CFP : "La saillance et le discours sur le relief"

Call for Papers/ Appel à articles

Salience and Relief-Related Discourse
La saillance et le discours sur le relief

Revue de géographie alpine

Journal of Alpine Research

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La saillance est un terme d’origine latine emprunté à l’anglais ‘salience’. Il est utilisé par les linguistes et désigne d’une manière générale tout phénomène de mise en relief. C’est parce que la montagne est un relief naturel que nous souhaiterions ici rapprocher les deux disciplines de l’analyse du discours (et iconographique) et de la géographie alpine autour du concept de saillance.

Le regard porté sur l’Arc alpin a connu une grande évolution depuis la fin du XVIIIe siècle avec notamment les voyageurs venus de Grande Bretagne. Scientifiques, sportifs, artistes et gens de lettres s’y succèdent depuis plus de deux siècles. Le regard qu’ils ont porté sur les Alpes a grandement contribué à changer notre manière de regarder la montagne. Autrefois terrifiante, elle est devenue sous leur plume un lieu de beauté et de fascination (Bätzing et Rougier, Les Alpes : un foyer de civilisation au cœur de l’Europe, 2005). Elle accueille alors des publics de plus en plus variés dont la présence ou le passage dans les Alpes contribue à son tour à en faire évoluer la géographie physique, humaine, sociale, etc. Les géographes Bätzing et Rougier (2005) ont également montré le rôle du regard de l’étranger, celui dont l’environnement quotidien ne présente pas de relief aussi imposant que les Alpes. La nouveauté du paysage dans leur yeux se traduit dans leur discours par une mise en relief de traits que les alpins ne distinguent pas avec autant de surprise, ni de nouveauté.

Qu’elle émane de la nature même de l’objet dit saillant ; de la place de cet objet dans son environnement ou des caractéristiques intrinsèques du sujet qui en fait l’expérience (catégories de la saillance chez Landragin, 2011), la saillance est depuis quelques années un thème important dans la recherche en linguistique. Elle intéresse toutes les écoles de linguistique et a donné lieu à différentes publications : Landragin (2004, 2011), Haude, Montaut (2012), Inkova (2011), Boisseau (colloque de Strasbourg 2010 à paraître). L’objectif de ces travaux, qui explorent des langues vivantes différentes, est de préciser la définition de la saillance et de voir sous quelles formes elle se manifeste dans la langue et ce qu’elle peut apporter à l’analyse du discours. Enfin, Landragin propose d’étendre l’emploi de la notion de saillance aux autres disciplines auxquelles elle peut apporter un éclairage (voir son exemple de mise en parallèle de la saillance dans la photographie et le discours narratif, 2011).

Plus largement, le présent projet s’articule autour d’un questionnement sur la mise en discours du relief à travers des outils de la pragmatique. Cette mise en discours sera analysée du point de vue linguistique au sens large. Elle invite donc à produire des articles portant sur les formes et les structures inhérentes à une langue (et qui peuvent être communes à d’autres). Les approches pourront se faire notamment par la linguistique cognitive et/ou la linguistique énonciative. Les articles pourront également explorer l’aspect stylistique, c’est-à-dire explorer la mise en discours poétique du relief ou comment l’utilisation décalée ou récurrente de certaines formes linguistiques/discursives permet littéralement de percevoir un relief et « d’en faire une montagne ». Dans cette visée stylistique, il sera également intéressant d’examiner la mise en relation entre le sujet énonciateur et son discours sur le relief. Quel point de vue est adopté (focalisation en narratologie, modalité en linguistique) ? Enfin, seront les bienvenues les explorations de textes du point de vue de la rhétorique qui elle, analysera les formes esthétiques poétiques et la manière dont elles singularisent la mise en discours du relief.

Ces analyses viseront à mettre en relation l’analyse du discours en parallèle avec la définition de la montagne et, plus largement, du relief selon la perception de l’énonciateur laquelle sera mise dans la perspective de ce qu’il ou elle a l’habitude de voir dans son environnement. C’est précisément la raison pour laquelle les textes en langues étrangères sont particulièrement intéressants. Avec un toit de la Grande Bretagne à moins de 1 400m d’altitude (le Ben Nevis en Ecosse) on peut attendre de l’extranéité du regard du Britannique l’émergence de formes linguistiques et discursives qui exacerbent la distinction sans doute plus saillante des traits propres aux reliefs et aux dépressions. La créativité langagière sera aussi convoquée pour faire face au défi de dire ce que l’on n’a jamais vu et/ou qui ne fait pas encore partie d’un paysage linguistique donné. A titre d’exemple, on pourrait comparer les ressorts de la langue anglaise pour la mise en discours de la mer et du littoral avec ce dont elle dispose pour mettre la montagne en discours.

Plus tard, lorsque la montagne a été explorée, elle entre dans l’horizon d’attente de celui ou de celle qui va la découvrir. Le voyageur écrivain ou artiste, géographe, sociologue ou anthropologue va y chercher ce qu’il en connait déjà et qui l’y a attiré (les textes de Ruskin sont très intéressants dans ce domaine).

La géographie physique s’intéresse depuis longtemps aux phénomènes liés à la saillance (sans employer le mot saillance) ; la géomorphologie a même fait des phénomènes qui lui sont liés (orogénèse, érosion…) son objet d’étude principal (Le Cœur, 1996). En géographie humaine, la saillance a été diversement appréciée ; longtemps vue comme un fait sous l’angle de la contrainte comme de l’opportunité (Géneau de Lamarlière et Staszak, 2000), elle est en géographie culturelle plutôt abordée sous l’angle de la construction : porteuse de valeurs, d’imaginaire et de pratique, la langue contribue à construire les représentations de la réalité (Debarbieux, 2007) et à faire de la montagne un objet individualisé (Debarbieux et Rudaz, 2010). En outre, Raffestin (1995) a fait du lien langue/territoire le fondement épistémologique d’une géographie.

Thèmes proposés (non exhaustifs)
Nous proposons ici d’explorer les représentations des Alpes et des autres massifs montagneux dans le discours sous toutes ses formes écrites depuis la fin du dix-huitième siècle à nos jours.

Il s’agira d’analyser la représentation de la montagne aussi bien dans les récits de voyage que dans les œuvres de fiction issues de tous les genres littéraires ou encore des textes issus de la presse (guides de voyages, revues sur la montagne, etc.), les manuels de géographie. Les manuels scolaires et les revues spécialisées pourront notamment être comparés avec leurs équivalents dans d’autres langues.
Au-delà de l’anglistique, ces recherches pourront s’appuyer également sur des textes issus d’autres langues étrangères et des textes en français. Comment la notion de saillance en linguistique peut-elle se rapprocher du discours sur le relief ? Comment les éléments discursifs intrinsèquement saillants (marqueurs linguistiques, formes rhétoriques…) contribuent-ils à construire le discours sur la montagne et à le singulariser ? Dans quelle mesure le sujet qui prend le discours à sa charge redéfinit-il la saillance dans sa perception et dans sa représentation de la montagne ?
On pourra également comparer le discours sur un même lieu par des auteurs différents.

Du discours comme mode de représentation, on pourra aller vers les représentations iconographiques avec là encore, sans doute des méthodes différentes pour faire une montagne d’un élément spatial.
Comment l’artiste gère-t-il l’emploi des canons ? A-t-il besoin de s’en défaire quand il représente les reliefs ? Pourquoi et comment procède-t-il ? Quelles nouvelles méthodes emploie-t-il ? Bref, en quoi la montagne catalyse-t-elle la créativité au sens structurel ?

Calendrier
Les propositions d’articles d’environ 500 mots sont à envoyer pour le 30 mai 2015 accompagnées du nom, prénom, laboratoire de rattachement de l’auteur. Une réponse sera renvoyée dans les meilleurs délais.

Les propositions d’articles sont à envoyer à Samia Ounoughi (Etudes anglophones AMU LERMA EA 853, Université Pierre-Mendès-France Grenoble 2) et Sylvie Duvillard (Université Pierre-Mendès-France, CNRS PACTE-CNRS UMR5194 )

samia.ounoughi@upmf-grenoble.fr

sylvie.duvillard@upmf-grenoble.fr

Les articles définitifs seront à fournir pour octobre 2015 en deux versions : d’une part dans l’une des langues alpines (français, italien, allemand) ou en espagnol ; d’autre part en anglais.

La publication est prévue pour juin 2016.

Call for papers Journal of Alpine Geography
Salience and Relief-Related Discourse

Salience is a term of Latin origin and has recently been adapted to French “saillance” in the field of linguistics where it generally refers to any phenomenon of emphasis. It is precisely because the mountains are by nature salient objects of geography that we would like to bring closer the two disciplines of discourse analysis (and picture analysis) and Alpine geography through the concept of salience.

The perception of the Alpine Arch has undergone a great evolution since the end of the 18th century, especially thanks to travellers visiting from Britain. Scientists, sportspeople, artists and writers have in turn visited the Alps for more than two centuries. The way they have looked upon the Alps has greatly contributed to change the way we look at the mountains. Under their quill, the once terrifying mountains were to become a place of beauty and awe (Bätzing and Rougier, Les Alpes : un foyer de civilisation au cœur de l’Europe : 2005). Mountains thenceforth began to host more and more diverse visitors whose stay or passage in the Alps contributed in their turn to change their physical, human or social geography, among other aspects. Geographers Bätzing and Rougier (2005) have also highlighted the role played by the perception of foreigners whose daily environment does not display such imposing geographical relief as the Alps. The novelty of this range of landscapes in their eyes is transcribed in their discourse by bringing into relief traits which Alpine peoples no longer notice with such surprise or novelty.

Whether it issues from the very nature of the object referred to as salient ; from the place of this object in its environment or from the inherent characteristics of the subject who experiences it (cf. : the categories of salience, Landragin : 2011), salience has become an important theme of research in linguistics. Various schools of linguistics have already issued publications on salience (Landragin : 2004, 2011, Haude, Montaut : 2012, Inkova : 2011, Boisseau : symposium in Strasburg in 2010 : to be published). The aim of these works which explore various languages is to issue a more precise definition of salience and to point out the forms salience may take in language. Eventually this will help precise what this concept can bring to discourse analysis. Finally, Landragin suggests extending the use of the notion to other disciplines to which it can bring a new insight (cf. Landragin’s parallel between salience in photography and in narrative discourse : 2011).

This project more largely revolves around a questioning of how relief is framed in discourse through tools of pragmatics. Discourse construction will be analysed from the point of view of linguistics in its broadest sense. Authors are thus invited to produce articles on the forms and structures inherent to a language (certain structures may be common to different languages). Texts can be approached through cognitive linguistics and/or enunciation linguistics. Authors may also explore the stylistic aspect of relief in texts, that is to say, the framing of poetic discourse or the uncommon use of certain recurrent linguistic/discursive forms that literally “throw the perceived object into relief” and make a mountain out of it. In this stylistics perspective, it will also be interesting to examine how the relation between the enunciator and their speech on relief is constructed. Which viewpoint is adopted (narrative focus in narratology / modality in linguistics) ? Finally, we will welcome articles delving into rhetoric to find out how esthetic and poetic forms single out the shaping of discourse on relief.

Authors of these analyses will seek to bring the relation between discourse analysis and the definition of the mountains to the forefront and, more largely, of relief according to the enunciator’s perception which will be put in the perspective of what they are used to seeing in their environment. This is precisely why texts in foreign languages are particularly interesting. The roof of Great Britain (Ben Nevis in Scotland) being 1344m high, one can expect from the alienage of the British traveller’s perception the emergence of linguistic and discursive forms that undoubtedly heighten to a higher degree the distinction of traits proper to reliefs and depressions. Language creativity will also be requested to face the challenge of putting into words what one has never seen or that is not yet part of a given linguistic landscape. For example, one could compare the means English has to put the sea and the seashore into words with what English has to put the mountains into words.

Later on, once the mountain has been explored, it partakes of the horizon of expectations of the traveller seeking to discover it. The travel writer or the artist, the geographer, the sociologist or the anthropologist goes to the mountains in quest of what they already know of them and what attracted them there (Ruskin’s texts are very interesting in this respect).

Salience-related phenomena have long interested specialists of physical geography, (the word “saillance” is not used by geomorphologists in French) ; these phenomena have even become the core object of study in geomorphology (Le Cœur : 1996). In human geography, salience has been approached in various ways. For years, it has been seen as a fact observed from the point of view of both constraint and opportunity (Géneau de Lamarlière and Staszak 2000). In cultural geography, salience is rather approached from the point of view of construction. Indeed, in so far as it conveys values, stirs the imagination and enhances practice, language contributes to the construction of our representations of reality (Debarbieux 2007) and thus contributes to the construction of the mountain as an individualized object (Debarbieux and Rudaz 2010). Moreover, Raffestin (1995) based the epistemology of a branch of geography on the grounds of language/territory links.

Proposed themes (not exhaustive)
We here propose to explore the representation of the Alps and of other massifs in texts of all natures from the end of the 18th century to the present day.

Seeking to analyse the representation of the mountain, authors may choose from travel narratives or works of fictions of all genres or even press articles (guides, mountain journals, etc.), geography schoolbooks. School textbooks and specialised journals could for instance be compared with their counterparts in other languages.
Beyond English studies, the analyses of texts in any language other than French and English are welcome. How can the notion of salience in linguistics be put in relation with relief related discourse ? How can intrinsically salient elements of discourse (linguistic marks, rhetorical forms…) contribute to the construction of the discourse on the mountain and how do they single it out ? To what degree does the subject who takes charge of their speech redefine salience in their perception and representation of the mountain ?
Authors may also compare speeches about the same place produced by different authors.

Beyond discourse as a mode of representation, authors may produce articles on iconographical representations of the mountain in which different methods to make a mountain out of a spatial object can be expected.
How does the artist manage the use of canons ? Do they need to diverge from them when they picture relief ? Why and how do they proceed ? What new methods do they use ? In short, how does the mountain spur creativity in the structural sense of the term ?

Schedule
Deadline for proposals (500 words) : April 30th 2015. Please include the following details : Surname, name, status, research group. Authors will get feedback as soon as possible. Proposals should be sent to : Samia Ounoughi (Anglophone studies AMU LERMA EA 853, UPMF Grenoble 2) and Sylvie Duvillard (UPMF, CNRS PACTE-CNRS UMR5194 )

samia.ounoughi@upmf-grenoble.fr

sylvie.duvillard@upmf-grenoble.fr

Final articles are expected in October 2015 in two versions : one is published in one of the Alpine languages (French, Italian, or German) or in Spanish ; and the other version is published in English.

The issue will be published around June 2016.