CFP : revue "Imaginaires "

Appel a contributions pour la revue Imaginaires publiée par le CIRLEP (Université de Reims Champagne Ardenne) Numéro spécial : Les cultures populaires aujourd’hui ?

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La recherche universitaire ne se contente plus aujourd’hui de la conception
de la culture définie en 1869 par Matthew Arnold comme la somme de "tout ce
qui a été pensé et dit de meilleur dans le monde" ? De façon croissante,
elle s’intéresse aux objets fluctuants des « cultures populaires » qui,
comme l’ont reconnu, entre autres, Walter Benjamin, Antonio Gramsci ou
Raymond Williams sont a la fois des productions culturelles de masse, une
représentation de la pensée hégémonique qui s’impose au peuple, mais aussi
une expression des aspirations du peuple. De fait, qu’elles soient associées
ou non a des formats nouveaux et au medium de l’internet, les productions
culturelles (films, séries télévisées, publicités et affiches, jeux vidéos,
chansons, produits dérivés, réseaux sociaux) envahissent notre environnement
quotidien... et celui des étudiants. L’objectif de cet appel a contributions
est a la fois de prendre au sérieux la prolifération des objets culturels,
de faire dialoguer les réflexions théoriques et méthodologiques élaborées
dans différentes disciplines depuis une quarantaine d’années et de susciter
de nouvelles recherches. Plusieurs pistes sont ainsi envisageables.
La premiere consiste a s’interroger sur les effets de délimitations et de
frontieres entre les différentes formes de culture, non pour ressusciter une
hiérarchie, mais pour analyser toute la dimension de processus du partage
entre « culture savante » et « culture populaire ». Celui-ci ne date en
effet pas d’aujourd’hui pas plus qu’il n’est figé. Les passages d’une
catégorie a l’autre sont nombreux (le théâtre de Shakespeare n’était a
l’origine pas réservé a l’élite, le film noir, genre populaire par
excellence, est devenu un cinéma pour amateurs éclairés) et se rejouent sans
cesse (les séries télévisées sont en passe de devenir un sujet favori de
theses et de colloques). La situation actuelle paraît ainsi caractérisée une
hésitation entre « panique morale » (l’inquiétude face a l’envahissement des
produits culturels de masse), récupération consumériste de toutes les formes
de culture (y compris celles dites transgressives) et légitimation par
l’élite des produits culturels a succes.
De ce point de vue, que le terme
de « culture populaire » (au singulier comme au pluriel) n’ait jamais reçu
de définition claire et cohérente, qu’il ait été l’objet de vives remises en
question, ou meme qu’il se voit couramment dénué de sens véritable du fait
de ses acceptions contraires, nous apparaît moins un frein a la recherche
que le signe que la culture, notamment dans ses acceptions les plus
populaires, constitue précisément un terrain privilégié de jeu, de
confrontations et d’échanges. Que la « culture populaire » soit aussi
difficile a définir que le « peuple » auquel elle est associée et qu’en meme
temps elle constitue un cadre familier, nous semble constituer une tension
et un objet d’investigation décisifs. Comme l’écrit Nan Enstad, les
paradoxes et les réticences qui accompagnent encore le terme de culture
populaire conferent a celui-ci un potentiel créatif et constituent une
invitation a examiner des themes et des sources longtemps négligés.
La réflexion méthodologique semble constituer une deuxieme piste de
recherche. Que l’univers de la culture populaire s’impose a nous sous forme
d’évidence ne garantit pas l’existence d’un accord sur les meilleures façons
de l’étudier. Il semble pour cela opportun d’opérer un bilan des études sur
les cultures populaires. La montée en puissance des analyses culturelles
dans les départements universitaires a travers le monde a ouvert depuis
désormais bien longtemps les portes du temple académique aux objets de la
culture populaire. On pense évidemment au succes des cultural studies, qui,
meme accompagné de controverses nombreuses et de critiques puissantes, a
valu a la nouvelle discipline une audience toujours croissante. On pense
également a la proposition d’une nouvelle histoire culturelle (« New
Cultural History ») ou au « tournant culturel » que l’histoire américaine
aurait connu dans les années 1980. En littérature, on peut penser aux
approches historicistes ou culturalistes qui ont succédé au structuralisme
des années 1960. Cet investissement intellectuel dans la culture a eu pour
effet de mettre a disposition des chercheurs une imposante bibliographie
théorique, anthologique et synthétique, et une palette conceptuelle riche (« 
hégémonie », « distinction », « authenticité », « idéologie », « identité »,
« altérité », « pouvoir »). Le temps est-il venu d’une forme de synthese ou
d’une clarification des approches théoriques et méthodologiques ? Ou doit-on
privilégier une forme de syncrétisme créatif ?
Une troisieme piste tient au fait que la « culture populaire » semble a
l’origine de multiples effets de « savoir », de connaissances et
méconnaissances qui entrent en relation, parfois en convergence mais souvent
en conflit avec le savoir universitaire ou du moins y font partiellement
écran.
La culture populaire peut ainsi etre considérée comme un lieu
d’observation de « la construction de la vie quotidienne », au sens ou
l’entend par exemple Michel de Certeau dans L’Invention du quotidien. Par
ailleurs, une partie du « savoir » que les étudiants et le public en général
ont des sociétés et cultures étrangeres vient d’une culture populaire tres
largement américaine et a caractere souvent mythologique. Il s’agit
d’examiner ces « effets de savoir » opérés a distance a travers l’image
fantasmée qu’une société renvoie d’elle-meme, en examinant selon les espaces
ou aires culturelles, les effets différenciés de cette hégémonie culturelle
quelquefois désignée comme "l’américanisation" de la culture. Enfin, le
succes des oeuvres de la culture populaire conjugué a la légitimité
grandissante que celles-ci reçoivent dans le champ du discours
universitaire, vient également bousculer toujours plus la définition, déja
fort contestée, d’un canon académique des oeuvres a étudier et du type de
savoir a transmettre.

Les propositions de contributions (250 mots), accompagnées
d’une courte notice biographique, sont a envoyer a Yann Philippe
(yann.philippe@univ-reims.fr) et a Sylvie Mikowski
(sylvie.mikowski@univ-reims.fr )
avant le 1er juin 2014. Les réponses seront communiquées avant le 11
juillet.

Call for papers : Submissions are invited for a special issue of the journal IMAGINAIRES published by CIRLEP (University of Reims, France). Special issue : Popular culture today ?

Academics, especially in the English-speaking world, have for long discarded
Matthew Arnold’s definition of culture as “the best that has been said and
thought in the world”, while over the last decades increasingly focusing
their attention upon this most unstable object of all, popular culture.
Defined in turn by Walter Benjamin, Antonio Gramsci or Raymond Williams as a
mass production, an expression of hegemonic power imposed upon the people,
or as a manifestation of the people’s aspirations, cultural products have
come to occupy a huge space in our daily environment, and particularly in
our students’ lives, through either traditional or newly emerging media –
film, television, advertising, video games, popular music, social networks,
etc.
The purpose of this special issue of Imaginaires is to take this sprawling
number of cultural products seriously, by using and crisscrossing the
diverse theories and methodologies elaborated in various fields of research
over the last fifty years, and possibly allowing new ones to arise.
Several aspects of the subject are open to discussion for this issue :

  •  One possibility is to question, both theoretically and historically, the
    fluctuating line of division between “high” and “low” cultures, which varied
    through time and goes through an on-going process of evolution, blurring the
    hierarchy between various kinds of cultural productions. Today’s attitudes
    towards popular culture diverge between moral panics (expressing a concern
    at the seemingly unlimited influence of mass culture), commercial attempts
    at manipulating the diverse forms of cultural products (including those
    originally endowed with subversive potency), or the legitimization by the
    intellectual élite of some of the most successful cultural products.
    In this regard, the fact that “popular culture” in the singular or in the
    plural, should never have been assigned a clear, coherent definition, that
    it should have been the object of radical questionings, or event that the
    word should have been denied a precise meaning, seems less an obstacle to
    research than the sign that culture, including in its popular forms, is the
    site where the most fertile debates and exchanges can take place. The fact
    that popular culture, however familiar its practices in our daily lives,
    together with the notion of people to which it is linked, should never have
    received a stable, fixed definition, raises a number of intriguing, decisive
    questions which need to be addressed.
    As Nan Enstad put it, “the very paradoxes and stigma that make the term
    problematic also endow it with creative potential” and invite us to examine
    themes and sources which have hitherto been neglected.
    The reflection on methodology is a second proposed line of investigation.
    It’s not because the universe of popular culture is so pervasive that a
    consensus exists as to how to study it. To begin with, it would be helpful
    to review the current state of popular culture studies. Throughout the
    world, cultural studies university departments have since long opened the
    gates of the academia to objects of popular culture, drawing an ever
    increasingly receptive attention, even if cultural studies were sometimes
    the object of vivid controversies and came under heavy critical fire. One
    could take as an example the New Cultural History or the “cultural turn” of
    American History, which appeared in the early 1980s.
    As far as literary criticism is concerned, cultural or historicist
    approaches have superseded 1960s structuralist-oriented readings.
    This recent emphasis on culture has produced important bibliographical
    resources, and a rich array of concepts underlies theoretical reflection,
    such as the already well investigated notions of hegemony, distinction,
    authenticity, ideology, identty, otherness, power, and such binary
    oppositions as high and low cultures, mass and élite culture, culture and
    counter-culture. Perhaps the time has come for a kind of synthesis or at
    least a clarification of methods and concepts ; or should a form of creative
    syncretism be favoured ?
    A third area of investigation involves how popular culture has engendered
    diverse layers of knowledge, prejudices and misapprehensions which may
    either converge or diverge with academic knowledge or at least compete with
    it. Popular culture is the site where “the construction of everyday life”
    can be observed, according to Michel de Certeau’s definition of it in The
    Invention of Daily Life.
    What’s more, part of the knowledge that students and public opinion in
    general share about foreign cultures and societies derives largely from
    American culture. It would be rewarding to examine these “effects of
    knowledge” acquired at a distance through the fantasized image that a
    society casts of itself, by assessing according to various cultural spaces
    the different consequences of this cultural hegemony often termed as “the
    americanization of culture”. Finally, the success of popular culture
    together with the growing legitimacy they receive from their inclusion in
    the field of academic discourse add up to further upset the definition of
    the contested academic curriculum and of the type of knowledge to transmit.

    A short abstract (250 words) with a biographical note should be sent to Yann
    Philippe : yann.philippe@univ-reims.fr and to Sylvie Mikowski :
    sylvie.mikowski@univ-reims.fr before
    June 1 2014. Notification for acceptance will be sent by July 11
    Full articles should be submitted before October 15, 2015 and sent to
    Yann Philippe : yann.philippe@univ-reims.fr

    and to Sylvie Mikowski : sylvie.mikowski@univ-reims.fr