisage toute expérience collectiviste comme unAmerican, a fortiori dans la période d’après-guerre ? Comment, dans une société sans tradition conservatrice, la contre-sphère publique qui se forme autour des revues telles que Human Events et National Review légitime-t-elle le « conservatisme nouveau » à partir des années 1940 ?

Dans une perspective plus contemporaine, la thématique invite à réfléchir à la façon dont la polarisation du jeu politique et les récits partisans mettent en forme des versions irréconciliables du réel qui sapent la légitimité de celles et ceux qui incarnent les institutions. Quelle est la légitimité de juges accédant à la Cour suprême à la faveur de processus de nomination et de confirmation défaillants ? De quelle légitimité peut se prévaloir la représentation nationale lorsque celle-ci est en partie le fruit du gerrymandering ? Comment des mécanismes électoraux pourtant inscrits dans la Constitution (vote du Collège électoral, certification du vote des grands électeurs par le Congrès) sont-ils remis en cause pour nier au vainqueur sa légitimité et asseoir celle du perdant ? Sous la question de l’autorité affleure donc celle de l’autoritarisme, d’autant que l’époque contemporaine a vu émerger une figure ayant assis sa légitimité par le biais d’attaques constantes contre le système démocratique américain et ses normes, éléments qui ancrent la légitimité de l’expérience américaine, tout en s’appropriant par ailleurs les mythes fondateurs de la nation.

Dans le domaine de la religion, au-delà de la multiplication des voix religieuses et de la capacité du Protestantisme américain à admettre le schisme, la réflexion pourra porter sur l’établissement de confessions spécifiquement américaines (importation et développement du Baptisme ; création du Pentecôtisme, du Mormonisme, de l’Adventisme) et sur la légitimation d’autorités, de rituels et d’expériences religieuses nouvelles (parler-en-langue ; télévangélisme ; baptême électronique). La thématique appelle par ailleurs une réflexion sur la légitimité des confessions non-protestantes (hostilité historique envers le catholicisme ; regain de l’antisémitisme avec la réémergence et l’activisme accru de groupes d’extrême droite ; islamophobie exacerbée depuis le 11 septembre) mais aussi des non-croyants, dans une société où la foi en Dieu est identifiée à la foi dans le projet américain. L’attention pourra aussi se porter sur l’instrumentalisation du religieux à des fins de délégitimation de l’adversaire, notamment dans le domaine politique. A contrario, l’intersection entre religion, sexualité et appartenance ethnoraciale pourra donner lieu à une réflexion sur la façon dont le religieux joue parfois le rôle d’instance légitimante d’expériences et de pratiques sociales non-hégémoniques.

Dans le domaine de la littérature, on pourra examiner comment s’est construite la légitimité des textes américains. Si la Déclaration d’indépendance marque un jalon dans l’émancipation des États-Unis, cette émancipation passe aussi par une littérature et une pensée propres, vaste projet maintes fois souhaité et annoncé et dont les ambiguïtés s’affichent jusque dans la déclaration d’indépendance intellectuelle qu’est The American Scholar de Ralph Waldo Emerson (1837). On pourra alors se demander comment s’est imposée une littérature d’Amérique et comment ont émergé des « voix américaines », pour reprendre le titre de la collection dont la vocation était de faire porter ces voix. Comment la littérature américaine a-t-elle accédé aux canons littéraires au-delà des États-Unis et comment s’est-elle bien souvent nourrie de canons européens dont elle a incorporé la légitimité pour mieux la détourner ? Comment lire la fascination pour cette littérature étasunienne telle qu’elle s’incarne dans la diffusion de certains de ses textes en France, par l’entremise de passeurs que sont les universitaires, les traducteurs, les maisons d’éditions (on pense à Gallmeister, ou à la collection dédiée d’Actes Sud) ou les revues, telles l’éphémère America, qui, toutes, font emprunter aux lecteurs la grand-route tout autant que les chemins de traverse.

Plus largement qu’est-ce qu’un texte canonique et une voix légitime dans le contexte littéraire et éditorial étasunien ? Comment l’œuvre fait-elle référence et comment se font entendre les voix multiples en marge du canon, à contre-courant, ou en courant alternatif ? Qu’il s’agisse de la multiplicité de maisons d’éditions indépendantes, des festivals littéraires, des voix singulières qui diffractent le paysage littéraire, comment une littérature qui serait proprement étasunienne fait-elle entrer en résonance canon et « expérimentation » ? À l’inverse, qu’en est-il de la désacralisation des œuvres ?

Se pose alors la question de l’auctorialité et des autorités narratives (Audi, 2002) : quelles sont les nouvelles pratiques narratives/littéraires qui émergent en dehors des cadres institutionnels lorsque les œuvres se font le reflet d’un contemporain propice aux conflits sociaux et politiques ? Comment alors concilier une littérature parfois revendicative ou engagée – mais aussi Native American, African American, Italian American, Arab American ou encore Women’s literature pour n’en nommer que quelques-unes – et l’idée même de littérature incarnant un universel américain, déliée de toute catégorisation ? Ce questionnement met donc en jeu la légitimité de la parole, rapportée à un genre, une origine, une couleur de peau. La question du canon est liée également à celle de l’institutionnalisation de la littérature, des choix éditoriaux ou universitaires qui tracent les contours de ce que serait une littérature américaine au singulier et dans ses multiples singularités. Enfin, à quelle forme d’autorité le critique littéraire peut-il prétendre ou de quelle autorité peut-il se réclamer alors qu’il a pour objet de l’interroger voir de la remettre en question ? Quelle est la portée et la responsabilité du geste critique et théorique dans la construction d’une pensée faite d’entrecroisements et d’intertextualité et susceptible de proposer un observatoire d’une littérature américaine elle-même enrichie de traditions, de mimétismes, et rapports à une langue héritée, métissée et revendiquée ?

Il en va de même dans le domaine des arts visuels et de l’architecture. Comment sont érigés des canons artistiques et architecturaux américains ? Quel rôle jouent l’appropriation et l’adaptation de canons existants dans la légitimation d’un art américain ? La thématique invite aussi à une réflexion sur le processus de muséalisation et à l’inverse, sur la légitimité de canons qui s’élaboreraient en dehors de l’institution. La problématique est saillante par ailleurs dans le domaine de la musique et la danse. À la faveur de quels processus les livrets d’œuvres opératiques nouvelles sont-ils inscrits au répertoire des grandes salles ?

Au plan historique, le sujet invite à s’interroger sur l’émergence des figures tutélaires, et plus particulièrement sur les processus qui permettent à certaines figures d’intégrer le panthéon des personnages illustres, au contraire d’autres qui auraient pourtant titre à y accéder. Ces enjeux revêtent une centralité toute particulière dans les problématiques afférentes à l’écriture de l’histoire des mouvements de réforme et de la lutte pour les Droits civiques, dans lesquels les femmes jouent un rôle absolument crucial mais dont les récits semblent dominés par les hommes. S’interroger sur la légitimité des figures historiques invite donc à se pencher sur les questions d’historicité, d’autorité de l’historien·ne et d’écriture de l’histoire. De quelle autorité l’historien·ne peut-il ou elle se prévaloir ? Qui a légitimité à écrire les récits nationaux ? Comment les récits historiques de la marge se légitiment-ils ? Ces questions appellent, entre autres, une réflexion sur le travail de légitimation historique des autochtones, des esclaves, des femmes, des groupes minorisés, ainsi que leur place dans les récits nationaux et leur effort pour légitimer leur participation à l’écriture de ces récits, tout en examinant l’incidence des enjeux contemporains sur la façon dont sont érigées les figures historiques canoniques.

La problématique de l’inscription des figures de l’autorité dans l’espace public est centrale également – on pense à l’érection et au déboulonnement des statues de figures confédérées. À l’inverse, poser la question de la légitimité historique invite à se pencher sur « l’offensive culturelle » (Offenstadt, 2014) que mènent les commentateurs de la contre-sphère publique conservatrice, notamment sur les réseaux sociaux, pour remettre en cause les consensus historiques.

Du point de vue de la méthodologie de l’histoire, la thématique suggère une réflexion sur les archives et le processus d’archivage (Quel document a titre à devenir une archive ? Comment le statut d’archive légitime est-il défini ?) ainsi que sur la question du témoignage dans l’écriture de l’histoire (Comment se construit l’autorité des témoignages historiques ? Comment s’établit la légitimité des acteurs historiques ?).

Légitimité, autorité et canons sont également au cœur des enjeux qui entourent les mouvements de réforme, indépendamment de leur mise en récit historique. Comment se légitiment les discours antiesclavagistes et abolitionnistes quand l’esclavage est non seulement vital à l’économie d’une partie du pays mais sous-tend l’édifice social ? Comment faire admettre la légitimité civique et politique des Africains-Américains alors même que leur humanité est en question ? De même, comment se fait entendre la diversité des voix féministes, dans le sillage des militantes lesbiennes au sein de la National Organization for Women, face à une opposition croissante des conservateurs et conservatrices ? Quelle est la place des femmes trans dans les récits féministes ? À l’époque plus contemporaine, la remise en question de l’autorité et des structures de pouvoir est un enjeu central de mouvements tels que #MeToo ou #TimesUp et #BlackLivesMatter, ses dérivés (#TransLivesMatter) et ses appropriations réactionnaires (#AllLivesMatter ; #BlueLivesMatter). De même, outre les avancées et régressions socioculturelles, l’analyse des notions de genre, de sexualité et de binarité s’articule aussi autour du statut épistémologique et ontologique de différentes communautés (Black, African American, Person of Color, BIPOC, LGBTQIA+).

La réflexion pourra enfin porter sur les processus de légitimation de stratégies de contestation déployées en dehors du cadre défini par la désobéissance civile, qui, envisagée comme non-violente, respectueuse des institutions et de l’autorité de l’État, est généralement admise comme seul mode de protestation légitime (Delmas, 2020). Comment des formes de « désobéissance non-civile » (anonymes, irrespectueuses, potentiellement violentes, et visant précisément à contester la légitimité de l’État) ont-elles cherché à s’imposer comme stratégies de contestation légitimes ? Des « sextrêmistes » aux activistes de la lutte contre le SIDA en passant par le culture jamming, l’histoire des États-Unis est ponctuée d’expériences contestataires non-civiles visant à permettre aux minorisé·e·s de se réapproprier leur agentivité et qui viennent compliquer la façon d’envisager l’expression et la mise en œuvre du dissensus.

Les questions d’authenticité, de légitimité et de canons pourront également être explorées en termes de canons cinématographiques à l’âge classique hollywoodien, au moment du nouvel Hollywood, où dans le domaine du cinéma indépendant ou du film documentaire, tout comme les questions d’hybridation générique (ZomComs, Western gai, SF Queer) et transmédiatique (adaptation, remake, reboot, sequel, prequel, coquel), ainsi que leurs univers adjacents. Ces questions se posent aussi quand on aborde les problématiques d’identité, de genre et de sexualité et de leurs représentations (aux écrans, dans les textes). Dans les arts visuels et la production médiatique, il pourrait s’agir par exemple de se pencher sur les liens entre autorité et censure (code Hays, Mapplethorpe obscenity trial) ou entre autorité et production (white/cis/straight/able casting et diversity riders ; choix de la sortie en salles ou en streaming ; signification politique du choix des lieux de tournage).

En termes de représentation à l’écran, l’articulation du pouvoir de la représentation et de la légitimité (“See It to Be It”) mérite réflexion également, notamment dans l’évolution de la production télévisuelle et filmique ainsi que dans ses modalités de réception, de plus en plus actives/activistes. Des mouvements comme #OscarsSoWhite et la polémique autour des Golden Globes mettent en lumière le manque structurel de personnes autres que blanches devant et derrière la caméra, ainsi que dans les jurys qui déterminent quelles productions seront canonisées. Les questions d’intersectionnalité et de privilège (racial, économique, genré) ainsi que la réaction qu’ils suscitent sont au cœur de ces enjeux.

Dans le domaine des médias et du journalisme, le « moment Trump » jette une lumière crue sur des mutations systémiques qui remettent en cause la légitimité des discours et normes journalistiques ainsi que l’autorité culturelle des journalistes professionnels. La généralisation de la portabilité des outils de communication et l’avènement des réseaux sociaux numériques au tournant des années 2010 n’ont fait qu’accentuer la « multiaxialité » de l’environnement médiatique qui émerge à la fin de la décennie 1980 (Williams et Delli Carpini, 2011). À la faveur de ce phénomène, de nouveaux supports et formats s’imposent et viennent remettre en cause la façon d’envisager les frontières entre genres médiatiques ainsi que la manière de déterminer la valeur informationnelle et politique des contenus. En corollaire, les journalistes professionnels se voient ravir le monopole qu’ils exerçaient de longue date dans la définition des contours de l’environnement discursif et l’élaboration de l’ordre du jour médiatique. Sous le régime médiatique « hybride » que ces mutations ont fait advenir, ces tendances s’exacerbent et les logiques propres aux médias traditionnels intègrent celles des nouveaux médias pour ébranler les hiérarchies informationnelles, brouiller les frontières en producteur et récepteur de l’information et mettre en crise le consensus autour de la notion de « fait » (Chadwick, 2017). Dans ce processus, de nouvelles voix émergent qui remettent en cause voire supplantent l’autorité de voix établies.

Enfin, en lien avec la crise de l’autorité culturelle des journalistes professionnels, la thématique invite à se pencher sur la remise en cause de la légitimité des intellectuels et des universités dans les débats de société contemporains tout autant qu’elle place au centre de la conversation les enjeux de légitimité épistémologique. Qu’est-ce qu’un domaine de recherche légitime ? Comment les champs et les disciplines s’imposent-ils comme tels ? Comment s’établissent les canons théoriques et méthodologiques ? Comment se négocient et se maintiennent les frontières entre disciplines ? Dans le domaine spécifique des études anglophones et américaines en France, on pourra s’interroger sur le statut épistémologique contesté de la « civilisation » en tant que discipline. Au-delà du contexte universitaire français, si certains domaines établis ne font l’objet d’aucune remise en cause, qu’en est-il des champs d’études (émergents) tels que les game studies, les AIDS studies, les porn studies ou les disability studies ? De quelle forme d’autorité scientifique se prévaut-on quand on étudie un sujet émergent ? Des enquêtes sur l’apparition de ces nouveaux champs et des études comparatives entre les États-Unis et d’autres pays pourront nourrir la réflexion de façon très à propos.  

Références

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Calendrier

18 octobre 2021Date limite d’envoi des propositions d’ateliers 
25 octobre 2021Publication des ateliers et appel à communications
17 janvier 2022Date limite d’envoi des propositions de communication aux responsables d’ateliers 
14 février 2022Date limite d’envoi de la composition des ateliers aux organisateurs scientifiques
01 mars 2022Publication du programme 
31 mai – 3 juin 2022Congrès

Les propositions d’atelier doivent être adressées conjointement à Sylvie Bauer (sylvie.bauer@wanadoo.fr), Sébastien Mort (sebastien.mort@univ-lorraine.fr) et Elizabeth Mullen (elizabeth.mullen@univ-brest.fr). 

Lien de téléchargement de cet appel à ateliers https://afea.fr/annualconference/wp-content/uploads/sites/4/2021/07/Theme-AFEA-2022.pdf