CFP : "Les souverainetés indigènes royautés, principautés, républiques et empires autochtones dans les mondes atlantiques"

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Appel à communications

Les souverainetés indigènes royautés, principautés, républiques et empires autochtones dans les mondes atlantiques
Amérique et Afrique, XVe-XIXe siècle

24-26 mars 2016
Université de Nantes

L’intérêt suscité par la question de la souveraineté indigène ne serait-il jamais autre chose que le goût de l’historien envers « la beauté du mort » pour emprunter cette expression à Michel de Certeau évoquant, en 1970, les travaux des hommes du XIXe siècle et ceux de ses contemporains sur la culture populaire et le folklore ? Il écrivait, en effet, que « la culture populaire suppose une opération qui ne s’avoue pas. Il a fallu qu’elle fût censurée pour être étudiée. Elle est devenue alors un objet d’intérêt parce que son danger était éliminé ».

La souveraineté indigène perçue donc comme un danger en effet car elle est, in fine, un obstacle à la politique de conquête alors menée durant ces cinq siècles par les puissances européennes atlantiques (Provinces-Unies et Suède comprises) depuis la grande scène inaugurale du 12 octobre 1492 quand bannières au vent, Christophe Colomb et les Espagnols qui ont traversé la mer Océane débarquent théâtralement sur l’île de Guanahani, première île du continent américain, dont ils prennent possession au nom des souverains d’Espagne, qui les ont mandatés au mois de mars précédent. Les officiers présents, oubliant leurs rancœurs liées aux difficultés de la traversée, jurent allégeance à l’Amiral de la mer Océane, représentant des Rois Catholiques. La rencontre avec les peuples indigènes s’inscrit dans la volonté du Génois d’imposer la souveraineté espagnole, considérant que cette dernière supplantait une quelconque souveraineté susceptible d’exister en ces îles. Dès lors, les puissances européennes cherchent à justifier la souveraineté sur une terre par sa découverte ou son appropriation, qui se fait progressivement au cours des siècles suivant les premiers contacts en Amérique.

Une menace dont l’élimination (ou « l’usurpation » pour reprendre l’expression du juriste Michel Morin en 1997) procède d’un double combat mené par les armes et par les plumes tant semble irrésistible la volonté de faire de ces terres étrangères des territoires vierges frappés du sceau du dénuement. Des terra nullius présentées si désertes que même la belle lucidité d’un Montaigne sera prise en défaut, reprenant, dans l’essai « Des cannibales » (Essais, I, 31), les topoï du temps sur la nudité américaine – largement diffusés au travers des éditions des Décades de Pierre Martyr d’Anghiera. Quelques années plus tard, l’iconologie de Cesare Ripa présente les quatre continents comme autant de variations autour d’une Souveraineté que l’on peut admirer dans son affirmation triomphante (l’Europe), déclinée ensuite dans des euphémisations progressives – l’Asie puis l’Afrique – jusqu’à son complet évidement avec l’Amérique. Dans la fameuse allégorie America, gravée dans les années 1580 par Theodor Galle d’après un dessin de Jan van der Straet, dans laquelle Amerigo Vespucci est montré comme réveillant l’Amérique dormante, ce dénuement est dramatiquement mis en scène dans le contraste entre l’Européen, debout et caractérisé par le mouvement que sa station interrompt seulement l’instant d’un souffle ou d’un étonnement, et l’Amérique, aussi pauvre et nue de vêtement que précédemment inerte.

Toutefois la souveraineté indigène ne se réduit pas à cette propice absence et les explorateurs européens n’auront de cesse, pour la plupart d’entre eux, de rencontrer des « rois », de poursuivre la trace des royaumes indiens de Saguenay et Norembegue, d’atteindre les Sept Cités, de marcher à rebours sur les traces des rois mages pour gagner la mythique Ophir ou retrouver Seba quand ils ne buttent pas, un temps, sur de solides empires au Mexique et au Pérou dont ils peuvent moins nier la souveraineté qu’ils espèrent, précisément, la soumettre aux vrais rois, espagnols et chrétiens, ou de manière plus modeste, celle par exemple des Algonquins de l’Amérique française avec lesquels passe alliance Samuel de Champlain. Ou encore admirer de puissants rois amérindiens, dignes des Illustres antiques et des héros contemporains, comme Satouriona, « roi de Floride », ou le colosse Quoniambec figurés dans les Vrais portraits et Vies des hommes illustres de Thevet. Ou même faire de ces rois américains des mages bibliques comme dans une célèbre Adoration des mages, vers 1505, attribuée au Maître de Viseu, ou, à rebours les figures grimaçantes du souverain des Enfers…, images saisissantes alors d’une souveraineté indigène chahutée d’un bout à l’autre d’un large spectre allant de sa destruction sous des modalités diverses à sa préservation ou sa recomposition ambigüe en passant par son ignorance et la négligence de ses réalités.

Dans le cas de l’Afrique c’est un autre rapport qui s’établit. Cet immense continent est présent dans l’imaginaire européen depuis l’Antiquité, pourtant les explorations portugaises du XVe siècle recomposent un nouvel objet et dessinent une logique différente où la place de la « souveraineté » telle qu’elle est entendue en Europe joue un rôle essentiel et peut susciter une configuration particulière associant droits traditionnels sur un espace et des populations et droit sur une activité comme en témoigne en 1486 la titulature de Jean II du Portugal. Dans un premier temps, elle peut ne pas être reconnue. Ce qui donne lieu aux premières rafles d’esclaves d’Afrique de l’Ouest racontées par Gomes Eanes de Zurara dans sa « Chronique de Guinée » (1453). Au fur et à mesure que les peuples rencontrés sont identifiés dans l’imaginaire de l’époque et que des distinctions s’établissent dans la lignée classique médiévale entre « Infidèles », « Maures » ou encore « Maures Noirs », l’émergence d’une souveraineté indigène devient possible et le roi du Saloum peut se faire appeler le « Père des Blancs ». Cette reconnaissance sert de barrage à l’accès des Européens à l’intérieur africain comme le montre l’exemple, tardif, d’un souverain du Galam qui refuse l’installation pérenne des Français dans les terres en question. La confrontation des réalités portugaises en termes de souveraineté, en terres américaines et africaines, rend compte également de la nécessité de comprendre les modulations de la souveraineté indigène au sein d’un même espace colonial.

La Conquête, justifiée par l’entreprise d’évangélisation, a, semble-t-il, effacé toute forme de souveraineté indigène dans l’espace américain revendiqué par les empires ibériques aux Amériques. Si, dans le domaine de la foi, les rois d’Espagne imposent la conversion à leurs nouveaux sujets, ils s’inscrivent, sur le plan politique, en continuité avec les anciennes polités amérindiennes. Avec la construction coloniale des deux républiques au sein de la Monarchie catholique, celle des Espagnols et celle des Indiens, avec la reconnaissance de noblesses indigènes par les institutions monarchiques dès le XVIe siècle, et la reconnaissance d’une administration autonome des communautés indiennes par des caciques et principaux, c’est une forme de souveraineté relative, subalterne, qui est reconnue aux Indiens, comme élément à part entière d’une monarchie polycentrée. De fait, la Conquête est loin d’avoir éteint toute forme de souveraineté indigène, y compris à l’intérieur des empires européens, si l’on donne à ce concept, au rebours de sa conceptualisation bodinienne, un sens relatif et imparfait. De nombreux exemples témoignent de ces formes de gouvernements des Indiens par eux-mêmes à l’intérieur des empires chrétiens, comme la République de Tlaxcala, dont l’autonomie à l’intérieur de la Nouvelle-Espagne était justifiée par l’aide reçue par Cortès aux heures de la Conquête, Pátzcuaro, ou l’alliance avec les nations ou villages indiens en Amérique du Nord « française ». Des relations diplomatiques continues, aux marges des empires, attestent la reconnaissance de facto de polités indigènes, comme en témoigne encore l’institution du parlamento entre le capitaine général du Chili et les Indiens Araucans (Mapuche) tout au long de la période coloniale, ou les alliances commerciales ou militaires entre les Six-Nations iroquoises et les Britanniques. Ce n’est, d’ailleurs, qu’au cours du XIXe siècle que les dernières polités amérindiennes indépendantes furent conquises par les armes : Comanches, Apaches, Sioux des plaines ; Chiriguanos de l’Est bolivien ; Mapuches et Indiens de Patagonie dans ce qui deviendrait, à la fin du siècle, le Sud du Chili et de l’Argentine. Les empires européens, et les Etats indépendants qui leur ont succédé, et qui les ont souvent continués, ont ainsi construit un spectre complexe de relations avec les formes de gouvernements indigènes qu’ils autorisaient, reconnaissaient ou combattaient : co-construction impériale, sous le signe théorique d’une souveraineté européenne absolue dans ses prétentions mais aménagées dans ses pratiques comme en Nouvelle-France dans le cadre de l’alliance et de la protection ; transformation et incorporation des polités amérindiennes, avec lutte contre les Indiens des marges pour l’Espagne ; guerre et relations diplomatiques et commerciales pour la Grande-Bretagne ; incorporation à la citoyenneté pour les jeunes républiques hispano-américaines mais alliances, conflits et, au final, déportations ou ethnocides au sein des empires républicains en expansion au Nord et au Sud du continent, etc.

Sur les plans du droit, de l’imaginaire politique, des représentations culturelles et des savoirs scientifiques, la discussion a été continue sur la définition, les limites et la valeur de ces souverainetés indigènes, qu’elles fussent relatives ou absolues. Cette réflexion de longue durée sur la nature des polités indigènes, la grandeur ou la barbarie des empires précolombiens, la dégénérescence ou la bonté naturelle des Indiens, donna lieu à la construction d’épistémologies et de savoirs dès le XVIe siècle. Si le débat sur les justes et injustes titres de la conquête fut l’un des éléments fondamentaux de la formation du droit moderne des gens, une forme naissante d’anthropologie historique naît avec les ouvrages qui évoquent les empires défunts des Aztèques ou des Incas (Inca Garcilaso de la Vega, Sahagún, Motolinía, etc.). Il faut souligner, avec Jorge Cañizares-Esguerra, l’importance de la controverse de l’Amérique, au XVIIIe siècle, pour l’épistémologie, ou l’une des épistémologies, des Lumières : le Nouveau Monde devait-il être connu à travers une histoire naturelle, ou l’histoire tout court ? Dans le second cas, la redécouverte des Antiquités américaines, et de la grandeur des empires précolombiens, devenait le support d’une réflexion anthropologique et historique sur les relations entre l’Europe au reste du monde. Pour les Européens, du Vieux ou du Nouveau Monde, la « Découverte » et la Conquête ont longtemps servi à penser le rapport à l’altérité anthropologique et politique : les souverainetés indigènes peuvent être comprises, ainsi, comme le lieu d’un travail symbolique où naissent des savoirs nouveaux dans les domaines du droit, de l’histoire, de la science politique, de l’anthropologie concernant le processus d’occidentalisation. Les Indiens, et leurs souverainetés vaincues, représentent, dans cette histoire, le spectre d’une altérité défaite, inoubliable, qui hante la conscience occidentale.

Le colloque se propose dès lors de dresser un état des lieux du sujet pour rassembler autour de la souveraineté indigène des chercheurs en sciences humaines et sociales et en droit notamment, afin de saisir les constructions parallèles et associées de la souveraineté des deux côtés de l’Atlantique entre la fin des universaux médiévaux et leur régime de gouvernance au cours des XVe et XVIe siècles et les lendemains des expériences politiques des « Révolutions atlantiques » inaugurant de nouveaux rapports à l’Autorité dans la première moitié du XIXe siècle. Ce regard doit être considéré, en effet, moins comme inerte ou s’attachant à la seule description immunisante d’une extériorité exotique que partie prenante, de manière fondamentale, d’une construction singulière de la Souveraineté moderne européenne elle-même dont la mise en place est profondément associée aux questionnements provoqués ou renouvelés par ces nouveaux horizons du monde, géographiques, religieux et politiques.

Axes thématiques
Dans cette ambition trois grandes thématiques se dessinent : celle d’abord de l’étude des souverainetés indigènes, parfaites et imparfaites selon les normes bodiniennes (1) ; celle ensuite de leur place dans la controverse du Nouveau monde et des antiquités américaines (2) ; celle enfin du miroir tendu par ces souverainetés autochtones aux pratiques souveraines européennes où le reflet révèle alors dans ces dernières moins des systèmes et des imaginaires drapés dans un glorieux absolu que des réalités elles-mêmes imparfaites d’abord et relatives ensuite à ces formes indigènes qu’elles pensaient rejeter dans leurs marges (3).

Si l’on prend un peu de distance vis-à-vis de la conception bodinienne, ou philosophique de la souveraineté comme unité absolue, et que l’on pense cette notion à la fois comme relative et pas nécessairement déterminée par les marques qui la définissent usuellement dans les Etats, il devient possible de penser les différentes formes de droit au gouvernement que reconnurent, implicitement ou explicitement, les empires aux groupes amérindiens, ou comportant des Amérindiens tout au long d’une époque coloniale étirée jusqu’à la fin du XIXe siècle. La (re)construction ou la reconnaissance d’autorités indigènes au sein des empires ou les relations diplomatiques avec les polités indiennes décrivent ce spectre des souverainetés. Cette perspective implique une réflexion sur la nature de ces cités indiennes, prenant au sérieux la capacité de ces derniers à former des gouvernements bien ordonnés, même si non étatiques le plus souvent. Il s’agit aussi d’éviter le biais d’une ethnicisation ou d’une racialisation abusives, pour à la fois décrire la pluralité des types de gouvernements indigènes, le caractère souvent bigarré de leur composition, et les formes diverses de leur articulation aux empires. Des villages pluriethniques de réfugiés algonquiens décrits par le Middle Ground de Richard White aux Indios de comunidad des Andes espagnoles, des Six-Nations iroquoises à la République autonome de Tlaxcala, de l’apachería mexicaine à l’Empire comanche des grandes plaines (Pekka Hamalainen, 2009), ces polités, dotées d’une souveraineté parfaite ou non, reconnues par les empires ou les républiques, ou non, doivent être repérés comme des acteurs fondamentaux de la fabrique impériale, puis républicaine, et de la transformation de l’espace américain en territoires politiquement constitués. Les guerres ou les révoltes indiennes, et les négociations qui les accompagnent, diplomatiques ou non, constituent l’un des observatoires les plus intéressants pour comprendre ces souverainetés indiennes, du point de vue des deux partis en présence. Concernant le XIXe siècle, qui semble rejouer les scènes tragiques de la Conquête, deux processus mériteraient également une analyse fine. D’une part, l’association des Indiens au souverain populaire en Amérique latine, sous les espèces de la citoyenneté, avec les résultats mitigés que l’on connaît. D’autre part, l’absorption des dernières souverainetés parfaites indigènes dans les républiques américaines, aux Etats-Unis, en Argentine ou au Chili, sous les figures du removal jacksonien ou de la guerre sans quartier.
Le deuxième thème concerne la reconstruction d’un passé indigène au cours du XVIIIe siècle, visant à soutenir, notamment, la position pro-américaine dans le cadre de la controverse du Nouveau Monde (Gerbi, Cañizares-Esguerra), et l’éloge des souverainetés et des lois indiennes du passé. Le débat sur la capacité politique des indigènes – comme « hommes naturels », « bons sauvages » ou peuples stupides et paresseux, « dégénérés » depuis la Conquête – se trouve en arrière-plan ; il intéresse directement l’intégration des autochtones à la citoyenneté.
Le troisième thème rappelle que les souverainetés européennes et les formes d’Etat qui les mettent en pratique ne sont pas déconnectées des expériences américaines et africaines de ces mêmes Etats au travers de la colonisation ultramarine et de la gouvernance impériale. La souveraineté se construit dans un processus social, religieux, philosophique et politique complexe dans lequel la dimension impériale et/ou coloniale est partie prenante des débats. S’il ne faut pas réduire la souveraineté indigène à un essentialisme sans histoire, l’avertissement vaut tout autant pour celle(s) des Européens qui n’arrivent pas en Afrique et en Amérique avec une Souveraineté comme un bagage dans les soutes de leurs navires. D’une manière certaine les souverainetés européennes se sont réalisées contre les souverainetés indigènes. Tout contre précisément. C’est-à-dire avec, aussi.

Modalités pratiques d’envoi des propositions
Le colloque aura lieu les 24-26 mars 2016. Les propositions de communication sont à envoyer à l’adresse colloquesouverainetes2016@gmail.com sous la forme d’un résumé de 2000 caractères. Elles prendront soin de préciser quelles sources primaires sont mobilisées pour l’étude de cas. Elles seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique. Elles doivent être adresséesavant le 1er mai 2015.

Les candidats seront informés de la décision du comité scientifique fin juin 2015. Ces propositions peuvent être rédigées en français, en anglais et en espagnol. Ces langues seront celles du colloque. Les frais de séjour à Nantes (dont quatre nuits d’hôtel) seront assurés par le comité d’organisation du colloque pour un auteur par contribution.

Comité d’organisation
Yann Lignereux, Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique.
Luis Mora Rodríguez, Universidad del Costa Rica, Institut d’Etudes Avancées de Nantes.
Grégory Wallerick, , Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique.
Clément Thibaud, , Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique.
Comité scientifique
Antonio de Almeida Mendes, Université de Nantes, CRHIA.
Nadine Béligand, Université Lyon II-LARHRA.
Capucine Boidin, Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, IHEAL.
Ângela Domingues, Universidade Nova de Lisboa, CHAM-Açores.
Marcela Echeverri, Yale University.
Eduardo França Paiva, Universidade Federal de Minas Gerais, CEPAMM.
Thomas Grillot, Centre Nationale de la Recherche Scientifique-EHESS (CENA).
Gilles Havard, Centre Nationale de la Recherche Scientifique-EHESS (CENA).
Michel Morin, Université de Montréal.
Isabelle Surun, Université Lille III Charles-de-Gaulle, IRHIS - Institut d’Etudes Avancées de Nantes.
Bertrand Van Ruymbeke, Université Paris VIII.

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Call for papers

Indigenous sovereignties native monarchies, principalities, and empires in the Atlantic worlds
America and Africa, 15th-19th century

March 24-26, 2016
Université de Nantes

For the historian, can the interest in indigenous sovereignty ever be anything other than desire for “the beauty of death,” to borrow Michel de Certeau’s phrase from 1970, referring to studies by nineteenth-century men and de Certeau’s contemporaries on popular culture and folklore ? According to de Certeau, "popular culture presupposes a mechanism that cannot be admitted. It had to be censored in order to be studied. Thus, it can only become an object of interest because the danger [it represented] had been eliminated."

Indeed, indigenous sovereignty was perceived as a danger because, ultimately, it was an obstacle to the Atlantic European States’ policy of Conquest (the United Provinces and Sweden included). These policies lasted over five centuries, from the great opening scene on 12 October 1492 when with banners flying, Christopher Columbus and the Spaniards who had crossed the Ocean Sea landed dramatically on the island of Guanahani, the first island of the American continent. They took possession of the island in the name of Spain’s sovereigns, who had appointed them the previous March. The officers present forgot the frustrations involved with the crossing and swore allegiance to the Admiral of the Ocean Sea, who represented the Catholic Monarchs. The meeting with indigenous peoples took place as part of Columbus’ will to impose Spanish sovereignty, considering that it superseded any sovereignty that may have existed in these islands. From that moment on, the European States sought to justify their sovereignty over these lands by discovery or appropriation, which was done gradually over the centuries following the first contacts in America.

Indigenous sovereignty was also a threat whose elimination (or "usurpation" in the words of jurist Michel Morin in 1997) was to happen through combat using both arms and quills—such was the irresistible desire was to make these foreign lands into virgin territories, naked and empty. These terra nullius were presented as so deserted that even the beautifully lucid Michel de Montaigne fell into the trap when, in his essay "Of Cannibals" (Essays, I, 31), he took up the topoi of the time on nudity in the Americas – a topoi widely disseminated by the publication of Décades by Pierre Martyr d’Anghiera. A few years later, the iconology of Cesare Ripa depicted the four continents as variations around a Sovereign (Europe), admired in its triumphant aspect, then broken down into its progressive euphemizations – Asia then Africa – until its obvious completion with the Americas. In the famous allegory America, engraved in the 1580s by Theodor Galle based on a drawing by Jan van der Straet, Amerigo Vespucci is shown as waking sleeping America, whose poverty, nakedness, and passivity were dramatically staged in contrast to Europe, standing and characterized by movement only interrupted for take a breath or a moment of surprise.

However, indigenous sovereignty was not limited to its fortuitous ‘absence,’ and most European explorers continued to encounter ‘kings’ as they followed the traces of the Indian kingdoms of Saguenay and Norembègue, trying to reach the Seven Cities of Gold, or walked in the opposite direction of the Magi to find the mythical Ophir, or to rediscover Sheba. For a time, they would run up against strong empires in Mexico and Peru. There, it was more difficult to simply negate the sovereignty that they had hoped to submit to the true Spanish and Christian kings, or more modestly, to follow the example of the Algonquins of French America who signed an alliance with Samuel de Champlain. Sometimes, explorers would admire powerful Amerindian kings worthy of the Greats of Antiquity, such as contemporary heroes Satouriona, Chief of Florida, and the giant Quoniambec, depicted in Thevet’s Vrais portraits et Vies des hommes illustres. They re-made these American kings into biblical Magi, as in a famous Adoration of the Magi from 1505 attributed to the Master of Viseu, or on the contrary, into the grimacing faces of the Ruler of the Underworld. These are striking images of indigenous sovereignty, jostled across a wide spectrum ranging from destruction in various ways, through ambiguous reconstruction, ignorance, or simple neglect of the realities of indigenous sovereignty, even up to preserving it.

In the case of Africa, another kind of relationship was established. This immense continent had existed in the European imaginary since Antiquity. Yet, the Portuguese explorations of the fifteenth century recreated a new object and sketched out a different approach, in which the place of ‘sovereignty’ as it was understood in Europe played an essential role. In Africa, this gave rise to a particular configuration, combining traditional rights over an area and people with rights over commerce, as demonstrated by John II of Portugal’s titulature in 1486. First, sovereignty was not recognized, which enabled the first West African slave roundups as recounted by Gomes Eanes de Zurara in his "Chronicle of Guinea" (1453). Gradually, as the people encountered were identified in the imaginary of the time and as distinctions were established along traditional medieval lines between ‘infidels,’ ‘Moors,’ and ‘Black Moors,’ the emergence of an indigenous sovereignty became possible and the King of Saloum could be called the ‘Father of the Whites.’ This recognition then served as a barrier, preventing Europeans’ access to the interior of Africa as is shown by the example, somewhat late, of a ruler of Galam who refused to grant the French permanent settlement on the lands in question. The comparison with the Portuguese context, in terms of sovereignty in the Americas and Africa, also demonstrates the need to understand the variations in indigenous sovereignty within the same colonial space.

Conquest, justified by evangelists’ missions, seems to have erased all forms of indigenous sovereignty from the Americas in the areas that were claimed by the Iberian Empires in the Americas. Although the kings of Spain required conversion from their new subjects, politically they situated themselves more within a continuity with the former Amerindian polities. With the colonial construction of two republics within the Catholic Monarchy, that of the Spaniards and of the Indians (with the recognition of indigenous nobility by monarchical institutions starting in the sixteenth century), and the recognition of Indian self-government headed by caciques and leaders, it was relative, subaltern sovereignty that was acknowledged for the Indians as a separate element within a polycentric monarchy. In fact, the Conquest was far from having eliminated all forms of indigenous sovereignty, even within the European empires, if we understand sovereignty as relative and imperfect contrary to its Bodinian sense.

Several examples attest to these forms of Indian self-government within Christian empires, such as the Republic of Tlaxcala, whose autonomy within New Spain was justified by the aid Cortez received during the Conquest, Patzcuaro, and the alliance with Indian nations and villages in ‘French’ North America. Continuous diplomatic relations at the margins of Empires attest to the de facto recognition of native polities. This is further evidenced by the institution of the Parlamento between the Captain General of Chile and the Araucanian Indians (Mapuche) throughout the colonial period, and the commercial and military alliances between the Iroquois Six Nations and the British. Moreover, it was only in the nineteenth century that the last independent Amerindian polities were conquered by arms : the Comanches, Apaches, the Plains Sioux, the Chiriguanos of East Bolivia, and the Mapuches and Indians of Patagonia in what would become southern Chile and Argentina at the end of the century. The European Empires, and the independent States that succeeded them and often perpetuated them, were thus constructed on a complex spectrum of relations with indigenous forms of governments that they authorized, recognized, or fought. Empires were co-constructed, theoretically under a European sovereignty that claimed to be absolute, but in practice, was adapted. In New France, this adaptation meant a framework of alliance and protection ; for Spain, a transformation and incorporation of Amerindian polities and fighting against the Indians on the margins ; as war, diplomatic and trade relations for Great Britain ; incorporation by citizenship for the young Spanish-American Republics ; and as alliances, conflicts, and, ultimately, deportation and ethnocide among the Republican Empires expanding in both the north and south of the Americas.

In terms of law, political imaginary, cultural representations, and scientific knowledge, there was continuous discussion about the definition, limits, and value of these indigenous sovereignties, whether they were relative or absolute. This longue durée reflection on the nature of indigenous polities, the greatness or barbarism of pre-Columbian empires, on Indians as degenerate or naturally good, gave rise to the construction of epistemologies and of knowledge from the sixteenth century. While the debate on the just and unjust rights of the Conquest was one of the fundamental elements in forming the modern law of nations, a nascent form of historical anthropology was also born with works that evoked the dead empires of the Aztecs or the Incas (Inca Garcilaso de la Vega, Sahagún, Motolinía, etc.). The importance of the controversy of the Americas in the eighteenth century, following Jorge Cañizares-Esguerra, must be emphasized as contributing to the epistemology, or one of the epistemologies, of the Enlightenment : should the New World be known through natural history or just simply history ? In the latter case, the rediscovery of American Antiquities, and the grandeur of pre-Columbian empires, became the basis for anthropological and historical reflection on the relations between Europe and the rest of the world. For Europeans from both the Old and the New Worlds, the ‘Discovery’ and the Conquest have long served as a basis for thinking about the relationship to anthropological and political alterity. Indigenous sovereignties may be understood, therefore, as a symbolic space for research, in which new knowledge arises in law, history, political science, and anthropology about the process of Westernization. In this narrative, the Indians and their conquered sovereignties represent the specter of a conquered, unforgettable, other that haunts Western consciousness.

This conference, therefore, seeks to draw up the current state of research on this subject, and to bring together researchers in the humanities and social sciences, and law in particular, on the subject of indigenous sovereignty. The goal is to understand the parallel and related constructions of sovereignty on both sides of the Atlantic, from the end of the Middle Ages and its regimes of governance during the fifteenth and sixteenth centuries, up to the aftermath of the political experiences of the ‘Atlantic Revolutions’ that ushered in new relationships to authority in the first half of the nineteenth century. The perspective adopted here should be seen less as static and focusing on a single, immunizing description of an exotic externality, and more as fundamentally involved in the particular construction of modern European sovereignty. The creation of that sovereignty was profoundly associated with issues that were raised or reopened by the world’s new geographic, religious, and political horizons.

Main themes
For this purpose, the conference focuses on three main themes : (1) the study of indigenous sovereignties, both perfect and imperfect according to Bodinian standards ; (2) the place of these sovereignties in the controversy over the New World and American Antiquities ; and finally, (3) the mirror that indigenous sovereignties held up to European sovereign practices. European Empires thought they had banished these indigenous forms of sovereignty to their margins. Yet in the mirror of their dialectical relationships, the Empires did not see the systems and imaginaries of an Absolute Ideal reflected back at them, but rather their own imperfections.

We must step back from a Bodinian or philosophical conception that sees sovereignty as absolute unity, and instead think of sovereignty as both relative and not necessarily determined by the signs that usually define sovereignty in States. It then becomes possible to conceive of the various forms of right to government that Empires recognized, implicitly or explicitly, to Amerindian groups or those that included Native Americans, throughout the colonial era to the end of the nineteenth century. The (re)construction or recognition of indigenous polities within Empires and the diplomatic relations with Indian polities cover a spectrum of sovereignties. This perspective means we need to reflect on the nature of these Indian polities, taking Indians’ ability to form well-ordered governments seriously, even if most often these were not fully ‘States.’ This perspective also means avoiding the inaccurate bias of ethnicization or racialization in describing both the plurality of types of indigenous governments, the often motley nature of their composition, and various forms of their relationships with the Empires. From the multiethnic villages of Algonquian refugees described in Middle Ground by Richard White, to the Indios de comunidad of the Spanish Andes, or from the Iroquois Six Nations to the Autonomous Republic of Tlaxcala, from the Mexican Apachería to the Comanche Empire of the Great Plains (Pekka Hamalainen 2009)—whether these polities had perfect sovereignty or not, and whether or not they were recognized by empires or republics, they should be identified as fundamental actors in the making of Empires, then Republics, and in transforming American space into politically constituted territories. Indian wars and rebellions and the negotiations that accompanied them, whether diplomatic or not, are one of the most interesting observation points for understanding these Indian sovereignties, from the point of view of both parties involved. As for the nineteenth century, which seemed to replay the tragic scenes of the Conquest, two processes also deserve closer analysis : first, the association of Indians with popular sovereigns in Latin America under some form of citizenship, with the mixed results that are all too familiar ; and second, absorbing the last, perfect indigenous sovereignties into the American Republics, in the United States, Argentina, and Chile, whether taking forms of a Jacksonian removal or wars that left no survivors.
The second theme deals with the reconstruction of indigenous history in the eighteenth century, which sought to support the pro-American position in the context of the New World controversy (Gerbi, Cañizares-Esguerra), and thus praised Indian sovereignties and laws of the past. The debate on the political capacities of indigenous people – whether "natural men," "noble savages," or stupid and lazy people who had been "degenerate" since the Conquest – was in the background of this controversy and was directly related to the integration of indigenous peoples through citizenship.
The third theme addresses the fact that European sovereignties, and the forms of Statehood that put those sovereignties into practice, were not disconnected from their American and African experiences due to long-distance overseas colonization and imperial governance. Sovereignty was constructed within a complex social, religious, philosophical, and political environment, in which the imperial and/or colonial dimension was an active part of the debates. While we must not reduce indigenous sovereignty to an essentialism without history, that same warning applies equally to European sovereignty, which did not arrive in Africa and America with Sovereignty as a neatly packed bag in the hold of their vessels. It is certain that European sovereignties came into being against indigenous sovereignty, entirely against them to be precise, and thus with indigenous sovereignties as well.

Submission guidelines
The conference will take place from the 24th to the 26th of March 2016. Paper proposals should be sent as a summary of 2 000 characters to the address colloquesouverainetes2016@gmail.com. These abstracts should specify which primary sources will be used for the case study, and must include a short author bio and bibliography. The deadline for proposals is May 1, 2015.

Applicants will be notified of the Scientific Committee’s decision at the end of June 2015. Proposals may be submitted in English, French or Spanish, which will be the languages of the conference. For accepted papers, lodging (four nights), and meals in Nantes will be paid for by the conference organizing committee for one author per paper.

Organizing Committee
Yann Lignereux, Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique.
Luis Mora Rodríguez, Universidad del Costa Rica, Institut d’Etudes Avancées de Nantes.
Grégory Wallerick, , Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique.
Clément Thibaud, , Université de Nantes, Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique.
Scientific Committee
Antonio de Almeida Mendes, Université de Nantes, CRHIA.
Nadine Béligand, Université Lyon II-LARHRA.
Capucine Boidin, Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, IHEAL.
Ângela Domingues, Universidade Nova de Lisboa, CHAM-Açores.
Marcela Echeverri, Yale University.
Eduardo França Paiva, Universidade Federal de Minas Gerais, CEPAMM.
Thomas Grillot, Centre Nationale de la Recherche Scientifique-EHESS (CENA).
Gilles Havard, Centre Nationale de la Recherche Scientifique-EHESS (CENA).
Michel Morin, Université de Montréal.
Isabelle Surun, Université Lille III Charles-de-Gaulle, IRHIS - Institut d’Etudes Avancées de Nantes.
Bertrand Van Ruymbeke, Université Paris VIII.