CFP : "La diplomatie publique américaine au Moyen-Orient"

Appel à contributions

La diplomatie publique américaine au Moyen-Orient
American public diplomacy in the Middle East

Le paradigme de la pyramide inversée ? Genèse, institutions, stratégies et réception

The paradigm of the inverted pyramid ? Genesis, institutions, strategies and reception

RÉSUMÉ

Politique Américaine, la revue de référence en langue française consacrée à la vie politique interne et aux stratégies internationales des États-Unis, lance un appel à contribution pour son nouveau numéro thématique : « La diplomatie publique américaine au Moyen-Orient : le paradigme de la pyramide inversée ? Genèse, institutions, stratégies et réception ». La diplomatie publique est envisagée comme toute pratique diplomatique visant à agir directement ou indirectement sur les sociétés civiles et non plus sur les seuls gouvernements. Autrement dit, il s’agit de l’ensemble des efforts de « séduction » qu’un État déploie vis-à-vis des opinions publiques d’un autre État ou d’une région. L’importance récente prise par ce concept, souligne la nécessité pour les principaux acteurs de la vie internationale d’entretenir un dialogue à plusieurs niveaux avec les sociétés civiles étrangères afin d’anticiper les évolutions politiques et sociales initiées par d’autres acteurs que les États.

Argumentaire
Pendant une conférence organisée le 21 juin 2011 par le Council on Foreign Relations, Judith A. McHale, responsable de la diplomatie publique américaine entre 2009 et 2011 a commenté les implications des révolutions arabes pour la diplomatie des États-Unis au Moyen-Orient en affirmant : « In a world where power and influence truly belongs to the many, we must engage with more people in more places, That is the essential truth of public diplomacy in the Internet age ». Judith A. McHale a également utilisé la métaphore de la « pyramide inversée » (inverted pyramid) pour signifier la nécessité de tenir compte, depuis les révolutions arabes, des opinions publiques dans la formulation de la politique étrangère américaine envers le Moyen-Orient. En effet, si auparavant, le sommet de la pyramide (le chef de l’État) importait le plus dans la mesure où le choix des dirigeants n’était pas soumis à la volonté populaire, il est désormais impératif pour l’administration américaine de s’intéresser à la base de la pyramide (les citoyens). Dans cette perspective, la conjugaison des effets de la double révolution politique et numérique à l’œuvre au Moyen-Orient est susceptible de transformer à terme et en profondeur, du moins la conception et peut être également la pratique, de la diplomatie américaine dans cette région.

Prenant ses distances avec une conception de la diplomatie purement stato-centrée qui valorise le secret et les rapports de forces intergouvernementaux, le concept de Public Diplomacy, fait de la diplomatie un exercice public renouant ainsi avec la tradition libérale wilsonienne de la diplomatie ouverte. Le terme Public Diplomacy a été forgé par Edmund Gullion, un ancien diplomate américain en 1965. Assimilé dans un premier temps à une forme élaborée de propagande politique, la légitimité du concept a été longtemps contestée, mais il est désormais considéré comme une nouvelle forme de la pratique diplomatique. L’intérêt pour ses méthodes se précise aussi bien aux États-Unis qu’ailleurs ; plus de 20 rapports ont été rendus publics entre 2008 et 2010 pour mettre l’accent sur l’importance de la diplomatie publique dans la défense des positions américaine dans le monde. Dans la majorité de ces rapports, le Moyen-Orient occupe une place de choix.

Il ressort de la littérature scientifique et des rapports rédigés récemment que la diplomatie publique américaine est censée remplir plusieurs fonctions. Tout d’abord, elle permet une diffusion ouverte des informations sur les positions officielles des États-Unis auprès des sociétés, soit par la diffusion d’écrits, soit par l’utilisation d’internet. Ensuite, les responsables de la diplomatie publique sont censés entretenir régulièrement les médias de ses positions, notamment les correspondants de la presse étrangère auprès des structures centrales des ministères des Affaires étrangères. Parallèlement, les circuits de la diplomatie publique favorisent l’échange avec des publics larges, soit par l’organisation de débats d’idées soit en utilisant les ressources des nouvelles technologies que constituent les blogs et les réseaux sociaux. Enfin, elle permet de développer une politique d’échanges culturels – incluant l’éducation, les activités artistiques et le sport, soit par la voie directe du gouvernement, soit en déléguant à des agences spécialisées subventionnées par le gouvernement américain.

Ce numéro de la revue Politique Américaine est une tentative de décrire, au moins partiellement, le redéploiement de l’action extérieure américaine au Moyen-Orient, entendu dans son acception américaine qui va du Maroc au Pakistan, et en particulier en direction des opinions publiques arabes en tant que diplomatie numérique et diplomatie populaire.

Nous faisons donc un appel à contribution autour des thématiques suivantes

La formation historique et l’évolution de l’image des États-Unis au Moyen-Orient.
Genèse et fondements de « l’antiaméricanisme » au Moyen-Orient.
la révolution numérique au service de la diplomatie publique américaine au Moyen-Orient.
Diplomatie publique, échanges culturels et universitaires.
La stratégie audiovisuelle américaine envers le Moyen-Orient.
Le débat autour de la participation de la diplomatie publique américaine aux révolutions arabes.
Diplomatie publique américaine et révolutions arabes, réactions et réajustements.
Diplomatie publique et intérêts économiques américains au Moyen-Orient.
Peut-on parler d’une politique religieuse des États-Unis au Moyen-Orient (notamment envers les minorités y compris les chiites) ?
Les révélations de Wikileaks à propos des actions spécifiques des États-Unis envers des groupes ou communautés.
Analyse de la réception locale de la diplomatie publique américaine.
Diplomatie publique américaine au Moyen-Orient : le défi de l’évaluation.
Nous restons, bien entendu, ouverts à toutes les propositions qui s’inscrivent dans le cadre de la thématique.

Bibliographie

Committee on International Relations - House of Representatives, The Role of Public Diplomacy in Support of the Anti-Terrorism Campaign, Serial No. 107–47, octobre 2001.

Nicholas J. Cull, « Public Diplomacy : Taxonomiesand Histories », The ANNALS of the American Academy of Political and Social Science, vol. 616, n° 1, 2008, p. 31-54.

Mohammed El Oifi, « Que reste-t-il de « l’esprit du Caire » ?. La réception du discours d’Obama par les opinions publiques dans le monde arabe », Politique américaine 3/2010 (N° 18), p. 37-55.

Kathy R. Fitzpatrick, « Advancing the New Public Diplomacy : A Public Relations Perspective », Hague Journal of Diplomacy, vol 2, n° 3, octobre 2007.

David Knox, Measuring the Impact of Public Diplomacy : Can It Be Done ?, Engagement : Public Diplomacy in a GlobalizedvWorld, Foreign and Commonwealth Office, 2008.

Wilton Park, « The Future of Public Diplomacy », Report on the Wilton Park Conference, WP 842, 1-3, 2007.

J Melissen (ed), The New Public Diplomacy : Soft Power in International Relations, Palgrave Macmillan, 2007.

Joseph S. Nye Jr, The Paradox of American Power. Why the World’s Only Superpower Can’t Go It Alone, Oxford University Press, Oxford, 2002.

Procédure de soumission

Les propositions (titre de la contribution et résumé́ de dix à vingt lignes) sont à envoyer avant le 30 novembre 2015 à m.eloifi@gmail.com / mohammed.eloifi@sciencespo.fr et fdechantal@univ-paris-diderot.fr

Elles seront soumises au comité́ de rédaction, qui évaluera l’adéquation entre l’appel à contribution et les propositions envoyées.
Les contributions définitives seront à remettre avant le 30 juin 2016. Elles seront alors anonymement soumises à la double expertise de membres du comité́ scientifique de la revue, pour une publication en décembre 2016.
Les textes pourront être rédigés en langue française ou anglaise. Les articles ne dépasseront pas les 50000 signes, notes et bibliographie incluses. Ils devront suivre impérativement les normes éditoriales de La Revue Politique américaine (document de « consignes aux auteurs » en ligne http://www.editionsharmattan.fr/_uploads/complements/Principes%20de%20soumission%20des%20articles.pdf

Coordinateur du numéro
Ce numéro de la revue Politique Américaine est coordonné par Mohammed El Oifi, spécialiste des medias et des opinions publiques au Moyen-Orient, enseignant à l’université Sorbonne nouvelle, Paris III et l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

Présentation de la revue Politique Américaine
Directeur de la publication
Mme Alexandra de Hoop Scheffer - directrice du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States.
M. François Vergniolle de Chantal - professeur de civilisation américaine à l’Université Paris Diderot.
Comité de rédaction
Daniel Béland - professeur de sociologie à l’Université de la Saskatchewan (Saskatoon, Canada).
Anne-Lorraine Bujon de l’Estang - responsable de programme au sein de l’IHEJ (Institut des Hautes Etudes sur la Justice).
Frédérick Douzet - professeur de géographie à l’Institut Français de Géopolitique (IFG) de l’Université Paris 8.
Denis Lacorne - Directeur de Recherches FNSP au CERI (Centre d’Etudes des Relations Internationales).
Alix Meyer - maître de conférences, Université de Bourgogne.
Vincent Michelot - professeur de science politique à l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Lyon.
Julien Zarifian - maître de conférences en civilisation américaine à l’Université de Cergy Pontoise

Lieux
Université Paris Diderot-Paris 7
5 Rue Thomas Mann, 75013 Paris

Date de publication
Décembre 2016