CFP : "Troubles en série"

« Troubles en série » : les séries à l’âge adulte

(dates provisoires 13, 14, 15 janvier 2016)

Les séries télévisées ont aujourd’hui gagné leurs galons d’objets culturels,
voire même artistiques, séduisants et attachants, importants. Si tous les
genres de séries ne sont pas reconnus à la même enseigne – le sitcom par
exemple demeurant déprécié par le public « cultivé » –, le genre est devenu
un objet capable de susciter commentaires passionnés, publications
nombreuses, réflexions importantes La France ne comble pas encore son retard
sur les anglo-saxons, mais le mouvement est en marche. L’arrivée à l’âge
adulte des recherches permet d’examiner ces questions (ou ces préjugés) qui
ont retardé l’éclosion des travaux parce qu’elles troublaient les
chercheurs. Identifier, nommer et questionner ces premiers obstacles pour
les aborder de front sera l’objectif de ce colloque. L’heure est venue de se
confronter aux « troubles de la sérialité ».

(1) Une première difficulté est celle de « l’auteurité ». Nous sommes
habitués à considérer le réalisateur comme l’auteur des films, mais ce n’est
évidemment pas le cas avec les séries, ce qui a pu conduire certains à les
regarder comme des produits uniquement publicitaires ou commerciaux.
Aujourd’hui l’émergence de la notion américaine de « showrunner » sorte
d’homme-orchestre d’une série télévisée qui doit superviser l’écriture, le
tournage et la post-production paraît commencer à résoudre le problème. Mais
que recouvre-t-elle exactement ? Quels sont les périmètres d’intervention de
ces patrons artistiques ? Est-elle également utilisable dans le cas français
 ? Les séries n’impliquent-t-elle pas une machine auctoriale complexe, encore
plus que ne le sont les machines du cinéma ? La notion d’auteur ne fait-elle
pas écran ? La contourner ou la mettre de côté n’est-il pas préférable pour
mieux saisir les spécificités des séries ?

(2) L’opposition de l’art et de l’industrie est une rengaine de notre temps.
Elle a souvent expliqué le désintérêt des chercheurs pour les séries. Il est
évident que celles-ci sont des produits culturels industriels : commandées
par des chaînes, soutenues (ou non) par des annonceurs, dont la rentabilité
est essentielle. Se distinguent-elles de ce point de vue du cinéma ? Comment
ce caractère industriel et commercial rentre-t-il dans leur composition ?
Les différences nationales sont-elles ici décisives ? Est-ce que les
conditions de production industrielles nouvelles qui se dessinent
actuellement ont des conséquences narratives et/ou esthétiques ?

(3) En tant qu’objet narratif, les séries sont un objet plus que difficile à
saisir. Elles représentent souvent des centaines d’heures de projection
qu’il est impossible de décrire exhaustivement. Doit-on inventer une
narratologie spécifique, ou bien aménager des méthodes déjà employées ?
Est-ce que la contrainte première de la variation dans la répétition (ou
l’inverse) peut s’avérer décisive dans le choix méthodologique ? Comment
mettre en rapport le narratif avec l’esthétique dans ce cas particulier où
la mise en scène n’a (peut-être) plus le sens directeur qu’elle a pour le
film ? Les séries induisent-elles une esthétique spécifique ?

(4) Le comportement passionné et très peu détaché des publics, n’a pas
encouragé les chercheurs à considérer les séries comme des œuvres dignes
d’intérêt : l’enthousiasme des publics, notable dès les premières années de
Star Trek ou de Coronation Street, leur volonté d’intervenir sur la
production qui en fait un acteur très peu passif, constituent des facteurs
qui ne peuvent plus aujourd’hui être négligés. Comment intégrer ce paramètre
des publics aux autres déjà évoqués ? Quelles sont les nouvelles formes
d’engagement et de participation des publics ? Quel impact les nouvelles
pratiques de consommation du type « binge watching » peuvent-elles avoir sur
l’écriture et la scénarisation ? Quelles conséquences les nouveaux modes de
consommation offerts par les technologies actuelles de type VOD,
téléchargement etc. qui permettent aux publics de construire leur propre
grille de programmes peuvent-ils avoir sur l’interprétation de la narration
 ?

Ces quatre séries de questions constituent quatre axes de travail pour le
colloque. On pourra proposer des communications dans l’un ou l’autre de ces
axes, ou préciser comment plusieurs d’entre eux peuvent être mobilisés.

Les propositions d’une page sont à transmettre avant le 1er janvier 2015 à

catherine.dessinges@univ-lyon3.fr et à
jpierre.esquenazi@wanadoo.fr

Le colloque est co-organisé par HAR (EA 4414, Histoire des arts et des
représentations,

Université Paris Ouest Nanterre La Défense) et MARGE (EA 3712 Écritures de
la marge, Marges de l’écriture, Université Lyon 3 Jean Moulin), avec I3M (EA
3820, Information

Milieux Médias Médiations, Université de Nice Sophia Antipolis).

Comité scientifique du colloque : Fabien Boully, Bruno Cailler, Catherine
Dessinges,

Jean-Pierre Esquenazi, Sarah Hatchuel, Ariane Hudelet, Guillaume Soulez.