Livrets d’opéras et réécritures du patrimoine anglophone

9 et 10 mai 2008
Université de Caen

Les premiers livrets d’opéra anglais ont recréé et récrit l’héritage gréco-romain - ses mythes, sa littérature et son histoire - à l’exemple du Venus and Adonis de John Blow, considéré comme le premier opéra anglais. Quant au Siege of Rhodes de 1656 de William Davenant, autre candidat au titre de premier opéra anglais, il est suivi en 1659 d’une History of Sir Francis Drake qui s’empare de l’histoire du royaume et célèbre un de ses héros, comme les pièces historiques de Marlowe et Shakespeare. Les propriétaires de théâtres reprennent les succès des époques précédentes sous la forme d’opéras ou de semi-operas, comme Macbeth ou The Tempest de Shakespeare.
Plus tard les librettistes s’inspirent d’ouvres littéraires étrangères ou anglaises célèbres et les grands succès du roman anglais du XVIIIe, Pamela de Richardson et Tom Jones de Fielding sont recrées pour la scène. Le XIXe siècle voit le zénith de l’adaptation des grandes ouvres du patrimoine britannique à l’échelon européen. L’histoire, le théâtre et la littérature anglaise sont réécrits pour l’opéra et Walter Scott, Byron et Shakespeare inspirent autant de livrets que l’antiquité classique et le Tasse au siècle précédent. Michael Balfe, compositeur de la célèbre Bohemian Girl, fait carrière en Italie comme Signor Balfi, et certains compositeurs anglais, comme Ethel Smyth, font créer leurs opéras à l’étranger.
Ces réécritures par des compositeurs autochtones ou étrangers des événements de l’histoire nationale ou des grandes ouvres littéraires affectent toute la sphère anglophone, les Etats-Unis comme l’Australie à une époque plus récente, et soulèvent plusieurs problèmes d’ordre esthétique, linguistique, politique et sociologique. S’agit-il de suivre fidèlement le modèle ou de l’acclimater à des latitudes différentes et de l’adapter à un public qui a ses habitudes. S’agit-il de porter un éclairage nouveau, plus en accord avec son temps, sur cet héritage littéraire et historique ? Quelles intentions servent ces réécritures ? L’exaltation d’un sentiment national, la mythification d’une époque révolue pour laquelle s’exprime une nostalgie face à la modernité et au progrès, la fascination pour un patrimoine culturel différent et donc exotique, la revendication d’un héritage culturel commun à l’Europe ou au monde occidental ? Quelles images de l’Angleterre ou des Etats-Unis, des Britanniques et des Américains ces réécritures proposent-elles aux autochtones et au public étranger ? Ont-elles influé sur la perception du pays par les autochtones et par les Européens ? Les traductions de l’anglais vers la langue vernaculaire, suscitent aussi un vaste questionnement : adaptation, transposition ou trahison ?
Ce colloque est ouvert aux chercheurs en anglistique et aux collègues comparatistes et accueillera une quinzaine de communications.
Envoyez vos projets de communication avant le 1 février 2008 à Gilles Couderc