CFP : "Recherche et transmission des cultures étrangères : quelle utilité dans l’université d’aujourd’hui ?"

Recherche et transmission des cultures étrangères : quelle utilité dans l’université d’aujourd’hui ? Colloque du 11 au 13 juin 2015, à l’université d’Orléans English version : scroll down

Ce colloque est consacré à la question de l’articulation entre recherche et transmission des cultures étrangères dans le contexte universitaire actuel. Il s’agira de réfléchir ensemble aux objectifs, au statut et à l’impact des programmes de recherche et d’enseignement dans ces domaines, à l’heure où de profondes transformations dans le monde académique et au-delà font l’objet de débats sur la « crise » des humanités et leur avenir.
Le thème de la crise des humanités n’est pas nouveau. Le débat est pourtant relancé ces dernières années, en France comme dans de nombreux pays des aires linguistiques que nous connaissons, notamment du fait des restructurations universitaires qui affectent au premier chef les humanités. Ce contexte impose de nouvelles contraintes, la limitation parfois drastique des ressources humaines et financières, mais également la redéfinition de nos activités pédagogiques et scientifiques et de notre contrôle sur elles.
La vitrine de « l’excellence » (l’exception ?) est aussi peu propice à un véritable renouveau des humanités que les flux tendus du marché du travail (la règle ?). Mais le dépassement de cette alternative s’avère aussi difficile que nécessaire dans le contexte actuel. Entre inutilité revendiquée et coupes budgétaires, les humanités peuvent-elles encore prétendre à une valeur non-marchande ?
Si Stanley Fish ne rejetterait peut-être pas le concept de l’inutilité, Martha Nussbaum restitue en revanche les rapports entre l’avenir des humanités et la vie civique, en proposant de (re)construire un enseignement « pour la liberté et la démocratie », plutôt que « pour le profit » (Not For Profit, Princeton University Press, 2010). Michael Byram évoque quant à lui la « citoyenneté interculturelle » qui s’élabore dans l’enseignement et la recherche dans le domaine des langues étrangères. Ces propositions nous conduisent également à nous intéresser à la dimension éthique de la transmission – celle-ci ne saurait s’y limiter, ni s’en détacher tout à fait (Fernando Gil Villa et al., « La dimensión ética de la actividad educativa », Bordon. Revista de pedagogia, vol. 43 n°3, 1991). Pour Yves Citton, plutôt que de s’insérer dans une « économie de la connaissance », les humanités doivent travailler au redéploiement de « cultures de l’interprétation », sans visée « productive » et néanmoins utiles, dans un monde globalisé fait de flux colossaux de données, et de relations interculturelles en mutation (L’Avenir des humanités, La Découverte, 2010). Les tentatives de consolider les fondements et la place des humanités dans la société se situent fréquemment en des points de confluence entre disciplines : le programme des humanités environnementales se fonde sur l’inextricabilité de l’humain et de l’environnemental pour aborder les rapports interculturels dans le temps et l’espace (Ursula Heise, Sense of Place and Sense of Planet, Oxford University Press, 2008) ; Vincent Jouve aborde pour sa part les études littéraires dans une perspective à la fois esthétique, historique et anthropologique – et à la rencontre entre recherche et enseignement (Pourquoi étudier la Littérature ?, Armand Colin, 2010) ; Montserrat Cots Vicente présente les humanités comme transmettant « une culture commune », en rappelant l’importance de la question du ou des corpus canonique(s) de cette dernière (« Crisis de las humanidades, crisis del canon », Mil Seiscientos Dieciséis, Anuario 2006).
Si l’intitulé de cet appel est formulé de façon volontairement provocatrice, c’est pour inciter tous les participants à une réflexion critique sur « l’utilité dans l’université d’aujourd’hui » des domaines de recherche et d’enseignement touchant aux cultures étrangères, à partir de leur propre expérience ou de leurs analyses de ces questions. Il s’agira bel et bien de débattre de cette idée d’utilité, dans le domaine des cultures étrangères en particulier (et des humanités en général), plutôt que d’en accepter une conception pré-établie ou au contraire, d’opter pour une inutilité revendiquée.
La question de l’utilité a pour corollaire implicite une autre question : utile ou inutile... en vue de quel(s) objectif(s) ? Les approches de cette problématique de l’utilité, dans le cadre de l’étude et de la transmission de cultures étrangères, pourront s’inspirer des questions suivantes, proposées à titre d’exemple :

  •  Enseignement des langues et/ou enseignement de contenus, savoir faire et/ou savoir : peut-on distinguer entre savoir et compétences ?
  •  Ouverture au monde, exotisme, universalisme abstrait... : quelle interculturalité à la lumière des rapports de pouvoir ?
  •  Quelles approches des hiérarchies, canons, subjectivités, dans les relations interculturelles et dans leur étude ?
  •  Médiation culturelle : d’une notion statique de la transmission, à une véritable pratique interculturelle ?
  •  Comment et à quel niveau la recherche intervient-elle dans l’enseignement des cultures étrangères ?
  •  Enseigner les langues, civilisations et cultures étrangères : peut-on se passer des enseignants-chercheurs ?
  •  Quelle ambition universitaire, quelle véritable interdisciplinarité à l’heure de l’hyper-spécialisation ?
  •  Quels choix de domaines ou directions de recherche dans le champ des cultures étrangères ? Quelles évolutions et quels facteurs d’évolution dans ces choix ?
  •  Cultures étrangères, formation théorique et pratique, débouchés professionnels : quelles réponses aux vrais problèmes et aux faux procès ?
  •  « Civilisation(s) », nations, aires, centres et marges, cultures savantes, populaires, commerciales, sous- et contre-cultures, formes traditionnelles et nouvelles... : quelle notion de culture, dans quelles perspectives, pour quels objectifs d’enseignement et/ou de recherche ?

    Les propositions (en anglais, espagnol ou français) sont à envoyer avant le lundi 1er décembre (2014) aux deux adresses suivantes : mathieu.bonzom@univ-orleans.fr et claire.decobert@univ-orleans.fr
    Format des propositions : 250 à 300 mots, titre, et courte biographie.

    Organisateurs : Mathieu Bonzom, Claire Decobert, Karin Fischer, Tom Pughe, et les membres du laboratoire Rémélice.
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    English version

    The uses of teaching and researching foreign cultures
    in today’s universities : what seems to be the problem ?
    International conference, June 11-13, 2015, University of Orléans, France.

    This conference will focus on the relations between teaching and research in foreign language and culture studies in today’s academic context. research on and transmission of foreign cultures in the present academic context . It will be an opportunity to reflect collectively on the aims, the status and the impact of current teaching and research programs dealing with foreign cultures, in the face of deep transformations of the academic world and beyond, which have been among the subjects of debates on the “crisis” of the humanities and their future.
    The idea of a crisis of the humanities is hardly new. Yet the debate has been rekindled in the last few years, in France as well as in many countries within the linguistic areas we study, not least as a result of the restructuring of university systems, which has often been hardest on the humanities. In such a context, new constraints have appeared ; not only the (sometimes drastic) limitation of human and financial resources, but also the redefinition of our academic activities, and of our control over them.
    The showcase of « excellence » programs (the exception ?) bears as little hope of a true revival of the humanities as the fulfillment of short-term labor market needs (the rule ?). However, leaving those limited options behind is proving as difficult as it is necessary in the current situation. Between the retreat into embracing uselessness as a principle, and the voids created by budget cuts, can the humanities still claim any non-market value ?
    While Stanley Fish might not disavow the concept of uselessness, Martha Nussbaum seeks to re-establish the relations between the humanities and civic life, calling for the (re)invention of teaching “for freedom and democracy”, rather than “for profit” (Not For Profit, Princeton University Press, 2010). In a similar vein, Michael Byram envisions “intercultural citizenship” as an outcome of teaching and research in the field of foreign languages. These proposals also lead us to consider the ethical dimension of teaching – an activity never limited to, yet never altogether devoid of such a dimension (Fernando Gil Villa et al., « La dimensión ética de la actividad educativa », Bordon. Revista de pedagogia, vol. 43 n°3, 1991). For Yves Citton, instead of looking for a place within a “knowledge economy”, the humanities should strive for the redeployment of “cultures of interpretation”, devoid of any “productive” design, and nonetheless useful, in a globalized world of colossal data flows and changing intercultural relations (L’Avenir des humanités, La Découverte, 2010). Attempts to consolidate the foundations and the place of the humanities in society often originate where various academic disciplines meet : environmental humanities take the inextricability of the human and the environmental as a premise to analyze intercultural relations through space and time (Ursula Heise, Sense of Place and Sense of Planet, Oxford University Press, 2008) ; while Vincent Jouve’s approach to literary studies employs a theoretical framework that draws simultaneously on aesthetics, history and anthropology (Pourquoi étudier la Littérature ?, Armand Colin, 2010) ; Montserrat Cots Vicente holds the humanities to be bearers of “a common culture”, while highlighting the importance of the issue of the canonical corpus(es) of such a culture (« Crisis de las humanidades, crisis del canon », Mil Seiscientos Dieciséis, Anuario 2006).
    The title of this call for papers is intentionally provocative : we wish to generate a critical discussion of “the usefulness in today’s universities” of research and teaching concerned with foreign cultures, each participant starting from his or her own experiences and analyses. By putting the very notion of usefulness up for debate, within the realm of foreign cultures in particular (and in relation to the humanities in general), we hope to avoid validating any pre-established definition of usefulness, or indeed embracing claims of uselessness.
    The question of usefulness brings us to another question that is its implicit corollary : useful or useless... to what end(s) ? Contributions to this discussion, in relation to the study and transmission of foreign cultures, may draw freely on the following questions and topics :

  •  Teaching languages, teaching cultural knowledge ; to know-how and/or to know : should/can there be a separation between knowledge and skills ?
  •  Openness to the world, exoticism, abstract universalism... : interculturality in light of power relations.
  •  Hierarchies, canons, and subjectivities, in intercultural relations, and in their study.
  •  Cultural mediation : from a static conception of cultural transmission, to a true intercultural practice ?
  •  How does academic research factor into the teaching of foreign cultures ?
  •  Teaching foreign languages and cultures in universities : can we do without teacher-researchers ?
  •  What authentic interdisciplinary perspectives, what university in the strongest sense, can we invent in times of academic hyper-specialization ?
  •  What are the research orientations in the field of foreign cultures ? How are they evolving and why ?
  •  Foreign cultures, theoretical and practical learning and training, and the job market : how can we deal with the real issues and the groundless accusations ?
  •  “Civilization(s)”, nations, areas, center and margin, learned/popular/commercial cultures, sub- and counter-cultures, traditional and new forms... : what notion of culture, from what perspectives, to what teaching and/or research ends ?

    Proposals (in English, French or Spanish) should be sent by Monday, December 1st (2014) to the following addresses :
    mathieu.bonzom@univ-orleans.fr and claire.decobert@univ-orleans.fr
    Proposals should include : the title and an abstract of your paper (250-300 words), and a short bio.

    Conference organizers : Mathieu Bonzom, Claire Decobert, Karin Fischer, Tom Pughe, and the members of the Rémélice research group (Université d’Orléans).