CFP : Les nations américaines et britanniques dans la photographie de paysage contemporaine

Journée d’études, 28 mars 2014

‘Les nations américaines et britanniques dans la photographie de paysage contemporaine’

Centre de Recherche sur les Identités Nationales et l’Interculturalité
(CRINI)
Faculté des Langues et Cultures Etrangères
Université de Nantes

Ce second événement s’inscrit dans une série de journées d’études
consacrées à la photographie et à l’identité nationale. Il mettra en
question la façon dont le paysage, tel qu’il est représenté par le biais
du medium photographique et de ses spécificités, peut participer à la
construction des identités nationales contemporaines américaines et
britanniques.

A la croisée des arts visuels, des études culturelles et géographiques, ou
de l’histoire de l’art, cet atelier interdisciplinaire montrera comment la
photographie travaille sur et avec le paysage, en l’utilisant comme toile
de fond, ou comme écran sur lequel l’histoire de la nation, ses rêves et
ses aspirations sont projetées. Pourquoi et comment certaines
photographies paysagères sont-elles si puissamment et exclusivement
associées à certaines nations, au point d’en devenir des métonymies ? Quel
rôle joue la photographie pour articuler, symboliser, renforcer ou
peut-être, à l’inverse, fragmenter la cohésion nationale ?

A travers les photographies, la nation est vue, mémorisée, imaginée,
située dans l’espace et dans le temps, rendant familière la notion parfois
abstraite de ‘nation’, lorsque les lieux prennent corps sous le regard.
Pour Ernest Renan, la nation est un héritage du passé aussi bien qu’un
projet pour l’avenir, une vision qui fait écho au postulat de Susan Sontag
sur le rôle de la photographie comme accès visuel à la connaissance du
passé, et moyen d’imaginer l’avenir.

Les fonctions de la photographie de paysage sont multiples : informer le
spectateur des spécificités de l’espace (géologiques, géographiques,
environnementales), de l’influence de l’espace sur les populations, du
rôle joué par un certain espace sur l’histoire nationale et la mémoire
collective. Le medium photographique peut aussi servir à enregistrer les
changements qui affectent le paysage, tout en éveillant une forme de
plaisir esthétique, à créer une cohésion nationale, tout en soulignant des
particularités paysagères.

Si de nombreux écrits reflètent la façon dont les nations se sont
appropriées le paysage tout en étant modelées par celui-ci au cours des
siècles précédents, peu d’études récentes montrent ce phénomène dans la
photographie contemporaine, qui témoigne parfois d’évolutions paysagères
notables.

Qu’elle soit américaine ou britannique, la photographie de paysage a été
grandement influencée par la peinture traditionnelle des 18e et 19e
siècles. Au Royaume-Uni, la vision romantique de la pastorale était une
alternative aux villes corrompues et surpeuplées. Les images de paysages
britanniques oscillaient entre la délicatesse du ‘Beau’, un ‘Sublime’
ténébreux (Burke) et d’agréables représentations paysagères ‘pittoresques’
(Gilpin). La photographie de paysage britannique aux 20e et 21e siècles
est toujours enracinée dans des images du passé, offrant un écho
nostalgique ou moqueur. Aux Etats-Unis, la photographie de paysage a pris
son essor au temps des explorations territoriales, dans le but de
contrôler visuellement le territoire (et ses habitants) en mesurant les
échelles et les proportions des contrées sauvages. Le transcendantalisme
s’est inspiré de décors intacts et sublimes (frontières ou parcs
nationaux). Le paysage américain était et est toujours empli des attentes
et des croyances relatives aux conventions de sa représentation et
projetées sur la scène du monde (sujettes aux changements historiques ou
culturellement spécifiques). Dans les années 30 et 40, les valeurs
conservatives ont défini la nature comme un refuge, loin des tourments
urbains. Des images datant des années 60 et 70 rappellent au spectateur
que les lieux iconiques américains ne sont pas tous majestueux mais
peuvent aussi être incarnés par de vastes étendues désolées : la
pollution, le réchauffement climatique, le développement industriel
suggèrent une redéfinition anti-romantique de la photographie de paysage.
Les Etats-Unis et l’Angleterre souffrent de la perte d’une Arcadie (rêvée)
mise à mal par les assauts du monde moderne.

Les propositions d’articles pourront se concentrer sur les nations
américaines ou britanniques mais aussi sur des idées convergentes
partagées par le traitement de la photographie de paysage dans les deux
nations.

Plusieurs directions peuvent être envisagées, et les pistes ci-dessous ne
sont en aucun cas exhaustives.

1) Photographie de paysage comme un acte militant, en se concentrant sur
l’impact (positif ou négatif) de l’homme sur le paysage et sur les
transactions entre le naturel et le politique (réchauffement climatique,
catastrophes naturelles, etc.)

2) Photographie de paysage comme témoignage de mutations
(urbaines/cityscape, etc.) liées à des questions socio-économiques
nationales, etc.

3) Photographie de voyage (flânerie, déambulation, itinérance, errance)

4) Support/medium de diffusion de la photographie de paysage (cartes
postales, magazines, galeries d’art) et impact sur la construction de
l’identité nationale

5) Répétition d’images, dissémination de l’identité nationale :
intergénéricité et filiation de la photographie de paysage qui puise dans
la peinture, la sculpture, etc. Croisements visuels, chevauchements qui
tissent l’identité nationale

6) Théories de la réception et effet de la photographie de paysage sur le
spectateur (sentiment d’appartenance/interculturalité, désorientation,
dé-paysement, etc.)

Les propositions seront constituées d’un résumé en anglais de 300 mots et
d’une courte note biographique à adresser à jane.bayly@univ-nantes.fr et
julie.morere@univ-nantes.fr avant le 15 décembre 2013.