Liste des ateliers : Appel à Communications

Congrès AFEA 2016 - Chantiers d’Amérique
Toulouse, 24-27 mai

Organisation scientifique : Mathieu Bonzom (Université d’Orléans), Vincent Broqua (Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis) et Anne Crémieux (Université Paris-Ouest Nanterre-La-Défense)

1. Le littéraire hors la littérature : chantiers d’écriture et de pensée

Mathieu Duplay (Université Paris Diderot - Paris 7)

Dans The Senses of Walden, Stanley Cavell laisse entendre qu’en Amérique, la spéculation philosophique s’exprime ailleurs que dans des ouvrages ou des essais relevant de la philosophie au sens institutionnel du terme — ailleurs, c’est-à-dire par exemple dans les textes littéraires, « in the metaphysical riot of [America’s] greatest literature ». On est tenté d’extrapoler et de formuler l’hypothèse suivante : si l’Amérique se hérisse volontiers de « chantiers », n’est-ce pas parce que les choses s’y édifient fréquemment là où on ne les attend pas, en marge des espaces cadastrés, voire sur des terrains en friche où tout reste à construire ? Et n’est-ce pas notamment le cas du littéraire, qui souvent échappe à l’emprise de la « littérature » pour se disséminer ailleurs — par exemple au cinéma, dans des séries télévisées, sur la scène de théâtres de Broadway, dans l’œuvre de plasticien.ne.s, sous la plume d’auteurs ou dans des contextes de publication a priori étrangers aux règles du jeu littéraire ? Cette question ne doit pas être confondue avec celle, très actuelle, des frontières du littéraire, des échanges qu’il peut avoir avec d’autres pratiques culturelles ou esthétiques, voire des chevauchements grâce auxquels un même objet textuel peut appartenir en même temps et de plein droit à la littérature et à la musique, aux arts plastiques, au cinéma, etc. Il s’agirait plutôt de s’interroger sur des pratiques sans frontière qui, par désintérêt ou par choix, échappent à toute délimitation — sur des pratiques qui ne revendiquent ni la légitimité conférée par l’appartenance à un mode d’expression reconnu comme « littéraire », ni la visibilité d’une autre nature à laquelle aspirent les écritures contestataires ou avant-gardistes, mais qui pourtant concernent la littérature, la questionnent sur sa nature et sur ses ambitions.

L’un des enjeux du présent atelier pourrait consister, pour commencer, à mettre cette hypothèse à l’épreuve : on tenterait d’identifier quelques-uns des lieux où émerge un littéraire qui ne dit pas son nom ; en outre, on se demanderait pourquoi c’est là, justement, qu’il se manifeste, et pourquoi il se fait jour sous telle forme plutôt que sous telle autre. Dans le même esprit, on pourrait s’interroger sur l’historicité de ce phénomène et notamment se demander s’il est propre à l’époque contemporaine — à première vue, il y a tout lieu de penser que non (de même, les premières excursions du philosophique hors de son domaine réservé remontent à un passé déjà lointain, si l’on en croit Cavell). En d’autres termes, il conviendrait peut-être de revenir sur le lien souvent fait de manière implicite entre l’inattendu et le nouveau : faut-il à tout prix inscrire l’intempestif dans une narration qui le rattache à un temps particulier (ce temps fût-il le nôtre), ce qui est encore une manière de le normaliser, de lui assigner une localisation précise, de l’assigner à résidence dans une épistémè clairement identifiable ? N’est-ce pas oublier qu’il ne se laisse parfois percevoir qu’après-coup, lorsque l’attention se porte avec un retard quelquefois considérable sur des pratiques littéraires qui, à force de ne pas dire leur nom, avaient fini par passer inaperçues ?

Cela dit, il s’agira aussi de se demander comment penser ce littéraire d’un autre genre, et notamment quelles inflexions il convient d’imprimer au discours critique afin d’en saisir les particularités. Bien souvent, face à de nouveaux objets ou à des problématiques jusque-là inaperçues, le travail de conceptualisation répond à un désir de légitimation autant qu’à des exigences épistémologiques — il s’agit de procéder à la défense et à l’illustration de nouveaux domaines de recherche afin de leur assurer une visibilité et une pérennité institutionnelles. Assurément, cela apparaît d’autant plus nécessaire que planent des menaces bien réelles dont il serait illusoire et dangereux de minimiser la portée. Ceci étant dit, on peut se demander si une telle enquête sur le « littéraire hors la littérature » (comme on dit « hors les murs ») n’a pas justement pour intérêt de rappeler qu’au-delà de la nécessaire défense de disciplines menacées, la recherche répond à un autre impératif qui est celui de la vulnérabilité, de l’exposition délibérée au risque de dessaisissement — selon Jacques Derrida, tel est le sort de l’université, « sans pouvoir propre » car « étrangère », « hétérogène au principe de pouvoir », ainsi qu’il l’écrit dans L’Université sans condition. Peut-être est-ce là justement la raison qui motive l’intérêt des universitaires pour des pratiques d’écriture elles-mêmes comparables à des « citadelles exposées » en raison de leur absolue indépendance, cause de leur infinie fragilité.

Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Mathieu Duplay avant le 4 janvier 2016.

2. Fiction Unbound

Claire Fabre (Université Paris-Est Créteil) et Brigitte Félix (Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis)

Les frontières du roman, tout comme celles de la nouvelle, s’étaient déjà largement ouvertes dans les années 1970 et 1980 pour donner naissance à de nouvelles formes hybrides, expérimentales qu’il est d’usage de désigner désormais sous le nom générique de « fiction ». Qu’en est-il de la fiction américaine contemporaine aujourd’hui et de l’activité de recherche dans ce champ ? Depuis ces mêmes années 1970-80, la fiction américaine a fait l’objet de nombreux travaux dans la communauté des littéraires américanistes (monographies sur des auteurs, numéros de revues, colloques, rencontres avec des écrivains invités, séminaires de recherche, festivals contribuant à la vulgarisation de la recherche). Cet atelier voudrait être l’occasion de faire le point : quelles sont les tendances qui ont émergé dans les travaux des différents groupes, notamment (mais pas exclusivement) ces dix dernières années ? Quels sont les textes, les auteurs qui ont particulièrement retenu l’attention des chercheurs ? Quels sont les nouveaux territoires dessinés maintenant par la fiction (fiction et image, roman graphique, littérature électronique) ? Comment la fiction interroge-t-elle aujourd’hui le narratif ? Quelles sont les fictions de notre moment contemporain et qu’est-ce que la fiction « contemporaine » en 2015 ? Telles sont les principales questions qui pourront guider notre réflexion dans cet atelier ouvert à différents types de communications portant sur la littérature contemporaine : outils et réflexions méthodologiques et critiques, travaux spécifiques sur un ou plusieurs auteurs, analyse d’un « territoire » en particulier.

Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Claire Fabre et Brigitte Félix avant le 4 janvier 2016.

3. Boucler la boucle : de l’autre côté du numérique ?

Arnaud Regnauld et Stéphane Vanderhaeghe (Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis)

Il est assez révélateur et ironique à la fois que l’appel à communications pour le colloque ELO 2015 consacré aux « Fin(s) de la littérature électronique » ait d’emblée soulevé, faisant écho à la crainte actuelle et néanmoins récurrente quant à la fin du livre, la question suivante : « L’expression ‘littérature électronique’ est-elle transitoire et ainsi vouée à devenir caduque à mesure que se propage l’utilisation à des fins littéraires de nos médias et appareils informatiques ? » La question qui se pose ici en creux concerne la fin de l’écriture en tant que technologie dont l’obsolescence inhérente et la réinvention constante ne peuvent qu’affecter les formes futures qu’elle serait amenée à prendre.

Nous aimerions ainsi, dans le cadre de cet atelier, nous interroger sur les multiples façons dont le tournant computationnel serait en train de redéfinir un certain nombre de frontières : dans quelle mesure, par exemple, l’application de nouvelles techniques computationnelles et l’utilisation de technologies de visualisation reconfigurent-elles de façon radicale, en les redistribuant, la subjectivité et l’agentivité de l’artiste, du lecteur et, peut-être, celle du traducteur ? Où tirer un trait entre la fiction et la simulation ? Où placer la frontière entre le texte et l’interface si, dans les termes d’Alexander Galloway, « l’effet d’interface se situe là, sur les multiples seuils où s’articulent l’être et le monde ? » (…) « Une interface n’est pas une chose, mais toujours un effet. Il s’agit toujours d’un processus ou d’une traduction. » (Voir Galloway, The Interface effect  : « Médiatiser revient en réalité à faire office d’interface, (…) la médiatisation est une forme particulière de répétition. » « L’interface est un média qui ne médiatise pas. Elle n’opère pas. » « Si l’interface se situe quelque part, c’est bien là. En employant des termes comme « écriture », « image » ou encore « objet », nous cherchons en réalité à résoudre cette inopérabilité. »)

Dans pareil contexte, la littérature (et la littérature électronique) est-elle un défaut dans le système linguistique bientôt destiné à être remplacé par des formes uniquement non-textuelles et asémantiques ? Comment, en retour, l’interface et le code contraignent-ils la conception du texte, quelque définition qu’on lui prête désormais ? A cet égard, quels seraient dorénavant les éléments constitutifs d’une œuvre et en quoi ceux-ci redéfinissent-ils sa litérarité si l’on garde en mémoire que les contours de la littérature électronique sont loin d’être clairement délimités, tant ils empiètent sur les codes des arts visuels et de la performance, allant jusqu’à faire de la programmation une pratique artistique à part entière. Dans le sillage des études critiques du code (Critical Code Studies), c’est en outre le statut textuel et poétique du code informatique (notamment en lien avec la poésie dite du code – codework poetry) qu’il faudrait interroger en tant que nouvelle forme possible d’expression (machinique) littéraire.

Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Arnaud Regnauld et Stéphane Vanderhaeghe avant le 4 janvier 2016.


4. Le modernisme en revues, le modernisme revu

Hélène Aji (Université Paris-Ouest Nanterre-La-Défense) et Céline Mansanti (Université de Picardie Jules Verne)

La première moitié du XXe siècle constitue une période particulièrement féconde pour les revues, qu’elles soient plutôt « mainstream » et animées par la volonté de démocratiser l’accès à la culture dans un contexte d’explosion de la presse, ou plutôt d’avant-garde : expérience collective s’il en est, le modernisme trouve un lieu d’expression privilégié dans les « petites » revues qui lui permettent d’exprimer la dimension internationale et dialogique de sa production artistique, littéraire et critique. À la fois cœur du modernisme et espaces périphériques de pointe, car constamment renouvelés, les revues proposent de nouvelles écritures et de nouveaux mouvements, produisent des débats et font circuler des idées au-delà des frontières géographiques et disciplinaires, de façon si intense et diverse qu’elles continuent aujourd’hui à constituer un champ d’études en plein développement.

Depuis au moins la deuxième moitié des années 1970, les revues sont sur le devant de la scène critique : ce sont en particulier la réimpression de nombre d’entre elles par Kraus et Johnson qui les y amènent. Un deuxième pic d’études critiques a lieu dans la deuxième moitié des années 1990, et correspond à de nouvelles façons d’aborder le modernisme : la revue devient le laboratoire du modernisme. Où en est l’étude des revues modernistes américaines, et plus largement, où en est l’étude des revues qui diffusent et critiquent le modernisme ? De nombreuses pistes pourront être explorées lors de cet atelier, parmi lesquelles :

  •  le travail en réseau : cartographies des échanges intellectuels internationaux, compréhension transnationale et globale du modernisme ; combinaison de multiples approches théoriques et critiques (close reading, cultural studies, histoire littéraire, etc.),
  •  la diffusion et l’évaluation du modernisme par d’autres médias que les petites revues d’avant-garde, permettant de reformuler les problématiques de l’interaction entre « culture d’en haut » et « culture d’en bas »,
  •  la prise en compte réflexive de la réception des revues modernistes sur les modes synchroniques (étude de lectorat) ou diachroniques (recontextualisation de l’intérêt pour ces revues dans les années 1970, dans les années 1990, dans les années 2010), notamment par le biais de la confrontation entre la politique de libre accès des chercheurs et la constitution de bases de données payantes par les éditeurs.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Hélène Aji et Céline Mansanti avant le 4 janvier 2016.

    5. À Partir de l’Ombre : Relire le Dix-Neuvième Siècle

    Cécile Roudeau (Université Paris Diderot - Paris 7)

    En a-t-on jamais fini avec le dix-neuvième siècle ? fini d’explorer ses « continents noirs » (Freud), de sonder les « soubassements » de ses idéologies (Marx), de décrypter ses lettres enténébrées, de trouver une sépulture à ses spectres errants ? Pour Dana Luciano et Ivy Wilson, auteurs de Unsettled States : Nineteenth-Century American Literary Studies (2014), il n’en est rien. Le dix-neuvième bouge encore, et sa littérature, prise entre des points de vue délibérément désaccordés, reste trouble, et continue de nous troubler.

    La surexposition du dix-neuvième siècle aux différents « régimes de lumière » de la critique pourrait bien lui avoir permis de conserver une part obscure, une opacité qui continue d’offusquer son évidence. Cet atelier propose de s’intéresser à cette part d’invisible qui travaille les textes, et qui est peut-être la cheville ouvrière d’une nouvelle fabrique du dix-neuvième siècle, ou du moins de sa fabrique continuée. S’il est le résultat de constructions institutionnelles, éditoriales et politiques, l’invisible est aussi une injonction épistémique, il est ce qui vient structurer le visible, ce sans quoi le visible n’est pas. Effet pervers du choix, pourtant nécessaire, d’un point de vue, l’invisible pourrait donc être, pour le critique, une fatalité heureuse, felix culpa. Il ne s’agira pas ici, ou pas seulement, de redonner voix au « parlement des invisibles » (Rosanvallon), de traquer les invus, ceux et celles que les gender studies, race studies, queer studies ont légitimement replacés sur le devant de la scène, mais de s’interroger sur ce que l’écriture, autant que la critique, n’omet pas tant qu’elle ignore.

    Cet atelier nous invite donc à repérer nos propres aveuglements, induits par une certaine discipline du regard, historiquement située, mais aussi à lire les textes littéraires du dix-neuvième siècle depuis leur propres angles morts, l’impensé de leur discours, révélés à la faveur d’un bougé des lignes, d’une anachronie volontaire du regard, d’un désajustement de la perspective. La tâche du critique, aujourd’hui, pourrait être de rendre palpable ce qu’on pourrait appeler provisoirement ce « laisser-pour-compte » du visible, de dévoiler l’invisible pour ce qu’il est, non pour revendiquer une quelconque transparence du dix-neuvième siècle à lui-même, ni une quelconque totalité herméneutique, perspectives terrifiantes s’il en est, mais, dans l’espoir de redéployer, ou redéplier, cette littérature à partir de ce qui ne pouvait, ou ne devait être vu alors et jusqu’ici, de la relire et de la raconter autrement, fût-ce – et cela immanquablement – à travers les œillères qui sont les nôtres.

    Quelques pistes de réflexion :

  •  la question de l’anachronie structurelle du regard critique et son efficace (l’effet sur l’interprétation du texte littéraire du XIXe siècle de l’environnement cognitif, scientifique, idéologique, du lecteur du XXIe siècle qui comprend « race », « sexe », « nation », « Américain » avec les outils de son temps),
  •  la question de la mise au jour d’œuvres oubliées (réédition, numérisation… ) à la faveur de questions ultra-contemporaines,
  •  l’hypothèse de la critique comme expérience de pensée (la validité de lire un texte à partir de ce qu’il ne dit pas, ne « voit » pas, de ses « absences »),
  •  l’effet de miroir que produit un tel questionnement quand son objet est la littérature américaine du XIXe siècle, elle-même fascinée par l’impensé, les nocturnes en tout genre, les forces occultes échappant à l’interprétation, l’articulation du visible et de l’invisible, du lisible et de l’illisible.

    Merci d’envoyer un CV abrégé et une proposition de 250 mots à Cécile Roudeau avant le 4 janvier 2016.

    6. Y a-t-il un texte dans cette critique ?

    Isabelle Alfandary (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

    Quiconque jette un œil au programme pléthorique des ateliers des grands congrès américains de MLA à ACLA en passant par ALA, pour n’en citer que quelques-uns, ne peut qu’être frappé par la multiplicité des approches critiques, le foisonnement des méthodes et des écoles. Le retour de l’historicisme, la présence des études de genre, la prise en compte de la dimension culturelle et identitaire dans l’analyse des productions littéraires, la contribution des neurosciences sont autant de signes de la fin du modèle herméneutique de type post-structuraliste.

    Dans cet atelier, on s’interrogera sur les modalités contemporaines de lecture de la littérature et on se demandera comment est désormais abordé et conçu le texte littéraire, selon quelles configurations, quels paradigmes et quels présupposés critiques.

    L’enjeu est de penser les conditions et les effets de l’abandon de pratiques de lecture de type herméneutique ou littéraliste, de l’interférence de pratiques inter ou transdisciplinaires. Cette modification du rapport au texte et à l’écriture littéraire modifie la nature de notre discipline et reconfigure les limites et l’identité même de ce qu’on appelle « littérature », ce qu’on entend par « texte ».

    Dans son essai Is there a Text in this Class ?, Stanley Fish écrit : “it is interpretive communities, rather than either the text or reader, that produce meanings.” Le présent atelier souhaite faire le point sur les dites communautés interprétatives et leurs interactions critiques dans le champ des lettres américaines pour savoir comment les textes littéraires sont ou peuvent être appréhendés aujourd’hui.

    Les présentations pourront prendre la forme d’une réflexion théorique ou d’une lecture critique de textes littéraires.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Isabelle Alfandary avant le 4 janvier 2016.

    7. L’autobiographie aux États-Unis aujourd’hui : essai de cartographie

    François Hugonnier (Université d’Angers) et Laure de Nervaux-Gavoty (Université Paris-Est Créteil)

    Le but de cet atelier est double : mettre en lumière les ramifications récentes d’un genre protéen ainsi que les évolutions théoriques qui en renouvellent l’approche.

    L’écriture de soi s’est toujours déclinée sous de multiples formes aux États-Unis. Dans leur édition mise à jour de Reading Autobiography (University of Minnesota Press, 2010), Sidonie Smith et Julia Watson ne recensent pas moins de soixante sous-genres, tout en concédant que la liste qu’elles proposent n’est nullement exhaustive. L’autobiographie est étroitement liée aux formes de la subjectivité et fait écho aux reconfigurations identitaires entraînées par les évolutions sociales et politiques ainsi que par les bouleversements technologiques. Un certain nombre de sous-genres sont ainsi récemment apparus ; d’autres, plus anciens, n’ont été que très récemment identifiés par la critique comme des formes littéraires à part entière. On peut notamment citer :

  •  l’écriture de soi en ligne,
  •  les autobiographies trans et gay,
  •  les autobiographies écrites par des personnes handicapées,
  •  les mémoires de personnes atteintes du sida ou du cancer,
  •  les récits filiaux,
  •  les récits « gastrographiques »,
  •  les écobiographies,
  •  les romans graphiques.

    Quelles sont les caractéristiques de ces sous-genres ? Comment sont-ils apparus et se sont-ils constitués en catégories critiques distinctes ? Journaux intimes, mémoires ou formes à la frontière de l’écriture de soi ont également fait l’objet d’expérimentations ; comment la notion d’hybridité formelle et les expériences trans-media ou transgénériques invitent-elles à repenser la notion même d’autobiographie ?

    Nous souhaiterions également examiner ici les apports théoriques récents qui ont renouvelé l’approche de l’écriture de soi. Si, pendant plusieurs décennies, on a proclamé la mort du sujet, celui-ci semble bel et bien de retour, comme en témoignent notamment la multiplication des études autour de la notion d’affect. L’autobiographie, longtemps regardée avec une certaine condescendance, fait aujourd’hui l’objet d’une attention sans précédent. Ce sont les raisons de ce regain d’intérêt que nous voudrions examiner ici. Comment les débats autour de la notion d’identité, de langage et de texte renouvellent-ils notre vision de ce genre ?

    Ces deux aspects – génériques et théoriques – doivent parfois être abordés de concert. C’est ainsi l’émergence du champ pluri et interdisciplinaire des études sur le handicap (disability studies) qui a conduit à la constitution d’un canon d’autobiographies écrites par des auteurs handicapés.

    Cet atelier accueillera des communications consacrées à l’émergence de formes nouvelles de l’écriture de soi et/ou aux évolutions théoriques récentes dans le champ de l’autobiographie.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à François Hugonnier et Laure de Nervaux-Gavoty avant le 4 janvier 2016.

    8. De la fin du monde aux États-Unis

    Eléonore Lainé Forrest (Université de la Nouvelle-Calédonie) et Yvonne Marie Rogez (Université Paris 2 Panthéon-Assas)

    « There’s no place like home »
    (The Wizard of Oz)


    La fin du monde aux États-Unis est une histoire que les Américains racontent depuis que leur nation existe, et d’autant plus depuis les attentats du 11 septembre. Dans la littérature (The Road de Cormac McCarthy), dans les films (The Book of Eli réalisé par Albert et Allen Hughes), dans les séries TV (The Walking Dead adaptée de la BD éponyme créée par Robert Kirkman), il est de plus en plus question d’une Amérique qui aurait subi une catastrophe dont l’origine reste généralement inconnue. Élus ou damnés, les survivants de l’ancien monde tentent de s’en sortir au quotidien et de rebâtir une nouvelle société à partir du ground zero.

    Repartir de rien, avoir un chantier gigantesque devant soi, c’est « l’histoire de l’Histoire » américaine. C’est la fiction que les Américains utilisent pour raconter leur passé et faire suivre à leur existence le droit chemin, la mission qu’ils ont à accomplir.

    La place de la religion dans ces représentations post-apocalyptiques prend alors toute son importance. Les héros de ces fictions rappellent la mission des Pilgrims d’établir « la Cité sur la Colline. » Ainsi, ils apparaissent comme les enfants de Dieu et se font les ouvriers de Son chantier, la terre.

    Après que le monde qu’ils connaissaient s’est effondré, ces héros doivent se demander si les principes sur lesquels il reposait étaient vraiment les meilleurs. Aussi, la vie dans ce monde post-apocalyptique les force à faire des choses horribles pour survivre. La loi du plus fort prend alors un sens littéral. Il faut savoir se défendre et se battre contre les forces du mal qu’elles soient extérieures (terroristes ou autres) ou intérieures (la fin du monde apparaîtrait alors comme la figure sous laquelle se présentent les tourments les plus profonds du héros, cet Autre en lui).

    Les héros de ces fictions se demandent alors s’ils sont bons, s’ils font partie des « good guys », même lorsqu’ils ont commis des crimes pour survivre et/ou faire respecter la loi. Mais quelle loi, dans un monde qui a perdu tout cadre juridique ? De même, que dire de la notion de liberté, si chère aux Américains, dans un monde qui n’a plus de règles ? Que devient-elle ? Sans limite ?

    Ces représentations de la fin du monde semblent remettre en question les valeurs américaines. La catastrophe qui a détruit leur société vient rappeler aux héros, aux « good guys, » qu’ils ont été détournés du droit chemin et qu’ils doivent maintenant reconstruire un monde meilleur.

    Mais elles pourraient aussi signifier la peur que les Américains ressentent lorsque leurs valeurs sont menacées. Loin de douter de leurs principes, ils sont alors prêts à les défendre contre et malgré tout. Par exemple, le héros sauve une vie humaine au prix de risques inconsidérés parce qu’on ne laisse personne mourir sur le bas-côté de la route. Mais la devise américaine « e pluribus unum  » sonne à présent différemment car le héros sauve un membre de son groupe. Il se met à ignorer les cris de l’inconnu qui lui demande de l’aide. Et vivre ensemble devient un rêve dont le sens se délite.

    Ces différentes pistes constituent les thèmes de cet atelier. On l’aura compris, ils sont variés et ne se limitent pas au seul champ de la littérature et du cinéma. Ainsi, tous les américanistes (quelle que soit leur spécialité) sont invités à partager leur recherche sur ces représentations post-apocalyptiques et à faire de cet atelier un chantier pluridisciplinaire.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Eléonore Lainé Forrest et Yvonne Marie Rogez avant le 4 janvier 2016.

    9. La surprise, outil fondamental de la recherche en contrepoint.

    Jeanne-Henriette Louis (Université d’Orléans)

    Une recherche commence par l’énoncé d’un sujet, considéré comme la base d’une construction. Si on sort du sujet, la construction commence à s’écrouler. Le chercheur pressent une impasse alors qu’il croyait être sur un boulevard. Au moins deux explications possibles s’offrent à lui : soit le sujet, qui jouissait pourtant d’un large consensus dans la société ambiante, est un postulat au lieu d’être un axiome. Des préjugés acceptés un peu trop rapidement, doivent être modifiés à la lueur de la recherche et de ses trouvailles. L’heure de vérité approche, et le chercheur doute de son sujet.

    Soit le chercheur continue, garde son sujet, et court vers l’impasse. La crise le rattrapera. Sa recherche a mis en évidence des faits qui se révèlent faux (par exemple à l’occasion d’ouverture d’archives). Il doit changer de sujet, ou, du moins, de sous-titre. Mais il arrive que sa nouvelle construction lui révèle un autre sujet, inexploré, et très riche. Dans cas, il n’aura pas de regrets, et seulement du mal à se faire entendre par ses collègues et par l’opinion publique, du moins dans l’immédiat.

    Le même phénomène peut se répéter plusieurs fois, jusqu’au moment où le sujet d’origine est méconnaissable. Les surprises ont été intégrées, et ont complètement bouleversé le titre même de l’exposé. Il ne s’agit plus de la description d’un parcours, mais de révélations de fragments ignorés de l’histoire. Le chercheur va de surprise en surprise. Ses conclusions se démultiplient. Il se retrouve dans un processus de créativité, voire de création. Ce qui paraissait « hors sujet » prend tout à coup un sens.

    On considère habituellement que les mythes sont véhiculés par la littérature, tandis que l’histoire est vecteur de réalité. Cependant l’histoire a parfois l’impression de mener un combat inégal contre les mythes. Des œuvres littéraires inspirées ont souvent plus d’emprise sur la population d’un pays que la recherche historique. L’historien a, dès lors, l’impression de crier dans le désert. Il a beau considérer la Littérature comme une catégorie mineure, tant qu’Histoire et Littérature sont considérées comme antinomiques, c’est la Littérature et ses mythes qui emportent les faveurs populaires. Littérature et Histoire jouent ainsi au jeu de « qui perd gagne ». Histoire et littérature peuvent être toutes les deux vecteurs de mythe et de réalité à la fois. Il est des aspects mal connus de l’histoire événementielle qui révèlent que des grandes œuvres littéraires inspirées sont chargées d’histoire symbolique, compensant ainsi les oublis de l’Histoire officielle.

    L’œuvre littéraire apparaît comme un complément nécessaire à l’histoire, car celle-ci, pleine de trous, ne se suffit plus. Le concept de « rescue », fait son apparition en ce moment dans le milieu de la recherche américaine et britannique, en littérature et en civilisation, comme l’atteste le prix de la recherche SAES-AFEA attribué à Laurence Talairach-Vielmas pour l’année 2015. Tout ceci va de pair avec un décloisonnement. Antoine Cazé reprend ainsi le concept de « rescue » précisément pour évoquer les rapports entre fiction et histoire. Il devient difficile de dire ce qui est dans le sujet ou hors sujet lorsqu’on a découvert des passerelles.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Jeanne-Henriette Louis avant le 4 janvier 2016.

    10. Écrire l’histoire africaine-américaine depuis les marges

    Claudine Raynaud (Université Montpellier 3), Marie-Jeanne Rossignol (Université Paris Diderot - Paris 7), Hélène Le Dantec-Lowry (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

    Les organisatrices de cet atelier proposent tout d’abord de revenir sur le projet collectif IDEX Sorbonne Paris Cité « Écrire l’histoire depuis les marges, le cas des Africains-Américains » mené par Claire Parfait (Paris 13), Marie-Jeanne Rossignol (Paris Diderot) et Hélène Le Dantec-Lowry (Sorbonne Nouvelle) qui a permis d’ouvrir une discussion sur les méthodes et modes d’écritures utilisés par les Africains-Américains entre les années 1830 et 1950 pour écrire leur propre histoire, alors qu’ils étaient largement exclus de l’édition et des institutions de savoir blanches.

    Parallèlement, ce projet s’est conjugué au travail pluridisciplinaire autour d’un même « objet », les récits d’esclaves nord-américains, qui sont actuellement édités dansa collection « Récits d’esclaves » (créée par Anne Wicke aux Presses de Rouen et du Havre, et poursuivie par Claire Parfait et Marie-Jeanne Rossignol), et étudiés au cours de journées d’étude centrées sur les « voix d’esclaves » et de descendants d’esclaves et les nombreuses façons (littéraire, historienne, philosophique).

    À partir de ces deux exemples, nous proposons de réfléchir dans cet atelier au « chantier », que constitue la construction de savoirs, autour d’un même « objet » (que ce soit le récit d’esclave ou bien l’expérience de l’écriture par une population marginalisée). La réhabilitation de voix interdites, le questionnement par le biais d’une expérience singulière, l’appréhension d’un objet-texte à travers différentes démarches impliquent que l’objet lui-même se métamorphose. Qu’en est-il du statut de l’objet au prisme de la pluridisciplinarité ? Comment se construit-il ou se déconstruit-il ? De même, plus largement, comment se définit la marge et quelle est sa relation au centre – au fil des époques et selon les acteurs considérés ? Au sein de la marge, existe-t-il des voix ou des questions elles-mêmes marginalisées ; quelles en sont alors les causes ? Voit-on de nouveaux modes d’écriture depuis la marge ?

    Nous invitons les spécialistes des Africains-Américains à réfléchir à ces questions, à offrir aussi leur propre vision de l’écriture à la marge, ses enjeux (exclusion /inclusion ; inscrire une histoire particulière dans un modèle dominant et la valoriser ; questions mémorielles) et modes de production (modes de publication ; culture matérielle et artistique ; nouveaux médias, etc.) et à partager leurs « chantiers » avec les nôtres, afin de, peut-être, dépasser le cadre épistémologique marge/périphérie que nous avons adopté.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Hélène Le Dantec-Lowry, Marie-Jeanne Rossignol et Claudine Raynaud avant le 4 janvier 2016.

    11. Les nouveaux chantiers de l’histoire du travail, XIXe-XXIe

    Donna Kesselman (Université Paris-Est Créteil) et Jean-Christian Vinel (Université Paris Diderot - Paris 7)

    Depuis, le début du XXe siècle, grâce aux apports successifs ou conjoints de travaux historiens, sociologiques et économiques l’analyse du travail s’est longuement penchée sur la construction technique, sociale, politique du travail tout comme sur ses dimensions raciales ou genrées. Au moment de son émergence, puis de sa légitimation, le mouvement ouvrier en fut souvent l’objet privilégié Son institutionnalisation à partir des années 1930, par ailleurs, donna lieu à des considérations portant sur les rapports entre mouvement social et état social, ce que les économistes français ont appelé le compromis fordiste. Ce compromis social d’après-guerre prit des formes spécifiques dans tous les pays, mais aux États-Unis comme ailleurs, l’évolution des formes du capitalisme et l’essor du néolibéralisme, contribuèrent à l’affaiblir considérablement à partir des années 1970, tandis que les nouveaux mouvements sociaux transformaient à la fois les rapports de force, les hiérarchies, et les représentations qui structuraient la construction sociale et politique du travail et de l’emploi.

    Fondamentalement, à l’ère de la mondialisation/globalisation, la nouvelle organisation du travail remet en cause l’ensemble de la régulation politique et sociale du salariat, érigée dans le cadre de l’état national. Société « post-fordiste » ou « post industrielle » sont des notions couramment invoquées pour justifier des choix de rupture avec des politiques sociales mises en œuvre pour résoudre la question sociale. Mais elle remet aussi en cause les desseins de l’histoire ouvrière, qui s’est construite autour de l’étude du compromis fordiste et des relations professionnelles et ne s’est que trop rarement intéressée aux travailleurs eux-mêmes. Aujourd’hui, pourtant, de nouveaux regards et de nouveaux champs de recherches apparaissent, qui démontrent la centralité de l’objet travail, des pratiques qui le structurent et des modes de pensée auxquels il renvoie, dans la compréhension des sociétés contemporaines. Où va l’étude du travail aujourd’hui ? Qu’a-t-elle à dire de la désindustrialisation, de l’impact du néolibéralisme, des stratégies syndicales, du mouvement pour le « droit au travail » (right to work), des rapports de race, de la vie des travailleurs au travail et au-delà du travail, de leur insertion dans la vie politique ou encore du débat sur les inégalités qui domine la scène politique aujourd’hui, plus particulièrement des inégalités dans ou par le travail ?

    Au cours de cet atelier, nous espérons faire un état des lieux sur les nouveaux chantiers du travail, tant en France qu’aux États-Unis. La réflexion a lieu dans le cadre plus large d’une compréhension de l’évolution du capitalisme contemporain.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Donna Kesselman et Jean-Christian Vinel avant le 4 janvier 2016.

    12. Regards transnationaux sur le monde juif américain

    Catherine Collomp (Université Paris Diderot - Paris 7), Laura Hobson-Faure (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3) et Constance Pâris de Bollardière (EHESS)

    Débutée dans les années 1970 avec le développement des ethnic studies, l’histoire du monde juif américain s’est tout d’abord concentrée pendant trois décennies sur l’étude communautaire de ses réseaux d’immigration et de son organisation sociale, politique et religieuse avec le souci premier d’insérer l’histoire des Juifs dans celle de la nation américaine. Insistant sur l’idée d’une exception juive américaine, la discipline maintenait alors une forte distinction entre le parcours des Juifs américains et celui des Juifs d’Europe. Or, depuis les années 2000, la recherche est influencée par le « transnational turn » touchant l’ensemble des sciences sociales depuis les travaux pionniers de Nina Glick Schiller, Linda Basch et Cristina Szanton Blanc (Towards a Transnational Perspective on Migration : Race, Class, Ethnicity and Nationalism Reconsidered, New York, New York Academy of Sciences, 1992 ; Nations Unbound : Transnational Projects, Postcolonial Predicaments, and Deterritorialized Nation-States, Gordon and Breach, 1994 ; « From Immigrant to Transmigrant : Theorizing Transnational Migration », Anthropological Quarterly, vol. 68, n°1, janv.1995, p. 48-63). Dès lors, les études ne portent plus uniquement sur l’adaptation de traits européens dans la vie juive américaine mais sur le maintien de relations au-delà des frontières politiques et sur le rôle et l’influence qu’ont joué les Juifs américains sur la vie juive européenne et moyen-orientale. Cet intérêt pour le transnational ne cesse désormais de marquer la recherche dans cette discipline. En témoigne le récent ouvrage collectif Transnational Traditions : New Perspectives on American Jewish History, edited by Ava F. Kahn et Adam D. Mendelsohn, Detroit, 2014.

    En France, alors que l’intérêt sur le monde juif américain s’est longtemps essentiellement focalisé sur sa littérature, depuis une dizaine d’années de nouveaux travaux historiques sont également marqués par ce tournant transnational. L’atelier que nous proposons donne à percevoir ces nouvelles recherches. Il se situe notamment dans le cadre des relations extérieures des États-Unis avec la France et son espace colonial. Car, si l’histoire des Juifs de France est un sujet d’étude cher aux chercheurs américains, l’étude des relations transnationales entre Juifs aux États-Unis et en France reste à ce jour une spécialité menée depuis la France. Cette approche multilatérale, fondée sur des sources américaines et européennes, enrichit la connaissance des divers profils socio-culturels et politiques de la population juive américaine. La question est dès lors posée des motivations et buts des interventions des organisations dont le cas est présenté, du degré de leur indépendance par rapport à la politique étrangère des États-Unis, de la nature des liens qui les unissent à des organisations de l’autre côté de l’Atlantique, et de la façon dont ces acteurs négocient leurs identités multiples.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Catherine Collomp, Laura Hobson-Faure et Constance Pâris de Bollardière avant le 4 janvier 2016.

    13. L’enquête de terrain

    Céline Planchou (Université Paris 13) et Sandrine Baudry (Université de Strasbourg)

    Les recherches reposant sur des enquêtes de terrain présentent des caractéristiques bien spécifiques dans le champ des recherches en études américaines, parfois difficiles à saisir précisément en raison du manque de formation dédiée dans ce champ. Depuis l’élaboration d’une question de recherche jusqu’à l’analyse des données récoltées sur le terrain, en passant par la mise en place d’un protocole d’enquête pouvant inclure des éléments aussi variés que l’observation participante ou l’utilisation de cartes mentales, le chercheur court le risque de faire face à des difficultés, voire des impossibilités méthodologiques ou pratiques, pouvant mener à repenser entièrement, éventuellement à interrompre, un projet de recherche. À l’inverse, la confrontation au terrain suite à une période de préparation « en laboratoire » révèle parfois une richesse imprédictible dans la problématique et dans les données disponibles, qui peut également pousser à transformer tout à la fois le protocole et la question de recherche.

    Dans cet atelier, nous désirons faciliter l’échange d’expériences autour de la recherche de terrain. Les participants seront encouragés à aborder :

  •  les difficultés rencontrées dans l’élaboration du protocole (choix des personnes, lieux, pratiques observés, élaboration des entretiens, utilisation d’images), dans l’accès au terrain (pour des raisons humaines, géographiques, météorologiques, temporelles), dans la récolte et l’analyse de données (quantité, méthode, données inexploitables, questions de confidentialité et d’éthique) – et les solutions trouvées, ou non,
  •  les apports propres à la recherche de terrain par rapport à d’autres positionnements méthodologiques plus classiques en civilisation américaine, soit en permettant l’accès à des données nouvelles et inaccessibles par ailleurs (discours d’acteurs absents des médias ou d’autres recherches), soit même en ouvrant la possibilité d’aborder des problématiques autrement invisibles (décalage entre discours et pratiques, pratiques illicites ou illégales, économie ou réseaux informels),
  •  la question du rapport du chercheur à son terrain : quelle distance maintenir pour permettre une analyse objective ? Comment combiner éventuellement les positions de chercheur et de militant ? Quel(s) retour(s) ou compensation(s) proposer aux acteurs et informateurs mobilisés pour la recherche ?

    Les participants à l’atelier pourront présenter des projets aboutis, en cours ou en phase d’élaboration, touchant à tous types de terrains, afin d’enrichir la discussion méthodologique.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Céline Planchou et Sandrine Baudry avant le 4 janvier 2016.

    14. Civilisation américaine et économie : objets, approches et perspectives

    Laurence Cossu-Beaumont, Jacques-Henri Coste, Jean-Baptiste Velut (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

    Cet atelier s’ancre dans notre pratique de la civilisation dont découle l’idée que la réalité économique des États-Unis dans tous ses aspects se comprend mieux à la lumière d’un contexte social, politique et culturel. Diverses questions économiques contemporaines, mais aussi les institutions fondements de l’économie américaine, ou encore le discours (autour de celle-ci) sont autant d’objets qui peuvent nourrir la réflexion des civilisationnistes. À l’inverse, une approche fondée sur la pratique de la civilisation peut permettre de renouveler les débats et échanges sur la vie économique des États-Unis et sur l’influence et la gouvernance du modèle socio-économique américain.

    Cette approche propre à la civilisation, pluridisciplinaire, diachronique, met en lumière l’encastrement de l’économie dans les champs historique, politique et culturel, examine l’interaction entre action (agency) et structure, acteurs et institutions, et propose ainsi une perspective plus dynamique et multi-scalaire. En tant que civilisationnistes, nous portons un regard sur l’économie américaine qui se distingue de celui des économistes – que leurs théories soient macro- ou micro-économiques – pour privilégier l’analyse des fondements historiques, sociaux et culturels des États-Unis.

    Ainsi notre objet (la vie économique des États-Unis) et l’approche disciplinaire que nous privilégions (la civilisation) pourront-ils permettre aux contributeurs et participants à l’atelier d’échanger sur cet encastrement de l’économie dans la civilisation des États-Unis. Les thématiques pourraient notamment couvrir les sujets suivants, sans en exclure d’autres :

  •  les fondements historiques, culturels et idéologiques du capitalisme américain,
  •  la dynamique toujours renouvelée entre État et marché, c’est-à-dire l’interpénétration de ces deux sphères à l’échelle locale, régionale, nationale et mondiale,
  •  les derniers développements du régime d’économie politique américain durant les mandats Obama et dans la période de l’après crise financière,
  •  le rôle transformateur des acteurs de la société civile dans la vie économique américaine,
  •  la construction sociale et la représentation du modèle de capitalisme américain à travers les théories et discours.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Laurence Cossu-Beaumont, Jacques-Henri Coste, et Jean-Baptiste Velut avant le 4 janvier 2016.

    15. Migrations et politiques migratoires, nouvelles perspectives et méthodes de recherche

    Jim Cohen (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3) et Hilary Sanders (Université Toulouse Jean Jaurès)

    Les migrations vers l’Amérique du nord et au sein des Amériques ont connu des changements conséquents au cours du siècle passé. Les politiques d’immigration et de gestion des frontières ont évolué également en fonction des conjonctures historiques. Parallèlement, l’étude de ces phénomènes a progressé à travers des débats sur les visions, les paradigmes et les méthodes de recherche.

    L’immigration est désormais traitée comme un objet interdisciplinaire qui appelle à la fois des approches sociologiques susceptibles de démontrer en quoi les flux migratoires sont liés à des logiques sociales et systémiques ; des approches ethnographiques qui mettent en valeur la capacité d’agir (agency) des migrants ; des approches politistes et juridiques qui construisent les migrants comme assujettis aux politiques gouvernementales mais aussi comme porteurs de droits. L’objectif de cet atelier sera de sonder différentes perspectives et approches dans l’étude des migrations et des politiques d’immigration, aux États-Unis et au Canada. Parmi les tendances observables dans ce domaine ces dernières années :

  •  une tendance croissante – mais non universelle – à questionner l’État-nation en tant qu’unité d’analyse centrale ; à explorer, mais aussi à questionner, les espaces sociaux transnationaux,
  •  un questionnement renouvelé des logiques d’« intégration » (« incorporation », « assimilation », etc.) mais aussi des approches multiculturalistes ou interculturelles de la politique publique ; une problématisation renouvelée de la citoyenneté et de l’appartenance,
  •  une attention croissante portée à la distinction entre immigrés autorisés et non autorisés (compte tenu de l’importance de cette question dans l’agenda politique aux États-Unis) et aux politiques nationales et sub-nationales conçues pour traiter la question des immigrés en situation irrégulière,
  •  une attention croissante portée aux mobilisations des immigrés et aux mouvements de défense des droits des immigrés, ainsi qu’aux mobilisations des militants anti-immigrés et partisans de la restriction des flux,
  •  une attention croissante portée aux approches et aux méthodes multiscalaires, en se référant non seulement aux facteurs transnationaux et systémiques mais aussi aux politiques élaborées à différents échelons du système fédéral étatsunien,
  •  la mondialisation de la réflexion stratégique sur les migrations et le contrôle des flux par les autorités étatiques ; l’émergence des macro-comparaisons inter-régionales (par exemple Amérique du nord/Amérique latine, Europe de l’ouest/Méditerranée).

    Cette liste n’est pas exhaustive. Les participants à cet atelier sont invités à mettre en valeur la manière dont leurs choix de perspectives et de méthodes reflètent les discussions contemporaines au sein de ce champ de recherche en pleine expansion, où l’objectivité n’implique pas nécessairement la neutralité.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Jim Cohen et Hilary Sanders avant le 4 janvier 2016.

    16. Une Amérique polarisée : quel avenir pour les guerres culturelles ?

    Anthony Castet (Université de Tours) et Nathalie Massip (Université de Nice)

    À l’approche des élections présidentielles, cet atelier aura pour objectif d’étudier l’impact des guerres culturelles dans les nombreux débats politiques et sociaux qui continuent d’agiter la société américaine mais aussi leur rapport plus insidieux avec les mécanismes institutionnels de la démocratie américaine : les élections, la démocratie directe, les programmes des partis, le lobbying, le système des contre-pouvoirs.

    Dans son ouvrage de référence sur les guerres culturelles (Culture Wars : The Struggle To Define America, 1992), James Davison Hunter s’est proposé d’analyser ce concept d’un point de vue sociologique et épistémologique qui s’applique à un vaste domaine de champs disciplinaires ou thématiques : politique, famille, éducation, droit, médias, santé et environnement avec la religion comme toile de fond. Ces problèmes de société apparaissent notamment à travers la question du contrôle des armes à feu, du profilage racial, du mariage homosexuel ou bien de la peine de mort.

    L’expression « guerres culturelles » s’est invitée dans les discours publics lors de l’investiture du candidat républicain à l’élection présidentielle de 1992, par l’intermédiaire de Pat Buchanan, qui a alors déclaré : « There is a religious war going on in our country for the soul of America.  » Dans ce combat pour définir l’autorité morale de la nation américaine s’affrontent des camps idéologiques irréconciliables qui sont parvenus à galvaniser l’opinion publique et à occuper de manière symbolique les espaces institutionnels, médiatiques et culturels mais aussi, plus récemment, les réseaux sociaux et l’Internet. Ainsi, les guerres culturelles sont synonymes d’un combat politique et juridique mais aussi d’une lutte pour le pouvoir.

    Certains détracteurs, comme Morris Fiorina (Culture War ? The Myth Of A Polarized America, 2004) ont accusé Hunter d’avoir créé un mythe dont le seul objectif était de polariser et de diviser les Américains, tandis que d’autres ont affirmé la fin des guerres culturelles lors des attaques terroristes du 11 septembre 2001, voire lors de l’élection de Barack Obama en 2008. Par conséquent, il sera utile de s’interroger sur la fin présumée de cette « 3e guerre culturelle » à la lumière des récentes déclarations de Barack Obama qui, à l’été 2015 et sur fond de recrudescence du racisme et de bavures policières, a reconnu que le contrôle des armes à feu resterait sa plus grande frustration.

    Dans le cadre des Chantiers d’Amérique, il s’agira d’explorer les multiples aspects de ces questions sociétales, d’observer les manifestations de ces phénomènes, d’analyser le poids et la signification des discours et des images, de délimiter les stratégies rhétoriques qui servent à peser dans le débat, et de déterminer si, parfois, un consensus peut apparaître autour de personnalités non-conformistes. Plus largement, il s’agira de repenser le concept d’exceptionnalisme américain dans une nation en perpétuelle quête d’identité, déchirée entre tradition religieuse et sécularisme et entre conservateurs et réformateurs, mais aussi de faire le bilan des guerres culturelles en tant qu’objet d’étude dans le cadre de la civilisation américaine.

    Le présent atelier donnera priorité à des communications pluridisciplinaires et transversales qui permettront d’examiner le fonctionnement de ces clivages culturels au cœur du vivre ensemble. De multiples ouvertures sont envisageables :

    1. Une ouverture géographique : envisager les guerres culturelles dans une perspective plus globale pour mettre en lumière les similitudes et les divergences de ce phénomène appliquées à un ou plusieurs sujets de société.

    2. Une ouverture sur l’histoire et sur l’avenir : quels événements historiques ont façonné ces tensions au XXIe siècle ? Quelles décisions de la troisième branche du gouvernement nous permettent d’affirmer qu’elle est aussi devenue un levier incontournable dans la direction que prendra l’Amérique ? Par exemple, le 13 août 2015, la Cour suprême du Connecticut déclare la peine de mort comme étant une violation de sa Constitution.

  •  en matière politique et religieuse : Dans quel(s) domaine(s) peut-on relever des tensions exacerbées ? Comment réconcilier la liberté de conscience et la tolérance vis à vis des minorités sexuelles et raciales ? Par exemple, une récente enquête d’opinion montre que 33% des Américains jugent essentiel de protéger la liberté religieuse alors que seulement 8% d’entre eux estiment que le respect des droits des homosexuels est important. Quelle place occupe la gauche religieuse pour lutter contre la discrimination ?
  •  en matière de droits individuels : droit à l’avortement, droit au mariage, droit au port de l’arme à feu ou bien encore l’euthanasie.
  •  en matière électorale : quels discours et quelles stratégies valident encore la thèse de Hunter ? Les guerres culturelles ont-elles évolué ? Une redéfinition est-elle nécessaire ?

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Anthony Castet et Nathalie Massip avant le 4 janvier 2016.

    17. Vers une nouvelle histoire du capitalisme : état de l’art et perspectives

    Andrew Diamond (Université Paris-Sorbonne) et Romain Huret (EHESS)

    Entre le milieu des années 1960 et aujourd’hui, les États-Unis ont connu une spectaculaire redistribution des richesses en faveur des plus hauts revenus : en 1968, le premier centile des ménages américains, en termes de revenu, possédaient 8% du revenu national ; aujourd’hui, ce même 1% gagne presque 25% du revenu national et contrôle environ 40% des richesses de la nation. Cette profonde transformation a supposé un changement important de politiques, de valeurs et d’attitudes, largement facilité par l’hégémonie conservatrice qui a rassemblé nombre d’Américains autour des idéaux de l’individualisme, la méritocratie, la color-blindness et la suprématie du marché. Une nouvelle génération de chercheurs, contemporains de cette transformation, a renouvelé les études sur le capitalisme, en déplaçant les limites disciplinaires et historiographiques pour donner une cohérence à la diversité et à la complexité du capitalisme étatsunien. De nouvelles approches sur les dynamiques néolibérales dans les espaces métropolitains aux analyses stimulantes sur l’impôt, la dette ou la propriété foncière en passant par les études « par le bas » des mouvements et des organisations qui ont combattu pour une plus grande justice économique et sociale dans un contexte de crise et d’austérité, ces recherches, enracinées dans ce champ en plein essor qu’est l’histoire du capitalisme, ont proposé une variété d’explications culturelles et politiques pour mieux comprendre la prégnance du néolibéralisme et le pouvoir hégémonique des entreprises aux États-Unis. Notre atelier nous donnera l’occasion de mesurer les forces et les faiblesses de cette nouvelle histoire du capitalisme, de mettre en avant l’interdisciplinarité de ce champ, et d’identifier des pistes pour les années à venir.

    Les propositions de 250 mots accompagnés d’une courte biographie sont à envoyer à Andrew Diamond et Romain Huret avant le 4 janvier 2016.

    18. La civilisation américaine en chantier : quels enseignements pour la civilisation américaine en France ?

    Émilie Souyri (Université de Nice)

    Rares sont les universités françaises qui ne proposent pas de cours de civilisation américaine et les manuels qui portent ce titre abondent. Pourtant cette discipline souffre d’un cruel manque de légitimité sur le plan disciplinaire, un manque particulièrement visible dans les enseignements, et notamment les enseignements de licence (LCE et plus encore en LEA) dans lesquels on a tôt fait de délaisser toute réflexion sur les outils méthodologiques pour procéder à des enseignements purement factuels et descriptifs. Certes les effectifs sont en cause, mais puisque ce sont ces nombreux étudiants qui nous nourrissent en assurant la survie de nos postes, que peut-on faire pour que nos recherches les nourrissent à leur tour ? Les chercheurs et chercheuses en civilisation américaine se définissent souvent comme historien.ne.s, plus rarement comme anthropologues, sociologues ou politistes voire comme philosophes ou géographes. Certains pratiquent les cultural studies, d’autres ont opéré un gender turn. Plus que de flou disciplinaire, ce dont souffre la civilisation américaine, c’est du silence sur ses méthodes et ses objets qui règne dans les enseignements de premier cycle et qui pénalise les étudiants. Les faiblesses conceptuelles de ces derniers en master ou au niveau des concours en sont le reflet. La table ronde se propose donc de réfléchir à la façon dont nos recherches et nos positionnements disciplinaires peuvent enrichir nos enseignements dès la licence. Quel peut-être l’apport de l’interdisciplinarité, des cultural studies, des études de genre voire de littérature dans ces enseignements de « civilisation » ? Quelle place leur donner, comment les introduire devant des amphithéâtres de plus de 100 étudiants ? Comment les évaluer ? Il s’agira ici de partager des outils pédagogiques, des expériences d’enseignement en France ou à l’étranger et de lancer, pourquoi pas, un nouveau chantier de publication de manuel de « civilisation américaine » qui refléterait le produit de nos réflexions communes et de nos échanges.

    Cet atelier se déroulera sous forme de table ronde. Les collègues souhaitant y participer sont invités à contacter Emilie Souyri avant le 4 janvier 2016.

    19. La politique étrangère américaine : bilan des années Obama

    Pierre Guerlain (Université Paris-Ouest Nanterre-La-Défense) et Raphaël Ricaud (Université Paris-Ouest Nanterre-La-Défense)

    Bien que la Présidence Obama ne soit pas arrivée à son terme, il est possible de déterminer en quoi la politique étrangère des États-Unis pratiquée par l’Administration Obama diffère de celle de ses prédécesseurs, tout en restant déterminée par un champ de forces semblable.

    La volonté de réorienter la politique étrangère par un pivotement vers le Pacifique et une approche différente du Moyen Orient, clairement annoncée en 2009 au Caire, a produit des effets et subi des revers. Les relations entre les États-Unis et Israël ont évolué, avec l’Iran les relations ont connu un bouleversement, tout comme avec Cuba. L’Égypte a vécu une histoire troublée et le rapport avec les États-Unis est passé par diverses phases. Les relations avec la Russie ont elles subi un retournement inverse de celui qui caractérise les relations avec Cuba.

    Le Venezuela ou l’Ukraine indiquent que sur certains plans la politique étrangère américaine n’a que peu évolué d’une administration à l’autre. La lutte contre le terrorisme affiche quant à elle des lignes de continuité mais aussi des évolutions, comme le passage de l’intervention militaire à l’utilisation de drones, par exemple. Il en va de même pour la public diplomacy des États-Unis, qui malgré les nombreuses similitudes avec celle pratiquée dans le passé, présente aussi quelques nouveautés.

    On pourra interroger les facteurs intérieurs aux États-Unis qui expliquent les évolutions mais aussi l’impact des changements extérieurs sur les décisions américaines. En ce qui concerne la Syrie on peut voir comment ces facteurs internes et externes sont imbriqués.

    Cet atelier accueillera des communications sur des aspects spécifiques de la politique étrangère américaine concernant un pays ou une région du monde ou des réflexions théoriques portant sur les déterminants de la politiques étrangère, l’impact du président, les interactions entre les divers acteurs formulant la politique étrangère et les différents aspects de cette politique.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Pierre Guerlain et Raphaël Ricaud avant le 4 janvier 2016.

    20. Sciences et religions en Amérique : un aperçu des chantiers historiographiques

    Sabine Remanofsky (École Normale Supérieure de Lyon) et Gilles Christoph (École Normale Supérieure de Lyon)

    Le but de cet atelier est de proposer, à partir de l’étude des rapports entre religions et sciences en Amérique, une réflexion autour de l’une des notions qui structurent le congrès 2016 de l’AFEA : celle de chantier historiographique.

    La question de la compatibilité entre science et religion, ainsi que celle de l’autorité épistémique qu’elles exercent l’une sur l’autre, a fait l’objet de nombreuses propositions théoriques depuis le XIXe siècle. Adossée aux exemples paradigmatiques que sont le procès de Galilée et la controverse entourant l’évolutionnisme darwinien, la thèse d’un conflit inévitable entre science et religion, formulée par le chimiste John William Draper et l’historien Andrew Dickinson White entre 1874 et 1896, est aujourd’hui reprise des deux côtés du débat, aussi bien par des scientifiques tels Carl Sagan et Richard Dawkins que par des chrétiens créationnistes et fondamentalistes, tous convaincus de la radicale incompatibilité des deux entreprises. Aux antipodes de cette thèse conflictualiste, les travaux de l’historien John Heilbron, par exemple, ont au contraire mis en évidence une longue histoire d’harmonie intellectuelle et institutionnelle entre l’Église catholique et certaines disciplines scientifiques, comme l’astronomie par exemple. D’autres historiens encore, rejetant la dichotomie jugée simpliste entre la thèse conflictualiste et la thèse harmoniste, plaident en faveur de ce qu’on pourrait nommer, à la suite des historiens David Lindberg et Ronald Numbers, « la thèse de la complexité », selon laquelle les relations entre science et religion ont été si variées et changeantes à travers l’histoire qu’il est délicat, voire impossible, de parler de façon générale d’harmonie ou de conflit entre les deux entités.

    À l’heure actuelle, ce sont probablement les nouvelles technologies biomédicales qui remodèlent le plus singulièrement les rapports entre science et religion. Si la plupart des technologies existantes sont acceptées sans réserves par l’ensemble des croyants, hormis dans les communautés religieuses très minoritaires comme celle des Amish, d’autres innovations telles les cellules souches ou le clonage, comme en leur temps la médicalisation de la contraception et de l’avortement, viennent compliquer davantage encore les rapports entre religion et science. En effet, les biotechnologies ajoutent une nouvelle dimension aux relations déjà complexes entre sciences et religions en opposant des injonctions religieuses morales pluriséculaires ayant longtemps défini la notion même d’humanité à une science qui, en tant qu’entreprise collective impersonnelle, peut sembler plus soucieuse de progrès que d’éthique. On pourra ainsi se demander comment l’historiographie contemporaine appréhende cette nouvelle redéfinition des frontières entre les territoires occupés par la religion et la science.

    On le voit, les communications de cet atelier pourront explorer un très vaste éventail d’objets et de problématiques, allant de la mise à l’épreuve, par des études de cas, des questions soulevées dans ce texte de cadrage à des tentatives plus systématiques de retracer l’historiographie existante des rapports entre sciences et religions aux États-Unis. Les contributions pourront bien évidemment traiter de toutes les religions présentes sur le territoire américain, qu’il s’agisse des trois grands monothéismes, du bouddhisme, de l’hindouisme ou d’autres religions minoritaires.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Sabine Remanofsky et Gilles Christoph avant le 4 janvier 2016.

    21. Quelles approches pour étudier les mouvements sociaux états-uniens ? État des lieux

    Guillaume Marche (Université Paris-Est Créteil)

    Où en est aujourd’hui la recherche des américanistes français sur les mouvements sociaux ? Dans la foulée de l’autonomisation du champ américaniste au sein des études anglophones puis, du champ civilisationniste au sein des études américaines, les mouvements sociaux ont occupé une part importante dans les études américaines. On peut notamment penser au mouvement pour les droits civiques des Africains Américains, mais aussi aux féminismes et aux autres mouvements sociaux ayant surgi ou resurgi dans les années 1960 et 1970. Cela s’explique en partie par le fait que ces mouvements représentaient une actualité ou une histoire récente dont certains chercheurs américanistes français avaient été les observateurs, sinon les acteurs, et dont ils voulaient non seulement témoigner, mais aussi analyser les ressorts. Cependant, tandis que les mouvements sociaux sont pour l’histoire, la géographie, la sociologie et la science politique – aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en France – l’objet d’une grande effervescence académique, tel ne semble pas être le cas, en France, des études américaines. Ainsi, la question des identités collectives – qu’elles soient ethnoraciales, de sexe, de genre ou de sexualité – qui mobilisent nombre de mouvements sociaux semble plus souvent abordée en termes de représentations culturelles qu’en termes de mobilisations. Parallèlement, pour schématiser, les causes (au sens d’agendas) et enjeux mobilisateurs sont plus souvent traités par les américanistes français sous l’angle politique et institutionnel que social et contestataire.

    Ce constat pose, d’une part, la question des disciplines : dans quelle mesure les approches sociologiques, historiques et politologiques employées par les chercheurs américanistes coexistent-elles, se complètent-elles, dialoguent-elles ou se font-elles concurrence ? Les études américaines sont a priori fondamentalement interdisciplinaires, puisque, le plus souvent, les sources auxquelles puisent leurs praticiens sont multiples et se croisent. Cela fait-il du domaine de la civilisation américaine un terreau idéal pour une approche transdisciplinaire des mouvements sociaux ? Ou bien les matériaux, les sources et les méthodologies diffèrent-ils au point de rendre nécessaires, sinon indépassables, les frontières disciplinaires ? Cela amène, d’autre part, un questionnement sur l’enseignement : les mouvements sociaux sont-ils « passés de mode » auprès des publics étudiants, l’étude du passé se concentrant sur de grands enjeux politiques et institutionnels, tandis que le moment politique actuel relègue de fait les mouvements sociaux au second plan ? Pourtant, l’actualité récente du mouvement Black Lives Matter pourrait, à l’instar des États-Unis, susciter en France un renouveau d’intérêt pour l’enseignement des mobilisations collectives. On pourrait aussi, de manière provocatrice, se demander si la richesse, l’inventivité et, par conséquent, l’attrait des cultural studies ont en quelque sorte asséché ou détourné l’intérêt des enseignants et des étudiants – de la Licence au Doctorat – du terrain empirique des luttes et des mobilisations collectives.

    L’atelier privilégiera les communications présentant des travaux en cours, quel que soit leur degré d’avancement, ancrés dans l’étude de données empiriques – notamment issus d’enquêtes de terrain ou d’archive – et mettant l’accent sur les enjeux et questionnements disciplinaires, théoriques et méthodologiques évoqués ci-dessus. Les contributions émanant de jeunes chercheurs ou de chercheurs confirmés sont également bienvenues.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Guillaume Marche avant le 4 janvier 2016.

    22. Vers une French Queer Theory  ?

    Antoine Servel (Université de Tours)

    La théorie queer américaine telle que Teresa de Lauretis ou Judith Butler ont pu la définir et la développer est loin d’être coupée de l’Europe et, plus particulièrement, de la France. De Lauretis est née à Bologne et fit ses études à Milan avant de s’envoler pour l’Amérique, tandis que Butler se veut l’héritière de Foucault, Lacan, de Beauvoir, Kristeva, Freud, Derrida, Wittig ou Irigaray. Cependant, les concepts de gender, queer ou camp ont bien du mal à traverser l’Atlantique dans l’autre sens et, par exemple, à trouver une traduction française (le « genre » porte justement à confusion, tandis que le queer et le camp ne connaissent pas de traduction). C’est pourtant la philosophie française qui a vu naître le « deuxième sexe », qui engendrera le « troisième », ou qui a expliqué les « régimes disciplinaires » au sein desquels se sculptent genre et sexualité.

    Cet atelier propose de réfléchir sur l’apport des gender et autres queer studies à la recherche contemporaine et à leur interprétation par les américanistes en France.

    Quelques pistes :

  •  Impact des recherches américaines et retards de traduction (si le texte de 1980 d’Adrienne Rich sur l’hétérosexualité obligatoire et l’identité lesbienne est traduit en français en 1981 pour Nouvelles Questions Féministes, l’Epistémologie du placard (1990) d’Eve Kosofsky Sedgwick n’est traduit qu’en 2008 (Maxime Cervulle) et Trouble dans le genre (Butler, 1990) en 2005 (Cynthia Kraus) – est-ce dû à la discontinuité des revues féministes des années soixante-dix ?).
  •  Queer Studies et ses extensions (Cyborg studies, Fat Studies) en France aujourd’hui.
  •  La pertinence des queer studies à l’ère du mariage pour tous ?
  •  Queer capitalism et Pinkwashing.
  •  Regards queer sur les œuvres canoniques, découvertes et Relectures, de Shakespeare à Rock Hudson en passant par Willa Cather, Zora Neale Hurston ou Vincente Minelli).
  •  Anachronismes queer (The Intimate World of Abraham Lincoln, C. A. Tripp, Laurel & Hardy, The Watermelon Woman).

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Antoine Servel avant le 4 janvier 2016.

    23. Atelier « Cultures populaires et pratiques culturelles »

    Danièle André et Elodie Chazalon (Université de La Rochelle)

    Des écrits de Matthew Arnold (Culture et anarchie), en passant par ceux de F. R. Leavis, jusqu’aux analyses les plus récentes, la culture populaire est sujet à débat. Parce que la culture populaire a été originellement étudiée pour être dénigrée, il n’existe pas de définition exhaustive de ce qu’elle est : elle a plutôt été définie en creux, pour ce qu’elle n’était pas. Elle n’est pas la « haute/savante culture » des Leavis, ni la folk culture, celle des arts et traditions populaires, pas plus qu’elle n’est la culture de(s) masse(s) (C. Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?).

    Située à la confluence de la « culture savante », de la culture de masse, et de la culture des arts et traditions populaires, la culture populaire est ce qu’elles ne sont pas. Les exemples d’hybridation des trois cultures, par ailleurs, rendent la question de sa définition et de sa délimitation déconcertante. La culture populaire se situe au carrefour de l’unique et du sans surprise. Elle doit être assez innovante pour attirer l’attention, mais pas au point de remettre en question les croyances établies et les schèmes de pensée : elle se définit dans la contradiction et dans la tension entre domination et subordination, entre pouvoir et résistance (J. Fiske, Understanding Popular Culture).

    Si définir ce qu’est la culture populaire en disant ce qu’elle n’est pas est infructueux, la définir pour ce qu’elle est pose également problème. L’intérêt et la difficulté sont amplifiés par le fait que la recherche sur la culture populaire contemporaine est interdisciplinaire, internationale et très poussée, que les approches analytiques des artefacts de la culture populaire sont multiples (analyses interprétatives, analyses de contenu, de production, etc.) et que les interprétations et réceptions dépendent de variables telles que l’aire géographique et culturelle, le groupe ethnique, l’âge, le genre, et la catégorie socio-professionnelle. Quels que soient les pistes et publics envisagés, il semblerait qu’aucune analyse sur la culture populaire ne puisse être complète si elle ne prend pas en compte le contexte plus large de la politique économique générale : la culture populaire est profondément ancrée dans une production de masse capitaliste génératrice de bénéfices.

    Ce sont toutes ces pistes qu’il convient d’étudier pour essayer d’appréhender le champ de la/des cultures populaires et pour voir s’il y a eu une évolution significative ou non dans ses créations, pratiques, diffusions et réceptions à l’heure de la mondialisation.

    Cet atelier a pour but de préciser et d’enrichir ce que nous entendons par et nous représentons comme étant la culture populaire en abordant ses interactions avec les pratiques populaires. On pourra, par exemple, se demander comment la culture populaire, ses productions et ses multiples modes de diffusion influencent les pratiques des individus ou groupes qui y sont exposés. Partant du principe qu’il n’y a pas de culture « authentique » et que les individus consomment nécessairement ce qui est produit par les industries culturelles via un « art de faire avec » (M. de Certeau, L’Invention du quotidien 1), on s’interrogera sur l’impact des industries culturelles sur nos pratiques, y compris nos pratiques de chercheurs et nos choix thématiques. Par ailleurs, on pourra également se demander comment l’« art du faible » (De Certeau, Ibid.) influence en retour la culture mainstream et les industries culturelles au sens large, et quelles sont ses modalités d’influence.

    Une autre dimension à prendre en compte est celle du brouillage des catégories d’âge et de genre. Le fossé générationnel tend à se réduire au point de s’effacer. Alors que la génération X s’approprie de plus en plus rapidement les outils de la génération Y (Internet, réseaux sociaux, achats et jeux en ligne) ou imite ses rituels et pratiques (modes vestimentaires, goûts musicaux, sports urbains, etc.), la génération Y ne cache pas son engouement pour le vintage, et se fait le porte-parole du retour aux « classiques » et aux sources, ce dont les industries culturelles se font l’écho. Les pratiques de troc, de recyclage, de bricolage et de détournement d’objets deviennent elles-mêmes des tendances et sont plébiscitées sur les réseaux sociaux. L’effacement et le brouillage des catégories de genre sont de plus en plus perceptibles et deviennent également des tendances et des modes.

    Ces mélanges, hybridations et interpénétrations renvoient-ils à l’épuisement de la créativité dans tous les domaines ? Peut-on encore vivre et penser de manière alternative ? Et quelle est la place et la pertinence de la « culture alternative » dans un monde globalisé ?

    Les pistes envisageables pour penser la culture populaire, les pratiques culturelles et leurs interactions sont multiples. On pourra aborder par exemple :

  •  les questions de remakes et d’adaptations, et notamment les implications et le sens du passage de figures caractéristiques d’une culture populaire (comics, science-fiction, etc.) vers d’autres (films, séries, etc.) et de la réécriture de ces figures pour de nouveaux publics (les super-héros repris par de nouvelles générations de dessinateurs et de scénaristes, etc.),
  •  le rôle et l’appropriation par le fandom du merchandising et de ses objets (autour de Star Wars, des super-héros, des personnages de séries cultes, etc.) ou la diversité des plateformes permettant la plus grande diffusion de ces objets (le transmedia, entre autres),
  •  l’influence de la culture populaire sur la vie et/ou l’imaginaire du public ou sur l’imaginaire collectif (l’interactivité entre science-fiction, sciences et société, etc.) et qui impulse certaines pratiques (imitation du mode de vie des personnages de séries TV, etc.), ou la perception du jeu (de rôle, vidéo, etc.) et l’évolution de ses pratiques et théories,
  •  les modes vestimentaires des (sous)-cultures jeunes qui illustrent le passage de la rue vers les podiums et inversement (Ted Polhemus, Street Style, Dick Hebdige, Subculture, The Meaning of Style, Stuart Hall et Tony Jefferson, Resistance Through Rituals),
  •  le retour du vintage et des pratiques et objets qui y sont associés dans l’inconscient collectif (disques vinyles, réédition de transistors et d’objets cultes de designers, retour de modes vestimentaires des années 50 et 60, speakeasy , etc.),
  •  la promotion d’une certaine vision de l’hybridité et du mélange des genres dans les médias (valorisation de silhouettes et physiques androgynes, performances mêlant tout à la fois la peinture, la musique, le théâtre et l’art participatif, etc.),
  •  l’interdisciplinarité et la valorisation des appétences subjectives dans le domaine universitaire, les partenariats entre institutions culturelles et non lucratives et entreprises privées dans des projets culturels interactifs et participatifs,
  •  les évolutions et perceptions des théories sur la culture populaire : appartenance au champ des cultural studies ou modalités spécifiques, et difficulté de parvenir à une définition cadre.

    L’atelier se voulant interdisciplinaire, nous accueillerons des propositions mettant en avant divers champs d’études, théories et courants de pensée.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Danièle André et Elodie Chazalon avant le 4 janvier 2016.

    24. La culture matérielle en question

    Mathilde Arrivé (Montpellier Paul-Valéry 3), Géraldine Chouard (Université Paris-Dauphine), Jean Kempf (Université Lumière Lyon 2)

    Après avoir été très visible, voire « à la mode » dans les années 1960-70, le concept de culture matérielle a subi une relative éclipse dans les sciences humaines et sociales alors même que l’étude de la « culture populaire » et que les cultural studies progressaient, tout particulièrement en Amérique du Nord. Dans le sillage du « material turn  », il semble connaître un certain retour aujourd’hui par différents biais, à travers par exemple des études proches de l’anthropologie et de l’ethnologie, l’histoire des images (qui ne recoupe pas exactement les visual studies) ou l’étude des espaces sociaux (on pense à John Stilgoe).

    La culture matérielle ne renvoie pas (uniquement) à ce qui paraîtrait presque évident pour les États-Unis, la consommation de masse, sur laquelle beaucoup a été écrit. Histoire du quotidien, comme le prônait Michel de Certeau, des « arts de faire », attention portée aux artefacts et aux choses vernaculaires, la culture matérielle est une attention renouvelée à l’expression du sujet humain à travers ses objets et une réflexion sur les usages, pratiques et rituels qu’ils produisent ou sur les affects et valeurs qu’ils cristallisent (Baudrillard et son Système des objets).

    Les communications pourront porter tant sur l’historiographie de la notion, à la croisée de nombreuses disciplines, que sur des cas concrets, que nous espérons nombreux et variés, portant sur le rôle des objets comme supports de signification, facteurs explicatifs ou architectes du monde social et symbolique.

    On pourra notamment interroger le processus de légitimation culturelle des objets (à travers les collections, les musées, le « patrimoine »), mais aussi les enjeux liés à la réalité physique des images-objets, dans leur rapport au temps (processus de restauration/conservation), au corps (distance, toucher visuel, approche sensorielle) et à l’espace (stratégies muséographiques et autres scénographies).

    Plus largement, on pourra ouvrir la réflexion aux gestes et rites qui, de la cuisine à la médecine en passant par le bricolage, construisent cette culture matérielle. Bref, pour reprendre le titre du livre de Daniel Roche, il s’agirait de faire une « histoire des choses banales » dans l’espace des États-Unis.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Mathilde Arrivé, Géraldine Chouard et Jean Kempf avant le 4 janvier 2016.

    25. Les Études filmiques en chantier : nouvelles approches et débats contemporains

    Marianne Kac-Vergne (Université de Picardie Jules Verne) et David Roche (Université Toulouse Jean Jaurès)

    Cet atelier cherche à explorer la diversité des approches au sein des Études filmiques ainsi que l’émergence de nouvelles théories qui développent ou remettent en cause les paradigmes qui les ont précédées. Ainsi, deux nouvelles approches, le cognitivisme (M. Smith, E. Tan, C. Plantinga) et la phénoménologie (V. Sobchak, L. Marks), ont trouvé un écho favorable aux États-Unis dans les années 1990, en opposition aux analyses psychanalytiques qui dominaient la théorie filmique notamment française dans les années 1970 et 1980 (notamment dans les travaux célèbres de C. Metz). Ces approches n’ont pas vraiment pris racine en France, néanmoins d’autres angles théoriques se sont développés. Des universitaires français comme C. Viviani se sont, par exemple, intéressés aux travaux de J. Naremore pour proposer une théorie de l’acteur au cinéma. Les gender studies commencent également à s’implanter en France, notamment dans les travaux de G. Sellier, R. Moine, J. Nacache, M. Cervulle et d’un grand nombre d’américanistes, même si elles restent controversées, parfois mal reçues par les tenants de la tradition cinéphilique française et de la théorie des auteurs, qui s’attachent d’abord à l’esthétique des films. Cependant, est-il possible de réconcilier une approche esthétique et auteuriste avec une attention portée aux questions d’identités (de genre, de race, d’âge ou de classe notamment) ? Restent les débats au sein des cultural studies entre une approche marxiste traditionnellement critique de la culture de masse et l’importance donnée au spectateur et aux possibles lectures alternatives des films à succès (études de réception, théories queer). Enfin, les communications qui se pencheront sur les débats actuels dans d’autres branches des Études filmiques (le documentaire, les genres filmiques, etc.) seront les bienvenues, ainsi que les perspectives interdisciplinaires combinant théorie filmique avec d’autres champs. Les communications pourront porter sur les débats critiques ou interroger la théorie à partir d’analyses de cas.

    Les propositions doivent comprendre un résumé de 250 mots, une courte bibliographie et une présentation de l’auteur. Elles doivent être envoyées à Marianne Kac-Vergne et David Roche avant le 4 janvier 2016.

    26. Quelles directions pour les comics studies  ?

    Jean-Paul Gabilliet (Bordeaux Montaigne) et Nicolas Labarre (Bordeaux Montaigne)

    Les comics studies sont un domaine dont le développement a connu une accélération spectaculaire depuis dix ans. Des neuf cours de niveau post-secondaire (six aux États-Unis et trois au Canada) recensés en 2011 par la National Association of Comic Art Educators, on est passé aujourd’hui à des dizaines de cours proposés un peu partout en Amérique du nord. Le nombre d’ouvrages universitaires a lui aussi connu une croissance spectaculaire sur la même période.

    Il faut cependant éviter de se limiter à une lecture superficielle des indicateurs quantitatifs. Les enseignements sur la bande dessinée sont, dans leur écrasante majorité, dispensés au niveau undergraduate, dans des départements d’anglais, parfois d’art et de langues, rarement d’info-com. Ce sont très souvent des cours « optionnels », produits d’appel perçus par la majorité des étudiants qui les choisissent comme un moyen modérément fatigant et intellectuellement peu exigeant pour obtenir des crédits. Au niveau du corps enseignant, la spécialisation en comics est une arme à double tranchant : un doctorat consacré à la bande dessinée constitue un sésame de peu de valeur sur le « marché » universitaire hyper-compétitif des lettres et humanités où l’écrasante majorité des jeunes docteurs ayant rédigé des thèses sur des domaines « canoniques » peine à trouver des emplois correspondant à leur spécialité. Quant aux postes en comics studies, il n’y en a pas, si l’on excepte d’occasionnels monstres à plusieurs têtes de type « children’s lit / popular culture / graphic novel »…

    Tel est le paradoxe ultime de la bande dessinée dans l’espace universitaire nord-américain : elle n’y a trouvé droit de cité que sous le sobriquet « roman graphique », appellation qui fut initialement et demeure pour bonne part une stratégie éditoriale, dont la diffusion dans les années 1980 a permis une progressive acceptation médiatique et universitaire de récits en bande dessinée tant qu’ils semblaient partager un maximum de caractéristiques structurales avec la forme littéraire du roman. D’où l’émergence d’une consommation culturelle où le snobisme le dispute à l’aveuglement et que résume la phrase, devenue habituelle à notre époque : « I don’t read comics—I only read graphic novels. »

    Cet attrait pour le roman graphique comme forme de distinction n’épargne pas le champ universitaire. Une étude récente de la production d’articles dans les revues anglophones a ainsi montré qu’elle était statistiquement déséquilibrée en faveur du trio de tête aussi politiquement correct que transculturel formé par Art Spiegelman (Maus), Marjane Satrapi (Persépolis) et Alison Bechdel (Fun Home), auteurs de trois œuvres invariablement cités dans les canons du « roman graphique ». Or, de la même façon que de nombreux auteurs de premier plan (A. Bechdel, A. Spiegelman, D. Clowes, C. Ware, etc.) se disent créateurs de comics et pas graphic novelists, l’étude universitaire de la bande dessinée est un champ qui n’a aucune vocation à être dominé par les approches « littéraires » et/ou artistiques au prétexte que la bd serait au bout du compte un assemblage de belles images assortis de vrais morceaux de texte.

    L’ambition de cet atelier est de faire le point et d’ouvrir des pistes sur la diversité des problématiques et des angles disciplinaires auxquels se prêtent les comics studies dans le contexte nord-américain et/ou à partir d’objets nord-américains.
    Plutôt que des analyses formelles d’œuvres, on privilégiera, certes de manière ouverte, les problématiques suivantes :

  •  les comics comme objets d’histoire culturelle,
  •  les courants historiographiques,
  •  les sources primaires : newspaper comic strips, comic books, original art, fanzines, etc,
  •  Comics vs graphic novel  : modèles économiques, modèles culturels, mutations historiques,
  •  la fabrique de la légitimité : porosité ou distinction entre institutions critiques savantes.(universités, The Comics Journal) et populaires (IGN, comicbookresources, Wizard, etc.)
  •  Que faire des super-héros ?
  •  Les perspectives nord-américaines sur les problématiques d’étude transnationale de la bande dessinée,
  •  paper vs screens/paper and screens  : supports numériques, webcomics, produits transmédia.

    Pistes bibliographiques :

  •  Charles Hatfield, « Indiscipline, or, The Condition of Comics Studies », Transatlantica [En ligne], 1 | 2010, mis en ligne le 27 septembre 2010, consulté le 15 juillet 2015. URL : http://transatlantica.revues.org/4933.
  •  Gregory Steirer, « The State of Comics Scholarship : Comics Studies and Disciplinarity », International Journal of Comic Art 13.2 (Fall 2011) : 263-285. URL : http://www.academia.edu/3711923/The_State_of_Comics_Scholarship_Comics_Studies_and_Disciplinarity.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Jean-Paul Gabilliet et Nicolas Labarre avant le 4 janvier 2016.

    27. Construire et reconstruire les récits télévisuels

    Claire Cornillon (Université du Havre) et Shannon Wells-Lassagne (Université de Bretagne Sud)

    On a beaucoup écrit sur l’évolution rapide du paysage télévisuel, le mouvement vers la télévision câblée, puis vers la vidéo à la demande, les webséries et Youtube. Ces changements dans le medium ont bien entendu été accompagnés par des modifications des formes narratives : Jason Mittell nous rappelle, dans son nouveau livre Complex TV, que « Au cours des 15 dernières années, les possibilités et les pratiques des récits à la télévision ont connu des changements drastiques spécifiques au medium. » Alors que l’échelle et les possibilités des récits sériels télévisuels continuent de s’accroître, les études sur la télévision continuent également d’évoluer, en devenant le lieu d’approches narratologiques, psychanalytiques ou esthétiques (pour n’en nommer que quelques-unes), outre les analyses sociopolitiques qui existaient depuis longtemps.

    Dans cet atelier, notre attention sera donc portée à la fois sur la manière dont les récits télévisuels sont construits et reconstruits en fonction de l’évolution des attentes et des formats, et sur la manière dont les chercheurs ont reconstruits leur propre discours en s’adaptant à ces évolutions.

    Les sujets possibles incluent :

  •  des études de cas comparatives, entre des genres similaires dans différents contextes télévisuels (Network, câble, webséries), entre des périodes différentes (comment ont évolué les séries médicales, par exemple, de Marcus Whelby, M.D. (1969) à St. Elsewhere (1982), ER (1994), and House (2004) ?), entre différentes chaînes (pour examiner l’évolution d’une série lorsqu’elle change de diffuseur, de Buffy the Vampire Slayer (WB to UPN) à Community (NBC to Yahoo !), montrant une évolution (ou l’absence d’évolution) des récits télévisuels,
  •  des études de cas sur de nouvelles formes télévisuelles (l’importance de la télévision feuilletonnante, la popularité de la télévision événementielle, ou des anthologies sur nos écrans). (temps réel dans 24, point de vue dans The Affair, plan-séquences dans True Detective, la présence de plus en plus importante des prequels ou des reboots),
  •  une analyse de l’évolution des études sur la télévision, des pratiques de l’industrie audiovisuelle (du changement de statut du producteur exécutif à celui d’« auteur » du showrunner, ou de l’écriture individuelle d’épisodes à l’instauration de writers’ room), ou de l’évolution de nos pratiques de réception de la télévision (du téléviseur à l’ordinateur et aux portables et tablettes, du visionnage en direct à l’enregistrement numérique, au streaming et au binge-watching),
  •  l’enseignement des séries TV : comment un enseignant-chercheur construit, déconstruit et reconstruit-il une série pour un cours ? Comment les outils pédagogiques évoluent-ils sur ces questions ?

    Cette liste n’est pas exhaustive.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Claire Cornillon et Shannon Wells-Lassagne avant le 4 janvier 2016.

    28. Scène en transformation : Mutations poétiques et politiques

    Emeline Jouve (Université Toulouse Jean-Jaurès, CUFR Champollion) et Xavier Lemoine (Université de Paris Est Marne-la-Vallée)

    Les représentations artistiques sur les scènes américaines sont au cœur des questionnements transdisciplinaires et des réflexions culturelles qui permettent de stimuler la production des savoirs autour d’une compréhension interne et externe de l’américanité. L’histoire américaine des évolutions théâtrales, nourries par des influences européennes puis asiatiques, a sans cesse redéfini le sens des arts de la scène (textes et mises en scène). À cet égard, l’impulsion de la performance, à partir des années 1960, a décloisonné une vision conventionnelle de la représentation remettant en cause non seulement l’esthétique mais la politique des arts de la scène. Si les questions multiculturelles et des identités postmodernes continuent de se poser, la présence de la technologie sur scène, dans le sillage d’un art multimodal, remet une fois de plus en cause les paradigmes théâtraux. À l’instar de la montée en puissance de la technologie dans tous les domaines de la société, se produit-il sur scène une rupture épistémologique ? Ou bien, au contraire, le théâtre peut-il apparaître comme cette hétérotopie qui peut échapper à une technologie totale ? Comment toutes ces questions constituent des outils interprétatifs ou productifs de la discipline des études américaines ?

    En se penchant sur la scène contemporaine ou sur ses évolutions historiques cet atelier vise à se demander en quoi le théâtre et la performance peuvent être considérés non seulement comme des reflets d’une société mais surtout des acteurs à part entière contribuant à la compréhension et à la construction des études américaines.

    Des communications sur les thèmes suivants sont encouragées (sans que cela soit limitatif) :

  •  Intermédialité sur les scènes contemporaines et dans l’histoire des États-Unis
  •  Représentations des identités postmodernes (queer, postcoloniales, ethniques, féministes, etc.) et enjeux de pouvoir (visibilité, effacement, manipulation etc.)
  •  Questionnements épistémologiques des évolutions culturelles en lien avec la scène (performance, théorie)
  •  Analyse spécifique de spectacles en lien avec les questionnements culturels autour des représentations des études américaines
  •  Pédagogie universitaire et performance (analyse pratique ou théorique des études américaines en classe)

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Emeline Jouve et Xavier Lemoine avant le 4 janvier 2016.

    29. Chantiers de recherche américaniste

    Ariane Hudelet (Université Paris Diderot - Paris 7)

    Au 21e siècle, le chercheur solitaire revisite son image de rat de bibliothèque en geek du cyberespace - tout aussi obsessionnel, c’est plus trendy. Les nouvelles technologies ont transformé les pratiques de recherche, et par extension, les objets de recherche eux-mêmes. Le développement de la recherche collective, les archives en ligne et le partage des données ont redéfini l’accès aux sources. Les évolutions institutionnelles et la nouvelle répartition du temps de travail ont eu des impacts multiples sur le temps disponible pour la recherche des uns et des autres. Ces évolutions ont également redéfini les « livrables », publications, conférences et autres modes de transmission de la recherche.

    Cet atelier se propose de présenter des pratiques de recherche nouvelles et notamment en matière de :

  •  recherche assistée par ordinateur, outils bibliographiques, outils d’écriture,
  •  communautés virtuelles de chercheurs,
  •  recherche et vidéo à l’heure du Festival du film de chercheur (Nancy),
  •  recours à l’iconographie et droit à l’image,
  •  méthodes et impact de la publication en ligne,
  •  liens recherche / enseignement,
  •  utilisation les données disponibles sur Internet (ressources classiques mais aussi forums ou avis d’utilisateurs) et formes d’exploitation.

    L’atelier se déroulera de manière classique avec des présentations en temps limité. Les participants pourront présenter leurs pratiques ou proposer d’analyser l’impact de ces évolutions sur la recherche de leur domaine.

    Les propositions de 250 mots accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer à Ariane Hudelet avant le 4 janvier 2016.