CFP : "Sociétés face à la terreur (de 1960 à nos jours) : discours, mémoire et identité"

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APPEL À COMMUNICATIONS

Sociétés face à la terreur (de 1960 à nos jours) : discours, mémoire et identité.

Colloque international

Université de Bourgogne

13 et 14 octobre 2016

Évoquant le cas de l’ETA en Espagne, Jean-Marie Izquierdo considère qu’on ne peut aborder le phénomène du terrorisme sans tâcher de comprendre pourquoi le transformer en « mode d’expression politique a pu, dans un contexte particulier, être porteur de sens pour une partie de la population concernée » [1]. En somme, on ne saurait oublier que la froide logique synthétisée par le slogan des Brigades Rouges : « en frapper un pour en éduquer cent » a pu avoir ses partisans. À la question : « existe-t-il une réponse globale au terrorisme ? » Jean-Christophe Buisson répond : « Sans doute pas dans la mesure, tristement raisonnable, où il n’est qu’une expression de la révolte d’individus contre les injustices induites par chaque État. Chaque époque, chaque société a le terrorisme qu’elle mérite, pourrait-on dire de manière un peu provocante »1. Étudier le phénomène terroriste implique de se pencher également sur les séquelles sociales provoquées. S’impose alors la question de l’appréhension de ce passé à partir, pour suivre Paul Ricœur, de ces « us et abus de la mémoire, depuis la mémoire empêchée jusqu’à la mémoire obligée en passant par la mémoire manipulée »2.

Nous prendrons en considération exclusivement les mouvements terroristes – ou, selon leur propre définition, de libération nationale ou, encore, de lutte anticapitaliste – nés en Espagne, Italie, RFA et Royaume-Uni, ainsi qu’aux États-Unis et en Amérique Latine et leur activité pendant un demi-siècle (de 1960 jusqu’à nos jours). Il s’agira d’analyser le discours produit par ces sociétés confrontées à la terreur. Avec un double axe de lecture :

  •  d’une part, le discours produit par les différentes instances de représentation sociale – mass media, églises, syndicats,…- et politique. Avec la question subsidiaire : où commençait l’imprescriptible droit à l’information et à la libre expression d’une société démocratique – ou se voulant telle - et où cet « oxygène médiatique » que dénonçait Margaret Thatcher à propos de l’IRA.
  •  d’autre part, la fictionnalisation du phénomène par le biais de la littérature, la BD, le cinéma, etc.

    Nous chercherons donc ainsi à mettre en lumière la construction du discours, ses leviers, ses limites… et ses silences – bref : tous ces « filtres du modèle de propagande » décrits par Chomsky[2] - face à un phénomène quasi quotidien dans certains cas. Nous verrons également comment la création artistique, qu’elle attribue ou qu’elle dénie une cause légitime à ces actions sanglantes, s’est attachée à en rendre compte. Puis nous nous intéresserons à leur mise en perspective, une fois les « années de plomb » finies. Ce sera alors l’occasion de s’intéresser à ces mêmes instances et à leur capacité de distanciation par rapport à un présent devenu mémoire et, parallèlement, de comprendre le rôle de la fiction comme thérapie sociale ou catharsis nationale. Comme moyen, en somme, de dépassement d’une réalité trop longtemps subie.

    Les axes de travail seront :

  •  Le discours normatif : quels sont les réflexes pavloviens du discours général antiterroriste ?
  •  Le discours anxiogène : quels sont les ressorts et les limites d’un discours mobilisateur par la peur ? Comment est-il renouvelé ?
  •  Le discours lénifiant : à l’inverse, la vacuité du discours (psittacisme politique, par exemple) peut-elle servir de gilet « pare-émotion » pour une société ?
  •  Le discours distancié : comment se défaire du pathos pour expliquer, comprendre et surmonter la réalité de la terreur et les traumatismes sociaux induits ? Quel discours pour « l’après-guerre » ?
  •  La politisation du discours sur le terrorisme.
  •  Le discours sur le terrorisme comme marqueur d’identité : quels paradigmes ? quels symboles ?
  •  L’esthétique de la violence et de la souffrance.
  •  Dans la stratégie globale « action – réaction – action », ces discours ont-ils joué un rôle ? Dans quels sens ? Pour quel objectif ?

    Les langues du colloque seront le français, l’allemand, l’anglais, l’espagnol et l’italien.

    Les propositions de communication (résumé de 300 à 500 mots et court CV de l’auteur) seront à envoyer pour le 31 janvier 2016 à :

    Pour l’Allemagne :

    Mme Nathalie Le Bouëdec (nathalie.le-bouedec@u-bourgogne.fr)

    Pour les pays anglophones :

    M. Marc Smith (marc.smith@u-bourgogne.fr)

    Pour l’Italie :

    M. Nicolas Bonnet (Nicolas.Bonnet@u-bourgogne.fr)

    Pour les pays hispanophones :

    Pierre-Paul Grégorio (Pierre-Paul.Gregorio@u-bourgogne)

    Alexandra Palau (atpalau@yahoo.fr)

    Les propositions retenues devront joindre, le moment venu, un résumé (10 à 15 lignes) dans la langue de leur communication, en anglais et en français.

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    Call for Papers

    Societies Facing Terror : Discourses, Memory and Identity

    International Conference

    University of Burgundy

    13th and 14th of October 2016

    When referring to the case of the ETA in Spain, Jean-Marie Izquierdo considered that the occurrence of terrorism could not be studied without trying to understand how “it could carry meaning for part of the population involved” when it was transformed into “a political mode of expression, in a specific context.[3]” All in all, one could remember that the cold logic summed up by the Red Brigades’ slogan : “Strike one to educate one hundred” had its followers. To the question “does a general answer to terrorism exist ?” Jean-Christophe Buisson answered : “Probably not, in the unfortunately reasonable sense that, it is only the expression of revolt of individuals against the injustices induced by each State. Each period, each society has the terrorism it deserves, one could say in a somewhat provocative way.[4]” To study the terrorist phenomenon also implies looking at the social aftereffects it produces. The question of the apprehension of the past then becomes imperative, as Paul Ricœur put it, from the “customs and abuses of memory, from repressed memory, to forced memory via manipulated memory.[5]”

    We shall exclusively take into consideration terrorist movements – or, according to their own definitions : national liberation or anti-capitalist movements – in Spain, Italy, West Germany, the United-Kingdom, as well as in the United States and Latin America, and their actions during the last fifty years (from 1960 to today). The goal will be to analyze the discourses produced by societies confronted by terror. This will be done from a double perspective :

  •  On one hand, the discourses produced by the different political and social instances (mass media, churches, unions…) of representations. With a subsidiary question being : where does the inalienable right to information and to freedom of speech begin in a democratic (or intending to be democratic) society, or was Margaret Thatcher right, when referring to the IRA, she declared that “publicity is the oxygen of terrorism.”
  •  On the other hand, the fictionalization of the phenomenon through literature, graphic novels, cinema etc.

    The goal will thus be to try and reveal how discourse is built : its mechanisms, its limits and its silences, when, in certain cases, it is confronted to events on a daily basis, in short : all the filters put forward by Chomsky’s “propaganda model[6].” We shall also see how artistic creativity has tried to capture their unfolding, whether by denying or giving these bloody actions legitimate grounds. Then, we will see how they were put into perspective once those “dreadful years” were over. It will be an opportunity to look at such instances and their capacity to create distance from a past which has since become memory and, simultaneously, to understand the function of fiction as a social therapy or a national catharsis. In other words, the strategies used to overcome a reality which has caused suffering for too long.

    Possible themes are :

  •  The normative discourse : what are the Pavlovian responses generated by common antiterrorist discourses ?
  •  The anxiogenic discourse : what are the motivations and limits behind unifying discourses of fear ? How are they renewed ?
  •  The appeasing discourse : in opposition can the vacuity of discourse (political echolalia for example) be used as an emotional anesthetic for society ?
  •  The dissociated discourse : how is pathos removed in order to explain, understand and overcome the reality of terror and the social trauma induced by it ? What discourse is then produced for after the war ?
  •  The politicization of the discourse on terrorism.

    - The discourse on terrorism as a social marker : what paradigms ? What symbols ?

  •  The aesthetics of violence and suffering.
  •  In the overall strategy of “action – reaction – action” have these discourses played a specific role ? In what way ? For what purpose ?

    The languages used during the conference will be French, English, German, Spanish and Italian.

    Please send a 300 to 500 word abstract with a short CV by the 31st of January 2016 to :

    For Germany :

    Nathalie Le Bouëdec (nathalie.le-bouedec@u-bourgogne.fr)

    For Anglophone countries :

    Marc Smith (marc.smith@u-bourgogne.fr)

    For Italy :

    Nicolas Bonnet (Nicolas.Bonnet@u-bourgogne.fr)

    For Hispanophone countries :

    Pierre-Paul Grégorio (Pierre-Paul.Gregorio@u-bourgogne)

    Alexandra Palau (atpalau@yahoo.fr)

    Accepted participants will need to send a short summary (10 to 15 lines) in the language of their papers as well as in English and French.