CFP : "L’image déplacée"

Journée d’étude : l’image déplacée
12 juin 2015 – Bordeaux

L’image vue, l’image appréciée s’inscrit dans un lieu, que celui-ci soit physique ou numérique. Dans la continuité des deux journées d’études organisées autour de l’intericonicité et de la circulation des images par le laboratoire Emma en 2012 et 2013, cette journée d’étude organisée par le groupe de recherche EVA du laboratoire CLIMAS (http://climas.u-bordeaux3.fr/index.php/le-laboratoire/eva) se propose d’étudier ce qui se produit lorsque l’on soustrait une image à un lieu pour la déplacer dans un autre, afin d’aller cette fois au-delà de la simple relation intertextuelle telle que définie par Mieke Bal (intervention de l’artiste sur l’image source, sens des motifs empruntés, recomposition du texte d’origine). Comment ce déplacement se produit-il, qu’advient-il de l’image, de sa réception ? Le lieu premier existe-t-il encore à l’état de trace ou bien est-il possible de l’effacer entièrement ? Le lieu se confond-t-il avec le cadre (“frame”) tel qu’a pu le définir Jonathan Culler, correspond-il au parergon derridien, ou encore à la notion plus classique de contexte de réception ? Dans une approche transmédiale, le déplacement d’une forme à une autre s’apparente-t-il toujours à un changement de lieu ?

Un des versants de cette question est bien entendu celui des institutions de présentation de l’image - l’urinoir de Duchamp restant l’exemple le plus frappant des propriétés transformatives d’un lieu - mais elle concerne également les supports physiques et les dispositions concrètes à l’intérieur de ces institutions. Une étude des dispositifs muséaux, dans la lignée des travaux de Mihaly Csikszentmihalyi sur la rencontre esthétique, ou encore des magazines ou des livres d’art pourrait ainsi venir éclairer la question. Le web 2.0 et l’émergence de l’amateur semblent également avoir ouvert de nouveaux espaces de légitimité, en offrant aux productions “hors-champ” l’opportunité d’avoir une distribution rivalisant avec celle des industries culturelles. Une plateforme comme Youtube constitue un tel lieu, codé (balises), personnalisable, organisé par une algorithmique complexe, qui suscite pour l’image vidéo des comportements ou des affiliations génériques inédites.

Le déplacement d’images seules, ou en séquences, dans des formes visuelles narratives, fixes ou en mouvement - le récit comme lieu - ouvre également des champs d’étude pertinents, en s’articulant à la question de l’image au second degré genettienne (citation, pastiche, parodie), et des éventuels transferts de légitimité associés à ces mécanismes. Citons comme exemples de cas concrets le dialogue instauré avec la peinture par Peter Greenaway dans ses films, le travail paradoxal effectué dans La jeune fille à la perle (dir. P. Webber, 2003) pour historiciser et réinventer une image existante, ou encore l’intégration dans la diégèse du comic book Preacher (G. Ennis, S. Dilllon, n°43, nov. 1998) du Christina’s World d’Andrew Wyeth, qui extrapole un environnement à partir des indices épars contenus dans le tableau. Dans tous ces cas, la re-localisation impose un aménagement du lieu de destination, un rapport intericonique plus ou moins appuyé entre hypotexte/”hypoimage” et hypertexte/”hyperimage” et finalement une re-présentation de l’image dans un nouveau contexte de production et/ou de réception.

Les propositions de communication en français ou en anglais sont à envoyer avant le 5 avril à nicolas.labarre@u-bordeaux-montaigne.fr et à helena.lamouliatte-schmitt@u-bordeaux.fr