CFP : "L’Idiotie"

Appel à contributions

Pour son numéro 9.1, à paraître en juin 2017, la revue en ligne L’Atelier (http://revues.u-paris10.fr/index.php/latelier) lance un appel à contributions sur le thème de « L’Idiotie » :

Dans le champ de la littérature, l’idiotie est largement associée à un type de personnage ou une figure dont la récurrence souligne le pouvoir de fascination qui s’y attache. Qu’il soit considéré comme un simple, un naïf, un enfant attardé ou comme un être proche de la sauvagerie, l’idiot occupe un espace à part, en marge du corps social sans en être radicalement exclu ; il se tient dans une solitude « inférieure » que le jugement crée et, de là, interroge silencieusement la perception et l’appellation de cet autre supposément en position de le juger « idiot ». Victime expiatoire ou personnage conjuratoire, il se fait aussi figure dérangeante, subversive ou provocatrice lorsqu’il devient ce hors-la-loi institutionnalisé, autorisé à parler sans entraves qu’est le fou shakespearien. On peut également penser à des personnages aussi divers que le prince épileptique de Dostoïevski, à Lennie, l’attardé de Steinbeck, à Benjy dont Faulkner nous livre le monologue décousu, voire au Bartleby de Melville, qualifié de luny par l’un de ses collègues, aux personnages de Beckett ou encore au Michael K de Coetzee – figures qui déclinent la notion d’idiotie jusqu’à en faire bouger le concept. La force de questionnement que génère l’idiot tient le plus souvent à son être même : l’idiot est ce corps étranger qui inquiète les limites de l’humain, ce point opaque et énigmatique qui, en dehors des projections imaginaires qu’il suscite (lien originel avec la nature, plénitude de l’être), n’a de cesse d’opposer sa résistance à l’appropriation et à la nomination. Indépendamment des personnages qui l’incarnent, l’idiotie peut s’envisager comme régime textuel, discursif ou narratif. L’on s’interrogera sur ce que pourrait être une écriture qui compose avec l’idiotie, en regard notamment de certaines expérimentations modernistes et postmodernistes qui mettent les modes d’intelligibilité classiques en déroute. Dans son Traité de l’idiotie, Clément Rosset érige un modèle ontologique à partir d’une forme d’écriture (celle du Volcan de Malcolm Lowry) dont les termes clés seraient l’insignifiance (où tout est à la fois déterminé et indéterminé) et l’indifférence (œuvre d’une « volonté qui ne veut rien »). Marque d’une « singularité stupéfiante », d’une « incapacité à se refléter » (Rosset), l’idiotie devient ni plus ni moins ce par quoi se désigne la place du réel. Là où pour d’aucuns l’idiotie signe le naufrage du sens, elle pourra être associée pour d’autres à la quête d’un idiome (idiôma = langue propre, particulière) placé sous le sceau de l’intraduisible. On se demandera alors si le lecteur n’est pas inévitablement pris à son tour dans le procès de l’idiotie. Que voudrait dire aborder une œuvre, un texte, « en idiot », sur le mode de l’idiotie ? Si le règne de ce qui ne saurait se dédoubler, se réfléchir ou se spéculariser semble peu compatible avec l’acte de lecture ou le geste interprétatif, l’idiotie peut néanmoins s’entendre comme une posture critique qui s’exercerait à une écoute dégagée d’un savoir préétabli. L’idiot n’est-il pas aussi une des figures du sage ou du philosophe, de celui qui ne sait rien et fait preuve d’une capacité d’étonnement sans cesse renouvelée ? Deleuze, dans son cours sur Spinoza, apparente le cogito cartésien à « l’énoncé de l’idiot » en ce qu’il repose sur la « raison naturelle », indépendamment du savoir, et rappelle que Socrate affirmait savoir ne rien savoir, se présentant même comme l’« idiot de service ». De la même façon, il se pourrait que le lecteur doive apprendre à se faire idiot ou ignorant au point que l’idiotie, en tant qu’épuisement du double, pourrait devenir la visée ultime de la réflexion, du commentaire ou de la critique.

Les articles (30 000 – 55 000 caractères) pourront être rédigés en français ou en anglais.

Propositions détaillées (300-500 mots) à envoyer à :

Amélie Ducroux (a.ducroux@univ-lyon2.fr) et

Pascale Tollance (pascale.tollance@univ-lyon2.fr)

Date limite d’envoi des propositions : 1er juin 2016

Notification d’acceptation : 8 juin 2016.

Date limite d’envoi des articles : 30 octobre 2016.

Pour toute information concernant la revue et sa politique éditoriale, consulter le site : http://revues.u-paris10.fr/index.php/latelier