My Leica becomes a movie camera : filmer la peinture et la photographie américaines.

7 et 8 Novembre 2008, Institut National d’Histoire de l’Art (galerie
Colbert, rue Vivienne, 75002 Paris)

Comme l’illustre la collection Contacts
commercialisée récemment par Arte, l’amateur
d’art aujourd’hui se voit proposer de plus en
plus d’oeuvres filmiques destinées à lui faire
découvrir le travail de photographes ou de
peintres. Dans les musées, dans les salles de
cinéma ou même encore chez lui, celui-ci a
désormais la possibilité de suivre le fil de la
création des images et de pénétrer dans
l’intimité de l’artiste, une intimité parfois
fantasmée et fictionnalisée, comme dans le film
de Steven Shainberg intitulé Fur : An Imaginary
Portrait of Diane Arbus (2006).

Cette expérience de visionnage de films consacrés
aux artistes et à leurs ¦uvres s’apparente
parfois à la lecture d’un journal intime, mais
l’historien d’art se nourrit aussi de ces images
qui renseignent sur la genèse de l’oeuvre. Barbara
Rose se désole dans American Art in the 60s
(1973, 55mn) de ne pouvoir y recourir pour mieux
comprendre le travail de Morris Louis :« his
technique remains a mystery because he refused to
be filmed painting ». A contrario, Harold
Rosenberg forge son concept de « action painting » après avoir vu le film de Hans Namuth consacré
à Jackson Pollock.

Mais parler de photographie ou de peinture au
cinéma, ce n’est pas seulement livrer les secrets
de fabrication de l’oeuvre. Dans la série
Contacts, on écoute, émerveillé, William Klein
raconter l’histoire d’une photo. Il le dit
lui-même, une planche contact se lit de gauche à
droite, comme un texte. Filmer une image fixe,
c’est déjà changer sa nature et sa réception : il
faut en quelque sorte la trahir pour l’inscrire
dans un contexte. C’est donner l’avant et
l’après, auxquels on n’a normalement pas accès
face à l’oeuvre exposée dans une galerie ou dans
un musée. C’est choisir un détail, une distance,
c’est reconfigurer l’image elle-même. Dès lors le
film s’apparente davantage à une démarche qui
redéfinirait l’oeuvre dans le temps et dans
l’espace, en imposant une nouvelle temporalité et
un nouveau découpage (ceux du film) à sa
réception. Mais cette contextualisation suppose,
du même coup, que l’image puisse vieillir.

Quels enjeux donc pour un artiste à laisser le
cinéaste révéler la genèse secrète d’une image ?
Qu’avons-nous à gagner à soumettre la peinture ou
la photographie à l’épreuve du cinéma ?

Dans le contexte américain, l’ambiguïté
sémantique semble favoriser ces interrogations. « 
Camera » signifie aussi appareil photo et
n’importe quelle image, animée ou statique, prend
le nom de « picture ». Nombre d’¦uvres portent en
elles ce questionnement : on pense à l’oeuvre
photographique et filmique de William Klein,
objet d’une rétrospective organisée par le Centre
Georges Pompidou (7 décembre 2005-20 février
2006) ; à Julian Schnabel ; à Andy Warhol qui
prétendait un temps abandonner la peinture pour
se consacrer au cinéma ; à l’utilisation extrême
du ralenti chez Bill Viola, l’artiste vidéaste.

Mais on évoquera aussi l’oeuvre plastique de David
Lynch révélée à la faveur de l’exposition The Air
is on Fire à la Fondation Cartier (printemps
2007) qui montrait comment un film peut se
déployer à partir d’une seule image fixe,
peinture, dessin ou photographie.

Programme


_Vendredi 7 novembre 2007 :_

9h : accueil par *Jean-Loup Bourget* (ENS/ARIAS)

9h30 – 11h00. Le film au musée.

Président de séance : *Jean-Loup Bourget*

*Gisèle Breteau-Skira* (Centre Georges Pompidou/Zeuxis) : " Filmer l’image "

*Anne Crémieux* (Paris 10) : " Riché Richardson : Portrait of The Artist "

*Katie Bourguignon* (Musée de Giverny) : " Huiles sur toile : un projet
d’exposition sur l’art américain au cinéma. ”

11h15- 12h15. Projection –débat : Filming photographers : Aaron Siskind
and Harry Callahan
présenté par *Judith Wechsler* (Tufts University/USA)

14h-15h30. De la nature des images.

Présidente de séance : *Judith Wechsler*

*Barbara Le Maître* (Paris 3) : " Filmer des photographies pour parler de
peinture (Duane Michals, de Edgar B. Howard & Theodor R. Haimes) "

*Julien Guieu* (Paris 3) : " Sans issue : l’indice dans l’œuvre de David
Lynch ".

*Alain Bergala* (Paris 3) : " Du cinéma dans les photos de Robert Frank "

16h00- 17h. Projection –débat : The Eclipse of Photography présenté
par *Victor Burgin* (University of California, Santa Cruz).

_Samedi 8 novembre :_

10h – 11h30. Hollywood et l’art.

Président de séance : *Didier Aubert* (Paris 3)

*Jean-Michel Durafour* (Paris 7) : " Winslow Homer chez John Ford ".

*Jean Foubert* (Berkeley) : " La profondeur dans les films de David Lynch "

*Patricia Kruth* (Lille 3) : " Filmer la peinture, peindre un film ?
Pollock de Ed Harris et Life Lessons de Martin Scorsese ".

12h. Projection-débat : By The Ways, présenté par *Cédric Laty* et
*Vincent Gérard*.