CFP : “Le scénario dans le cinéma anglophone : texte invisible, texte visible”

Dans une société où la soif d’en savoir toujours plus sur le tournage des films n’est jamais assouvie, où des DVD se vendent en fonction de leurs bonus et du « making of » qui y figure, il n’est pas étonnant que le scénario connaisse un regain d’intérêt dans les cercles académiques. Cet intérêt croissant se manifeste de diverses manières : par la publication de films à succès dans des séries telles que « Newmarket Shooting Scripts » ou chez des grandes maisons d’édition comme Faber&Faber, par le choix volontaire du lauréat du prix Nobel de littérature Harold Pinter d’inclure ses scénarios filmiques dans ses « Collected Works », par l’élaboration d’une nouvelle revue scientifique, The Journal of Screenwriting (premier numéro en 2010), par des documentaires sur le phénomène (Tales from the Script, 2010) et des œuvres de fiction prenant pour sujet le scénario (le film Adaptation (2002), scénario de Charlie Kaufman, réalisé par Spike Jonze, ou le roman Le Professeur de scénario (2009), de Luc Dellisse). Le scénario, on le voit bien, commence à être considéré comme objet d’étude à part entière, dépassant ainsi les simples manuels de pratique ou les mémoires anecdotiques qui dominaient le terrain jusqu’alors.

Ce n’est pas pour autant que l’étude du scénario est sans difficultés ; l’éditeur associé de The Journal of Screenwriting, Ian Macdonald, pose bien le problème de son statut ambigu : « [It has been considered] an awkward and peripheral subject […] sidelined because of its problematic relationship to the apparently more concrete final ‘text’ of the film. Considered as rough sketches or the ‘blueprint’, or as incomplète or transitional, who would not look at the screenplay in its various forms as somehow inferior ? » Dans cette journée d’étude, nous chercherons à mettre en valeur à la fois les complexités et la richesse du texte scénaristique, sans pour autant oublier sa nature problématique de texte qui ne se destine pas à la lecture, dont la fonction est certaine mais le statut flou.

Nous invitons des communications qui traite de sujets tels que

- La théorisation du scénario :

• La définition du terme « scénario » : s’agit-il de la simple retranscription du film final, du scénario final (le « shooting script » auquel fait allusion la série de Newmarket), ou bien de scénarios précédent (cf. le choix de Harold Pinter d’inclure son scénario original de The French Lieutenant’s Woman). Que penser, en effet, des scénarios jamais tournés, comme À la recherche du temps perdu de Pinter, ou partiellement tournés, tel la Lolita de Nabokov ?

• Dans quelle mesure le scénario, outil essentiel à la construction du film, met-il à nu les techniques narratives filmiques ou littéraires ? Quelles sont les spécificités narratives du scénario ?

• Est-il possible d’étudier un scénario sans étudier le film sur lequel il a débouché ?

• Faut-il étudier le scénario comme on étudie les manuscrits, dans un souci de généalogie textuelle, ou alors comme un texte-source, semblable aux adaptations filmiques ?

- Des études de cas qui permettent de mettre en lumière des éléments essentiels du rapport entre le scénario et son aboutissement filmique :

• Des exemples de la transposition ou non du visuel filmique dans le texte écrit du scénario.

• Des exemples de relations fructueuses ou au contraire difficiles entre scénariste et cinéaste et l’impact de ces relations sur le film.

• La relation entre scénario et texte-source dans le cas d’une adaptation d’un roman, d’un fait réel, etc.

• L’attribution des droits d’auteur à un ou plusieurs scénaristes suite aux nombreuses réécritures d’un scénario de départ.
Bien évidemment, cette liste n’est pas exhaustive.

Des propositions de 250 mots (accompagnées d’une biographie courte) doivent être envoyés à Shannon Wells-Lassagne et Isabelle Roblin avant le 30 juin 2011.