Théories de la réception et cinéma : Spectateurs et publics, auteurs et lecteurs

Université Blaise Pascal (Clermont Ferrand 2)

Du 10 au 12 février 2010

Centre de recherche sur les Littératures et la
socio-poétique (CE.L.I.S.)
- EA 1002

Equipe « Littératures 20/21 » (sous la responsabilité de Sylviane COYAULT)

Comité scientifique :

Christophe GELLY (Université Blaise Pascal) -

David ROCHE (Université de Bourgogne) -

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Dresser le bilan des études sur la réception
n’est pas chose facile quand il s’agit de
littérature. Il semblerait que l’on peut
distinguer dans ce domaine les critiques qui
s’intéressent au public réel ancré dans un moment
donné de l’histoire (Pour une théorie de la
réception de H.R. Jauss) et ceux qui se
concentrent sur l’oeuvre elle-même et le lecteur
qu’elle semble construire (The Implied Reader et
The Act of Reading de Wolfgang Iser, Lector in
Fabula d’Umberto Eco). Dans les études filmiques,
la question de la réception s’est le plus souvent
limitée à l’approche jaussienne
(Interpreting
Films : Studies in the Historical Reception of
American Cinema
et Perverse
Spectators : The Practices of Film Reception
de
Janet Staiger), c’est-à-dire à une approche
centrée sur la lecture des oeuvres en tant qu’elle
est déterminée par un contexte historique et
socio-culturel donné, et non par la structure
narrative ou le fonctionnement du film comme
esthétique.

Ce colloque vise à proposer différentes approches
de la réception (historique et esthétique) dans
le but de concilier ces théories qui n’étaient
pas contradictoires selon Jauss et Iser. Ce
croisement des deux perspectives pourra s’appuyer
sur plusieurs modèles d’interprétation, comme par
exemple les grilles de lecture d’inspiration
psychanalytique (sur les questions
d’identification primaire et secondaire) ou
cognitives. Les communications pourront porter
sur des films et des oeuvres littéraires de toute
nationalité et de tout genre.

Trois directions-clés seront privilégiées dans ce
colloque : tout d’abord, c’est la théorie à
proprement parler qui sera abordée, dans une
approche comparatiste visant à mettre en lumière
similitudes et différences dans le champ de la
réception entre littérature et cinéma, deux
domaines qui devront être liés dans les
propositions de communication qui seront
soumises. On pourra également traiter de la
spécificité du phénomène de la réception dans
chacun de ces deux domaines, et de la possibilité
ou non (voire de la pertinence) de leur mise en
relation. En second lieu, on s’intéressera à la
réception de la littérature par le cinéma, à
travers cette lecture particulière que constitue
l’adaptation cinématographique des textes
littéraires. Le phénomène de l’adaptation (qui
peut d’ailleurs fonctionner en sens inverse sous
la forme de la « novellisation » de films à
succès, procédé courant aujourd’hui) offre
l’avantage de présenter un cas de réception (au
sens de lecture) de l’oeuvre adaptée que l’on peut
analyser à la fois comme production artistique
déterminée historiquement et idéologiquement par
son contexte, et comme interprétation ayant
valeur de commentaire sur l’oeuvre source,
associant ainsi les deux dimensions de la
réception que nous avons présentées plus haut. Ce
sont bien ces deux aspects seulement de
l’adaptation, vaste champ d’études s’il en est,
qui seront privilégiés, afin de rester dans le
cadre d’une approche de la réception
spécifiquement. Troisièmement, on abordera la
question de la réception du cinéma par la
littérature, afin d’évaluer les différentes
modalités par lesquelles un écrivain peut
interroger le rapport au cinéma (on pense à Jean
Echenoz, notamment, et à la présence des
références cinématographiques dans la
construction de ses personnages) ou plus
largement la présence du cinéma comme mythe
intégré à la littérature (Joyce Carol Oates
écrivant une biographie fictive de Marilyn
Monroe, Jonathan Coe biographe lui aussi de
Humphrey Bogart et de James Stewart, ou Ann
Beattie construisant des intrigues présentées
comme des films, dans My Life, Starring Dara
Falcon). Cette question de la réception, par le
spectateur, d’une fiction qui vient contaminer la
réalité - le cinéma envahissant en quelque sorte
le monde de la littérature - se voit redoublée
par la présence du même questionnement sur les
frontières entre mondes fictionnels au sein même
du cinéma. Cette question apparaît clairement par
exemple dans The Purple Rose of Cairo de Woody
Allen, ou dans des films centrés sur des
cinéastes et leurs rapports avec leur public,
comme 8 1/2 de Fellini (Lynch et Almodovar
seraient d’autres références pertinentes sur ce
sujet bien entendu). Chacune de ces trois
directions d’études devrait permettre de faire
ressortir la richesse et la complexité du
phénomène de la réception dans les deux domaines
étudiés, la littérature et le cinéma.

Les communications pourront être présentées en
anglais ou en français. Les propositions de
communication sont à adresser par courriel aux
deux membres du comité scientifique avant le 30
septembre 2009.

Christophe GELLY (Université Blaise Pascal) -

David ROCHE (Université de Bourgogne) -