LE BIOGRAPHIQUE

Institut des Mondes Anglophone, Germanique et Roman (IMAGER – EA 3958)

Université Paris XII Val-de-Marne

COLLOQUE INTERNATIONAL : « LE BIOGRAPHIQUE »

Créteil, vendredi 16 et samedi 17 janvier 2009

Appel à communication :

L’Institut des Mondes Anglophone, Germanique et Roman (IMAGER – EA 3958) de l’Université Paris XII Val-de-Marne organise un colloque transdisciplinaire sur le biographique dans la littérature et la culture des pays de langues allemande, anglaise, espagnole et italienne. Outre la diversité des aires géographiques et culturelles – anglophones, germanophones et romanes –, ce colloque est appelé à se faire rencontrer différentes disciplines – littérature, civilisation, histoire, sociologie, linguistique. Ce colloque s’inscrit dans le cadre du travail de deux des trois axes de l’équipe IMAGER – « Identité / Altérité » et « Flux et échanges » – et il fait suite à plusieurs séminaires et journées d’études sur le thème de l’obsession en littérature, sur le rapport entre biographie, autobiographie et histoire, ainsi que sur le lien entre flux, migration et construction identitaire dans le champ post-colonial.

Si la biographie se définit comme un « écrit ayant pour objet l’histoire d’une vie particulière », le biographique soulève un ensemble de questions liées notamment à la chronologie, au rapport entre objet et sujet, ainsi qu’à l’énonciation. Faisant appel à des récits chronologiques mais réalisés a posteriori, le biographique repose en effet à la fois sur des processus de restitution au plus près de la réalité, et de recréation. La notion de biographique interroge donc le rapport au temps et à son déroulement chronologique, ainsi qu’à sa durée, mais aussi la nature et la qualité de la relation biographe – biographié.

Dans le domaine littéraire, l’observation et le travail sur les différentes formes que peuvent prendre le biographique (biographie, autobiographie, mémoires...), ne peut épuiser la question du biographique. Le biographique déborde la biographie. En effet, celui-ci est une notion par laquelle on pourrait appréhender l’écriture de la vie, l’expression de soi, tout autant que la façon dont la vie vient à l’écriture et à la fiction ou, pour le dire autrement, la façon dont la vie se glisse dans la fiction par l’écriture. Si la biographie est la prise de contrôle rétrospective d’un auteur sur la vie d’un autre – fût-ce lui-même –, le biographique peut se jouer de la maîtrise de l’auteur. Dans cet esprit, comment penser le biographique et quel statut accorder à celui-ci après « la mort de l’auteur » (Proust, Barthes, Foucault) ? Tout en ne souhaitant pas exclure d’autres problématiques, la réflexion pourra se développer autour de trois points successifs. Premièrement, l’impersonnel et la dépersonnalisation chers aux poètes, romanciers et dramaturges modernistes sont-ils en contradiction avec le biographique ? L’impersonnel déjoue-t-il le biographique, ou est-il immanquable que le biographique fasse retour ? Deuxièmement, l’intérêt grandissant en ce début de XXIe siècle pour des formes de récits de vie telles que l’autofiction ou les mémoires, marque-t-il la fin d’une période où artistes, écrivains, musiciens et critiques voyaient le sujet comme traversé par une multiplicité de récits ? Troisièmement, à la lumière des textes critiques de Philippe Forest (notamment, Le Roman, le réel), comment penser un texte comme « déclinaison différée d’une identité » sans le réduire « à un roman naturaliste de l’intime » ? Autrement dit, que seraient ces formes singulières que Philippe Forest appelle « le roman du Je » et que Julia Kristeva nomme « le roman du sujet » ?

Dans le domaine des sciences humaines, le biographique ouvre, en premier lieu, le champ à la discussion des récits biographiques comme sources – historiques ou sociologiques en particulier – et de l’écriture biographique comme genre historiographique ou sociologique. Situant la biographie « dans un entre-deux, un entrelacs entre fiction et réalité historique », François Dosse pose d’emblée une problématique du rapport à la vérité. On pourra donc avec lui s’interroger sur la dimension « herméneutique » du genre biographique, c’est-à-dire sa capacité à mettre en lumière, à travers le récit d’une vie singulière, des processus de subjectivation qui la dépassent, mais aussi à appréhender le caractère composite, voire chaotique des parcours de vie. Mais, si le biographique ne repose pas forcément sur une tentative pour déceler des idéaltypes, il soulève, en second lieu, la question du rapport entre objectivité et subjectivité dans la démarche de recherche en sciences humaines : récit d’une singularité individuelle, le biographique écarte-t-il le chercheur de la quête d’une réalité collective, a priori plus générale et objective, ou lui fournit-il un mode d’entrée dans le général qui permet d’échapper au simple déterminisme ? Là où Pierre Bourdieu parle en 1986 d’« illusion biographique », on pourra donc se demander si le recours au biographique fait nécessairement fi de toute historicité. Quels éléments de compréhension du social ou de l’histoire le chercheur recourant aux récits de vie peut-il – tel un mosaïste, selon la métaphore d’Howard Becker – parvenir à recomposer ? Quels types de significations la reconstitution diachronique de carrières – pour reprendre une terminologie interactionniste – permet-elle de mettre au jour ? Peut-on aller jusqu’à dire que les décalages ou distorsions par rapport à la vérité qu’induit la méthode du recours au récit biographique permettent a contrario de faire accéder le travail de recherche à une forme d’authenticité ?

En linguistique, on pourra s’interroger sur les propriétés spécifiques du discours biographique en termes de références ou de repérages : comment se construit la référence au passé ou au fictif, à la situation remémorée ou rapportée, ou encore au sujet narrateur ou protagoniste ? Par quels marqueurs linguistiques « signale »-t-on un récit biographique, ou met-on en scène le renvoi au « réel » ? Tous les types de discours biographique pourront faire l’objet d’une réflexion : récit oral, littéraire, institutionnel, éditorial etc. Certains marqueurs, et leur emploi mis au jour dans le discours biographique, pourront faire l’objet d’une attention particulière : marqueurs lexicaux, grammaticaux, suprasegmentaux. Enfin, les approches comparées (entre deux langues, un texte et sa traduction, deux états de langues etc.) permettront aussi d’intégrer le point de vue linguistique à la problématique du colloque.

Les propositions de communication – environ 250 mots – sont à adresser pour le 15 mai 2008 à :

Guillaume Marche : email