CFP : "Le thème médiéval dans l’Amérique du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle"

Appel à communications :

Le thème médiéval dans l’Amérique du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle : fascination et répulsion
à l’Institut Catholique de Paris.

De la publication des romans de Sir Walter Scott (dont le succès en Amérique est immédiat) à l’entre-deux-guerres, le Moyen-Age occupe une place déterminante dans la construction de l’identité américaine, aux niveaux aussi bien politique que littéraire. L’Amérique récrit et réinvente le Moyen-Age, se l’approprie dans des textes en tout genre : fiction, poésie, essais, discours politiques et historiographie.

Nulle autre période de l’histoire européenne n’éveille cependant autant de tensions dans la pensée américaine que le Moyen-Age. Source d’inspiration et de fascination, il suscite aussi horreur et répulsion, faisant figure tantôt d’idéal, tantôt de contre-modèle. Tout en se nourrissant des débats européens, sa représentation est en effet porteuse d’enjeux esthétiques et politiques qui exacerbent les passions américaines.

Il représente ainsi pour certains auteurs comme Thomas Bulfinch une origine fondatrice et donc un enjeu de mémoire – non pas un passé étranger mais un ancrage historique que la jeune république revendique et voudrait se réapproprier. Comme en Europe, un mythe de l’âge d’or se construit ici autour du Moyen-Age, perçu comme l’enfance d’une Amérique moderne en quête de racines. Ce monde médiéval largement imaginé est investi de valeurs – esthétiques, spirituelles, morales, sociales et guerrières – dont le présent ne peut que déplorer la perte. Aux maux de l’Amérique moderne et technologique, le Moyen-Age offre un contre-point idéalisé. « This is no age to get cathedrals built », regrette James Russell Lowell (The Cathedral, 1870), tandis que Brooks Adams, suivant la vision du déclin de l’histoire qu’il présente dans The Law of Civilization and Decay (1895), oppose à la dégénérescence de la modernité matérialiste la force de la civilisation médiévale, règne de l’imagination, de la foi et du courage physique. Dans l’entre-deux-guerres, la désillusion de la « génération perdue » ne fait qu’accentuer la valorisation nostalgique de ce passé.

Mais le Moyen-Age a aussi ses détracteurs, certains très virulents, qui reprennent à leur compte la vision de celui-ci comme « trou noir de la civilisation occidentale » (Christian Amalvi), héritée des philosophes du 18ème siècle. En un 19ème siècle où la jeune nation cherche encore à se définir, la critique du Moyen-Age a des enjeux patriotiques et contribue par contraste à édifier l’idéal politique auquel l’Amérique veut s’identifier. « Let us live in America, too thankful for our want of feudal institutions », écrit Emerson. De manière caricaturale, d’autres auteurs en dénoncent la culture simultanément féodale, catholique, barbare et obscurantiste, contre-modèle d’une Amérique démocratique, protestante, civilisée et éclairée. La période médiévale (« meedyevil ») devient chez Twain (dont l’œuvre trahit pourtant une fascination esthétique inavouée pour cet âge honni) l’incarnation du mal absolu, véritable menace pour la nation américaine : les maux et les vices du Sud viendraient de son goût romantique pour le monde médiéval, pathologie inoculée par la lecture délétère des romans de Walter Scott (« the Sir Walter Disease »). En entretenant la culture « féodale » du Sud esclavagiste et en l’empêchant d’entrer dans la modernité, ce fléau aurait selon lui causé la Guerre de Sécession. Le rejet du Moyen-Age s’inscrit donc aussi dans une critique de l’histoire américaine.

Cette journée d’étude touchera aussi bien à la littérature qu’à la civilisation. Il s’agira d’articuler les enjeux politiques et esthétiques qui sous-tendent les représentations américaines du Moyen-Age entre le début du 19ème et le milieu du 20ème siècle. On s’intéressera tout particulièrement à l’appropriation par l’Amérique d’une mémoire européenne.

Les propositions de communication (de 150 à 300 mots), en anglais ou en français, devront être envoyées avant le 15 janvier 2015, accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, à l’adresse : delphine.louis@gmail.com.

Professeur invité : Christian Amalvi (professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paul Valéry - Montpellier III).

Organisation :
Delphine Louis-Dimitrov
Maître de Conférences en littérature américaine
Institut Catholique de Paris, Faculté des Lettres
Unité AREA (Axe de Recherche sur l’Europe et les Amériques)
du Pôle de Recherche "Langues, Cultures, Histoire et Education" de l’ICP.