CFP : L’exploitation du cinéma d’exploitation

L’exploitation du cinéma d’exploitation

Ce numéro de Transatlantica (http://transatlantica.revues.org/) s’intéressera à l’une des marges de l’industrie hollywoodienne : le cinéma d’exploitation. Bien qu’on l’associe souvent aux années 1960 et 1970, celui-ci existait déjà dès les années 1920 aux États-Unis. Selon les historiens du cinéma, l’application du code Hays en 1934 a ouvert une brèche pour les producteurs indépendants qui ont alors pu produire des films abordant des sujets tabous. Dès ses débuts, le cinéma d’exploitation a donc exploité des contenus scabreux afin d’exploiter des publics précis. Rien d’étonnant à ce qu’il se soit spécialisé dans des films de genre visant généralement un public jeune, tels que différents sous-genres du films d’horreur (les films gore de Herschell Gordon Lewis, les rape-revenge et slasher des années 1970-1980), la science-fiction, le cinéma érotique (les films de Russ Meyer), les films de voitures et de motards, les films de catch ou d’arts martiaux, les women in prison films, et le cycle de films blaxploitation des années 1970. En présentant un contenu souvent transgressif, le cinéma d’exploitation a aussi joué un rôle politique assez controversé puisqu’il montrait ce que le cinéma hollywoodien refoulait.

Ce numéro sera ainsi l’occasion d’examiner les différentes modes d’exploitation qui participent du cinéma d’exploitation et de mettre en avant la façon dont ils interagissent :

(1) les stratégies économiques du cinéma d’exploitation et la manière dont il cible des communautés précises ;

(2) l’exploitation des récits, structures, figures et motifs de genres (certains films ont été imaginés à partir d’un titre et/ou d’une affiche) ;

(3) l’exploitation de stéréotypes (raciaux, sexuels, ethniques, sociaux, etc.) au niveau diégétique ;

(4) le recyclage ou l’exploitation du cinéma d’exploitation par l’industrie hollywoodienne contemporaine, à travers la prolifération de remakes à gros budget ou dans des films mis en scène par des afro-américains ou des cinéastes comme Robert Rodriguez et Quentin Tarantino.

Les articles devront mettre en avant les contradictions et les conflits d’intérêt qui sont au cœur de ces modes d’exploitation, à savoir :

(1) les incohérences ou les points de convergence entre la dimension conservatrice de ces films (par exemple, aux niveaux économique et générique) avec le contenu potentiellement transgressif qu’ils offrent, par exemple, les cautionary films des années 1930 ;

(2) la relation ambiguë entre cinéma d’exploitation et cinéma indépendant, et donc peut-être entre un cinéma plutôt réactionnaire et un cinéma plus progressif, mais aussi entre le cinéma d’exploitation et le cinéma contemporain mainstream qui, en empruntant à ce cinéma, lui confère une légitimité tout en le banalisant ;

(3) les représentations très ambivalentes de personnages féminins et/ou issus des minorités, par exemple, la Final Girl, le Black Macho, etc.

(4) les dilemmes que peuvent constituer le recyclage de certains motifs et figures du cinéma d’exploitation : leur exploitation, est-elle uniquement cynique ? comment les cinéastes contemporains intègrent-ils les connotations politiques ambiguës attachées à ces figures ? à moins que les sous-textes incohérents du cinéma d’exploitation soient alors rendus plus cohérents ?

L’articulation entre différentes approches des études filmiques – histoire et économie du cinéma, études de la réception ou des genres filmiques, approche féministe, gender, queer et race studies – est vivement encouragée.

Les propositions de 300 à 500 mots, en anglais ou en français, avec bibliographie indicative, doivent être envoyées à David Roche (mudrock@neuf.fr) d’ici le 31 janvier, 2014.