CFP : "« Inspiré d’une vie » : le genre biopic en question"

Appel à contributions (scroll down for English version)

« Inspiré d’une vie » : le genre biopic en question

Définissant le biopic (film biographique/biographie filmée) comme la représentation de « la vie d’un personnage historique, passé ou présent », George F. Custen fait le constat que les stars et les célébrités sont également des « figures historiques emblématiques » dont l’image publique peut interférer avec le discours historique véhiculé par ces films (Bio/Pics, How Hollywood Constructed Public History, 1992). Plus récemment, Ellen Cheshire a demandé si ce genre « calomnié et incompris » constitue un genre à part (Bio-Pics : A Life in Pictures, 2015, p. 3). Le biopic est, en effet, à l’origine de nombreuses controverses, non seulement en raison de sa prétention à la véracité historique, mais par sa praxis de l’intertextualité et de la réflexivité, ses dichotomies sexuelles, ou bien son attachement, encore aujourd’hui, à la tradition hagiographique susceptible d’affecter les stratégies visuelles et narratives des récits de vie filmiques.

Dans ce numéro de la Revue LISA/LISA e-journal (http://lisa.revues.org/), nous invitons les auteurs à explorer les divers mécanismes, modalités et conventions sur lesquels s’appuie la construction des « destins exceptionnels » à l’écran (cinéma/télévision). Outre le choix des personnages biographiés, il serait intéressant de s’attarder sur le discours idéologique véhiculé par ce genre. Qu’il mette en scène des hommes et des femmes engagés dans une carrière politique (Alice Paul, Malcolm X, Rosa Parks, John F. Kennedy, etc.) ou artistique (Ernest Hemingway, Truman Capote, Georgia O’Keeffe, Charles Pollock, Allen Ginsberg, Sylvia Plath, etc.), le biopic semble présenter l’image d’une société qui valorise les valeurs de la réussite individuelle. Par ailleurs, et bien que se réclamant de sources authentiques (biographies, autobiographiques, récits historiques, documentaires, articles de journaux, etc.), le biopic est souvent décrié comme un genre populaire qui efface les frontières entre histoire publique et privée, entre récit historique et récit de fiction.

Les contributeurs pourront s’interroger sur les mutations incessantes de ce genre problématique que Tom Brown and Belén Vidal qualifient de « gênant » dans The Biopic in Contemporary Film Culture (2014). Alors que le biopic s’articule à un discours historique à travers des « récits de vies », mettant souvent en avant l’intervention des figures politiques, d’autres biopics attirent l’attention sur des faits historiques à travers le récit des luttes identitaires ou politiques de figures minoritaires (Iron Jawed Angels, Harvey Milk, Sally Hemings : An American Scandal, 12 Years a Slave, etc.). Bien qu’il témoigne d’une tendance à fixer les idéaux, le biopic ne fige pas l’Histoire ; il semble fouiller dans les failles des textes et des portraits iconiques, en problématisant la relation entre l’objet vu et le sujet qui regarde.

Quelques pistes de réflexion éventuelles :

  •  l’impact de la personne biographiée sur la structure narrative (Thomas Jefferson, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, John Reed, JFK, Richard Nixon, J. Edgar Hoover, George W. Bush, Henry VIII, Mary Queen of Scots, Queen Victoria, Charles Darwin, Florence Nightingale, Lawrence Of Arabia, Elizabeth I, Elizabeth II, Henry V, etc.)
  •  les codes et conventions des biopics décrivant le monde des affaires ou de l’industrie (Preston Tucker, Jimmy Hoffa, Howard Hughes, Steve Jobs, Jordan Belfort, etc.)
  •  les biopics d’écrivains (William Shakespeare, Jane Austen, C. S. Lewis, Iris Murdoch, Virginia Woolf, Fitzgerald), d’artistes et de stars représentant le monde de la musique, du show-business (Billie Holiday, Woody Guthrie, Bob Dylan, Loretta Lynn, Johnny Cash, Ray Charles, Tina Turner, James Brown, John Lennon, Louis Valdez, etc.), ou du cinéma (Oscar Micheaux, Charles Chaplin, Alfred Hitchcock, Howard Hughes, Marilyn Monroe, Ed Wood, etc.)
  •  les carrières singulières de sportifs (Jake Lamotta, Babe Ruth, Muhammed Ali, Mike Tyson, Jim Brown, Chariots of Fire, etc.) ; figures de tueurs élevés au rang de héros dans les médias (Al Capone, John Dillinger, Bugsy Siegel, etc.).
  •  répétition et variation, canonisations et subversions dans le traitement de la "vérité historique" dans les biopics.
  •  l’hybridation du genre biopic (par exemple) avec le film d’animation (Superstar : The Karen Carpenter Story, 1989) ; le mélange de l’historique et du fantastique (Abraham Lincoln : Vampire Hunter, 2012).
  •  le rapport entre les films biographiques et la censure.
  •  la fonction des biopics dans le débat public, particulièrement dans les polémiques impliquant les questions de genre (gender), de classe et de race.
  •  le canon biopic et la culture de divertissement de masse et les impératives commerciales : quêtes épiques ou hommages post-mortem d’un nouveau genre ?
  •  les biopics et les "celebrity/star studies".

    Les propositions ne devront pas excéder 500 mots et devront être envoyées, avec une courte notice biographique, à Delphine Letort (Delphine.Letort@univ-lemans.fr) et Taïna Tuhkunen (Taina.Tuhkunen@univ-angers.fr) avant le 1er juillet 2015. Les articles seront à remettre pour le 15 novembre 2015.

    Call for papers : “Based upon a Life” : The Biopic Genre in Question

    While George F. Custen defines a biopic (biographical film) as a depiction of “the life of a historical person, past or present” (Bio/Pics, How Hollywood Constructed Public History, 1992, p. 5), he also considers the impact of celebrities and stars as “key historical figures” whose public persona may interfere with the genre’s historical discourse. More recently, Ellen Cheshire has asked if this “maligned and misunderstood genre” is, in reality, a genre of its own (Bio-Pics : A Life in Pictures, 2015, p. 3). Biopics have indeed sparked off a number of on-going debates, not merely due to their claims of veracity, but through their practice of gender politics, intertextuality, reflexivity, and their hagiographic roots capable of impacting the narrative modes, visual and discursive strategies perpetuated by contemporary “life stories” on screen.

    In this issue of Revue LISA/LISA e-journal (http://lisa.revues.org/), we invite contributors to explore the various mechanisms, conventions and patterns underlying the construction of “exceptional destinies” on screen (cinema/television). Not only should we question the type of person chosen as subject for biopic portrayals, but we also aim to prompt reflection on the ideological discourse conveyed by the genre. Whether they relate the lives of men and women embroiled in politics (Alice Paul, Malcolm X, Rosa Parks, John F. Kennedy, etc.), or, as in the subcategory of artist biopics, those of emblematic creators (Ernest Hemingway, Truman Capote, Georgia O’Keeffe, Charles Pollock, Allen Ginsberg, Sylvia Plath, etc.), biopics seem to promote an image of society that highlights the achievements of exemplary individuals – be they politically engaged or artistically acclaimed. Moreover, although relying on authentic sources (biographies, autobiographical accounts, historical narratives, documentaries, newspaper articles, etc.), biopics are often decried as a popular genre that constantly blurs the boundary between public and personal history, History- and storytelling.
    We call for papers that examine the ongoing mutations of this problematic film genre which Tom Brown and Belén Vidal qualify as “troublesome” in The Biopic in Contemporary Film Culture (2014). While the genre provides a number of filmic portrayals of heads of state and other well-known political figures, some biopics actually challenge historical facts by drawing attention on minority figures whose struggle for identity and political rights receives a positive treatment (Iron Jawed Angels, Harvey Milk, Sally Hemings : An American Scandal, 12 Years a Slave, etc.). Despite its tendency to set up ideals, the biopic does not seem to freeze History, but digs into the flaws of existing portraits and texts, exploring the problematic relationship between the viewed object and the looking subject.

    Some possible avenues of research may include :

  •  The impact of the biographed characters over the chosen narrative structures and filming strategies (Thomas Jefferson, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, John Reed, JFK, Richard Nixon, J. Edgar Hoover, George W. Bush, Henry VIII, Mary Queen of Scots, Queen Victoria, Charles Darwin, Florence Nightingale, Lawrence Of Arabia, Elizabeth I, Elizabeth II, Henry V, etc.)
  •  Biopic codes and conventions and the world of business and industry (Preston Tucker, Jimmy Hoffa, Howard Hughes, Steve Jobs, Jordan Belfort, etc.)
  •  Writers (William Shakespeare, Jane Austen, C. S. Lewis, Iris Murdoch, Virginia Woolf, Fitzgerald), artists and stars representing the world of music and showbiz (Billie Holiday, Woody Guthrie, Bob Dylan, Loretta Lynn, Johnny Cash, Ray Charles, Tina Turner, James Brown, John Lennon, Louis Valdez, etc.) and cinema (Oscar Micheaux, Charles Chaplin, Alfred Hitchcock, Howard Hughes, Marilyn Monroe, Ed Wood, etc.)
  •  The singular careers of sportsmen (Jake Lamotta, Babe Ruth, Muhammed Ali, Mike Tyson, Jim Brown, Chariots of Fire, etc.) and of killers raised to fame thanks to the media (Al Capone, John Dillinger, Bugsy Siegel, etc.).
  •  Repetition and variation, canonization and subversion within the biopic treatments of historical truth.
  •  Hybridization of the biopic genre (for instance) with animation films (Superstar : The Karen Carpenter Story, 1989) ; the blending of the historical with the fantastic (Abraham Lincoln : Vampire Hunter, 2012).
  •  Biographical films and censorship.
  •  The role of biopics in promoting public debates on social issues, especially regarding questions of gender, race and class.
  •  The biopic canon in the era of mass entertainment and commercial imperatives : epic quests or post-mortem tributes of a new kind ?
  •  The relationship between biopic and star/celebrity studies.

    Proposals not exceeding 500 words and including a short biographical notice should be addressed to Delphine Letort (Delphine.Letort@univ-lemans.fr) and Taïna Tuhkunen (Taina.Tuhkunen@univ-angers.fr) by July 1, 2015. Completed essays will be due November 15, 2015.