CFP : "La nostalgie au cinéma"

Appel à communications

LA NOSTALGIE AU CINEMA

COLLOQUE INTERNATIONAL DU 3L.AM
les 13 et 14 octobre 2016
à l’UNIVERSITE D’ANGERS

Si bien des choses ne sont plus comme avant, tandis que d’autres encore sont en
passe d’être récupérées pour devenir rétro, kitsch ou ’vintage’, la vague nostalgique, cette récupération authentique de l’ancien, semble aujourd’hui prendre toujours plus d’ampleur. Ainsi que le souligne Jean-Pierre Keller dans La nostalgie des avant-gardes (1991), "du retour au vélo à la remise en vigueur de prénoms vieillis, de l’accouchement à domicile aux confitures que l’on fait soi-même, on n’en finirait pas de recenser les mille et un comportements quotidiens qui, consciemment ou non, ont été exhumés du proche passé". La nostalgie s’apparente à une révolte douce contre la force du temps. La nostalgie devient l’expression d’une résistance et d’une volonté de ne pas se soumettre à l’oubli et à l’irréversibilité du temps.

Construit à partir du grec ’nostos’, le retour, et ’algos’, la douleur, la nostalgie a d’abord désigné un état pathologique dont André Bolzinger s’est fait l’historien dans Histoire de la nostalgie (2007). La nostalgie, ce tourment de l’âme et du corps qui entraînait la mort de ceux que ’le mal du pays’ rendait léthargiques, est entrée dans la nosographie médicale. Le ’Heimweh’ des expatriés, des émigrés, a ensuite gagné les champs littéraires et philosophiques. Avec Kant, le mal du pays s’est révélé être une nostalgie pour le temps de la jeunesse. Ce ne sont pas tant les lieux qui sont regrettés qu’un moment idéalisé du passé.

Passant du concept de la ’conscience malheureuse’ de Hegel à la perte du sentiment
de ’l’unité magique’ du monde (Novalis), les romantiques allemands ont donné libre cours à la Sehnsucht, à ces instants de jouissance que le sujet n’a de cesse de retrouver. L’éclairage psychanalytique permet ainsi d’articuler la nostalgie à la perte et à ses tentatives multiformes pour récupérer ce temps à jamais révolu.

Le cinéma étant un art du temps et de l’espace, un art de la mémoire ainsi qu’une
réflexion sur l’écriture filmique et interfilmique, nous sollicitons des communications qui portent sur le rôle, la fonction, la nature et la mise en scène de la nostalgie, que ce soit à partir de l’analyse de films individuels ou dans une perspective plus large.

S’il est possible de s’interroger sur la place, parmi les catégories génériques, de ce que certains théoriciens de cinéma appellent "films de nostalgie" ("nostalgia films" ou "nostalgic memory films", Pam Cook, Screening the Past : Memory and Nostalgia in Cinema), on pourrait également se focaliser sur des époques historiques spécifiques qui, plus que d’autres, semblent se prêter à la "nostalgisation" au cinéma (la "Belle Epoque", les années 1920, les "fifties", etc.).

Outre problématiser le rapport à la mémoire et au temps, ces films favorisent certains topoï, lieux refuges réels et/ou imaginaires, y compris chez des cinéastes contemporains. Par ailleurs, ce curieux "mal du retour", individuel ou collectif, se manifeste généralement de manière variable d’un pays et d’un contexte historico-culturel à un autre. Surtout, lorsque, impulsé par le désir de retrouvailles avec un être perdu ou avec un "âge d’or" révolu, le scénario permet la mise en valeur d’ères inscrites sous des étiquettes telles que "coloniale", "victorienne" ou "pastorale". Néanmoins, le regard porté sur certaines périodes de l’histoire n’est parfois nostalgique qu’en apparence, soit parce qu’il s’agit d’un retour sur soi, soit parce
qu’il traduit une vision critique du passé, ce qui est le cas de la majorité des grandes œuvres ’historiques’, comme ce monument cinématographique Heimat du réalisateur Edgar Reitz.

En examinant cet ensemble, finalement assez hétéroclite de films, on pourrait tenter
de cerner comment la nostalgie se distingue du simple sentimentalisme, perçu souvent comme négatif. S’agirait-il d’une forme d’escapisme pour laquelle cinéma, avec sa capacité à utiliser mots, sons et images (animées et fixes), fournirait le meilleur moyen d’expression, car associant le verbal au non-verbal, comme la musique, si importante pour la création d’atmosphères ou effets nostalgiques au cinéma ? Et sur quels autres procédés de filmage et de montage s’appuient les cinéastes d’aujourd’hui, tentés par la nostalgie, parfois seulement ponctuellement, ou bien avec ironie et parodie, en laissant ainsi plus de place aux jeux métafilmiques et aux croisements génériques. Un peu comme s’il fallait, malgré tout, résister à cet étrange mélange d’algos et de nostos, comme l’exhorte le projectionniste dans Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore, 1988), un film pourtant débordant de nostalgie.

Etant donné que le 3L.AM est un centre de recherches interlangues, toutes les aires
géographiques sont concernées. De préférence, les communications seront en français. Une sélection des communications donnera lieu à une publication des actes du colloque.

Comité d’organisation :
Dominique Dubois, Christophe Dumas, Erich Fisbach, Marie-Annick Montout, Manuelle Peloille, Jacques Sohier, Taïna Tuhkunen, Joëlle Vinciguerra.

Nous vous remercions de bien vouloir envoyer vos propositions (200 à 250 mots) ainsi qu’un court CV mentionnant l’institution, la fonction, l’adresse email avant le 15 janvier 2016 à : nostalgie-cinema@listes.univ-angers.fr.

Comité scientifique :
Valérie Carre (Université de Strasbourg), Marc Cerisuelo (Université Paris Est, Marne-la-Vallée), Dominique Dubois (Université d’Angers), Christophe Dumas (Université d’Angers), Erich Fisbach (Université d’Angers), François Genton (Université Stendhal, Grenoble), Isabelle Le Corff (Université de Bretagne Occidentale), Delphine Letort (Université du Maine), Gilles Menegaldo (Université de Poitiers), Marie-Annick Montout (Université d’Angers), Manuelle Peloille (Université d’Angers), Jacques Sohier (Université d’Angers), Pascal Thibaudeau (Université Paris 8, VincennesSaint-Denis),
Taïna Tuhkunen (Université d’Angers), Emmanuel Vincenot (Université Paris Est,
Marne-la-Vallée).

Bibliographie indicative :
• A. Bolzinger, Histoire de la nostalgie, Paris, Editions Campagne Première, 2007.
• S. Boym, The Future of Nostalgia, New York, Basic Books, 2001.
• B. Cassin, La Nostalgie, Paris, Autrement, 2013.
• P. Cook, Screening the Past, Memory and Nostalgia in Cinema, New York, Routledge, 2005.
• F. Davis, Yearning for Yesterday, New York, The Free Press, 1979.
• M. Dwyer, Back to the Fifties : Nostalgia, Hollywood Film, and Popular Music of the Seventies and Eighties, Oxford University Press, 2015.
• S. Freud, ’Deuil et mélancolie’ (1917), Paris, Payot, 2011.
• N. Hodgin, Screening the East : Heimat, Memory and Nostalgia in German Film since 1989, New York and Oxford, Berghahn Books, 2013.
• V. Jankélévitch, L’Irréversible et la nostalgie, Paris, Flammarion, 1974.
• J.-P. Keller, La Nostalgie des avant-gardes, Lausanne, Editons de l’Aube, 1991.
• E. R. Kosmidou, European Civil War Films : Memory, Conflict, and Nostalgia, Routledge, 2012.
• C. Lee, ed., Violating Time : History, Memory, and Nostalgia in Cinema, New York and London, Continuum Books, 2008.
• A. Ludewig, Bielefeld, Verlag, Screening Nostalgia : 100 Years of German Heimat Film, 2011.
• J. Sperb, Flickers of Film : Nostalgia in the Time of Digital Cinema, Rutgers University Press, 2015.
• R. Spindler, Recent Westerns : Deconstruction and Nostalgia in Contemporary Western Film, Tectum Verlag, 2008.
• J. Starobinski, L’Encre de la mélancolie, Paris, Seuil, 2012.