CFP : "Le silence dans les arts visuels"

Le silence dans les arts visuels

vendredi 10 avril 2015

Besançon, Université de Franche-Comté

Laboratoire CRIT (EA 3224)

L’enjeu de cette journée d’études est d’interroger l’efficacité paradoxale du silence dans les arts visuels, qu’il soit inhérent au médium (peinture, photographie) ou utilisé comme procédé paradoxal (cinéma, vidéo).

Pour la peinture et la photographie, on cherchera à dépasser la seule idée du silence comme thème ou objet de représentation en explorant la façon dont le silence propre à ces deux médiums s’articule avec le silence, ou au contraire le bruit, représentés sur la toile ou dans le cliché. Selon quelles modalités s’opère le redoublement du silence dans le genre de la nature morte, par exemple, dans une scène de lecture, de contemplation, de sommeil, dans la représentation d’un intérieur vide ? Au contraire, comment un tableau ou une photographie donnent-ils à entendre la stridence d’un cri, l’intensité d’un son, qu’il soit dissonant ou mélodieux, le souffle d’une voix, le murmure d’un lieu ? En d’autres termes, comment le silence, ou la tension entre son et silence, prennent-ils forme dans l’image ? On pourra notamment s’interroger sur les moyens formels mobilisés (désaturation ou sur-saturation, épure ou surcharge, ombre ou surexposition), sur la manière dont un régime sensoriel est pris en charge par un autre, notamment par le biais de la synesthésie, ainsi que sur les valeurs esthétiques, culturelles, éthiques que porte le silence. De quels savoirs ou de quel non-savoir ce silence se fait-il le vecteur ? Comment penser le couple silence / son ou silence / voix sans l’enfermer dans le carcan d’une opposition binaire ?

De ces quelques pistes esquissées, se dessinent déjà différentes perspectives selon lesquelles l’éloquence du silence pictural ou photographique pourrait être explorée : éloquence figurale quand le silence se fait métaphore ou symptôme d’une disparition, d’un indicible, d’un irreprésentable ; éloquence historique, philosophique ou éthique quand le silence s’inscrit dans une réflexion sur le rapport de l’individu à la société, à son temps, ou à lui-même ; éloquence culturelle, notamment quand le silence contribue à mettre en question les représentations dominantes d’une époque et d’une culture.

La notion même de silence sera certainement à interroger : quelles limites ou quelles transactions avec d’autres notions connexes telles que le vide, le blanc, la réserve, le creux, le rien, le neutre ? Quelles mutations la notion et les valeurs qui lui sont associées ont-elles connu au fil des siècles ?

Si l’on ajoute à l’image la possibilité d’une bande-son, dans le cinéma et l’art vidéo, voici que la question du silence se décline autrement.

Elle peut s’envisager dans une perspective historique, en interrogeant les bouleversements techniques et esthétiques engendrés par le passage du muet au parlant. La question aura à être creusée, cependant, puisque ce cinéma « muet mais non silencieux » « bruissait d’un vacarme de sons sous-entendus » (Michel Chion) : le rapport entre image et intertitres, la présence de mécanismes de suggestion, voire les réflexions au croisement des arts sur la musicalité propre de l’image pourront donner matière à réflexion.

Dans les productions plus récentes, on pourra s’interroger sur le rôle du silence comme opération soustractive, donc nécessairement signifiante et intentionnelle. On sait que le « silence, on tourne ! » du tournage découpe dans le champ du réel un espace et un temps autres, outil de sélection permettant le retrait des bruits du monde, tout en refondant un nouveau monde fictionnel ; et que l’impossibilité du silence absolu rend souvent la prise de son directe impossible. Plus largement, on peut, au cinéma, opposer le silence relatif (absence de musique d’accompagnement, de bruitages ou absence de paroles) au silence absolu, utilisé comme instrument positif, efficace.

Comment le silence absolu a-t-il été utilisé, ponctuellement ou à l’échelle d’une œuvre entière ? Que se passe-t-il quand on n’entend rien, quand la bande-son est silencieuse ? Dans quelle mesure le dispositif de visionnage vient-il alors contredire ce silence recherché (on se souvient que le piano du cinéma des premiers temps visait à couvrir les bruits de la projection) ?

Sur le silence relatif, on pourra se demander, à partir des expériences récentes autour du mutisme au cinéma, et par-delà la volonté de résurrection nostalgique d’une époque, en quoi les œuvres, ponctuellement ou non, tentent de sortir de la logique « verbo-centrée » qui a dominé le cinéma narratif, en quoi ces expériences permettent de penser, par exemple, l’expressivité corporelle de l’acteur, comique ou tragique, d’une manière plus profonde. Dans quelle mesure la déliaison entre image et son peut-elle constituer un manifeste renouvelant le regard du spectateur sur une œuvre ?

Enfin, la question de la réception fera partie de nos pistes de réflexion, pour l’ensemble des arts visuels envisagés. Qu’est-ce que le silence face à l’œuvre dit de la relation qui se noue avec elle, de l’expérience intime ou de la communion dans une forme de rituel, de la mise à contribution — voire de la mise en danger — du spectateur ? Quels effets et quels affects ce face à face met-il en jeu ?

Dans un autre ordre d’idées, qu’en est-il de la parole critique qui vient poser des mots sur une œuvre silencieuse, qui la prend dans la gangue du langage, qui entreprend de la faire parler ou de la parler ? Dans quelle mesure le silence de l’œuvre place-t-il le discours critique face à ses limites, peut-être pour mieux l’amener à interroger la transaction infiniment problématique qui le lie à l’œuvre ?

Les propositions, en anglais ou en français, sont à envoyer jusqu’au 30 novembre 2014 à silence.artsvisuels@gmail.com

Titre (même provisoire) + texte de la proposition (600 mots maxi) + notice biographique

La réponse aux propositions sera envoyée d’ici mi-janvier 2015.

Organisation :
Adrienne Boutang, adrienne.boutang@univ-fcomte.fr

Nathalie Pavec, nathalie.pavec@univ-fcomte.fr