CFP : "Inégalités plurielles sur le continent américain : évolution des perspectives"

Appel à communications

Journée d’études organisée par le groupe de recherche Politiques Américaines (CREA /Université Paris-Ouest Nanterre la Défense) :

Inégalités plurielles sur le continent américain : évolution des perspectives

Université paris Ouest Nanterre

29 septembre 2016

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La question des inégalités est plurielle, en cela qu’elle est aussi bien économique que sociétale, et qu’elle met en jeu un faisceau complexe d’interactions entre revenus, patrimoines, éducation, origines ethniques, géographie, mobilités, intégration, niveaux socioculturels, etc. En ce sens, l’approche civilisationniste peut apporter une contribution utile au débat puisqu’elle s’intéresse à l’ensemble de ces dimensions.

Si la réalité du creusement inégalitaire aux États-Unis à partir des années 80 (et même un peu avant) ne fait plus débat, ses causes et effets sont encore l’objet de discussions. Dans le domaine de l’économie, se croisent des points de vue radicalement opposés. Le courant néolibéral, au début de années 80, justifie les inégalités parce qu’elles dynamisent l’activité économique en encourageant l’initiative individuelle, en même temps que l’effet de ruissellement redistribue la richesse accumulée au sommet (Friedman, Laffer, etc). Chez les héritiers de Keynes, on les juge contraire à l’efficacité économique en raison des déséquilibres macro économiques qu’elles entraînent : déséquilibre entre l’offre et la demande, distortions du marché (Krugman, Stiglitz), et on démontre aussi comment les inégalités perturbent les rapports de force dans le champs sociopolitique, permettant des effets de domination et l’acquisition de rentes (Galbraith). Le lien entre inégalités, développement des activités financières et crises financières est un autre axe qui, initialement décrit dans l’analyse de la crise de 1929 (Galbraith), a été récemment modélisé par Khumof et Rancière (2010), à l’occasion de la crise de 2008. Enfin, on peut aussi citer des approches plus générales, qui conçoivent les inégalités en deux dimensions, internes/socioéconomiques et territoriales. P.N. Giraud par exemple qui fait de l’inégalité —c’est à dire de la distribution des ressources et des revenus— le thème central de la science économique, et l’analyse à la fois sous l’aspect des inégalités entre territoires, et sous l’angle des disparités entres acteurs économiques d’un même territoire en fonction de l’ancrage territorial (sédentaire/nomade) de leur activité.

De plus en plus, la spatialité est évoquée dans le débat sur les inégalités par de nombreux géographes et urbanistes : Nancy Fraser (Scales of Justice 2008) Don Mitchell (The right to the City (2003) ou Purcell (Recapturing Democracy : neo-liberalization and the Struggle for Alternative Urban Futures 2008). Tous redisent l’importance de la spatialité dans l’étude des inégalités/injustice/discriminations, elle est au centre de la dynamique capitaliste, le capital devant s’ancrer dans un territoire, puis s’en arracher, afin de maintenir l’accumulation (David Harvey).

Ces dernières années, le débat économique sur les inégalités a connu un rebond avec les travaux de Saez et Piketty, et leur point d’aboutissement, la publication du Capital au XXIe siècle en 2013, qui met en évidence l’extrême concentration de la richesse dans les mains d’une petite minorité, sous la forme de super salaires et de revenus du patrimoine, engendrant un phénomène « gravitationnel », quasi auto entretenu, d’augmentation des inégalités. Ce phénomène cumulatif se combine avec de nombreux autres facteurs, tels que la croissance des inégalités éducatives, la baisse de la mobilité, la régression des classes les moins éduquées, marquée notamment par une baisse de l’espérance de vie, les inégalités géographiques ou d’accès à la santé.

Enfin un autre angle d’analyse est celui de l’histoire des idées. Pour Rosanvallon (La société des égaux) ou Emmanuel Todd (L’illusion économique), c’est une révolution (ou contre révolution) intellectuelle qui rend les inégalités plus acceptables, en transforme la perception, et contribue à la fin des politiques économiques et sociales égalitaires de l’après guerre.

L’objectif de cette journée d’étude est de rassembler la pluralité de ces perspectives d’abord autour des inégalités aux Etats-Unis. La dimension comparative est essentielle ici. La comparaison de deux approches, l’analyse de spécificités régionales peuvent apporter des éclairages utiles. Pour les mêmes raisons, cette journée est ouverte à d’autres pays du continent américain.

Nous sommes aussi ouverts aux propositions qui couvrent différentes périodes historiques afin d’éclairer la période la plus contemporaine. Les communications pourront être présentées en anglais ou en français. Une sélection d’articles issus de cette journée d’études fera l’objet d’une publication.

Nous invitons les chercheurs intéressés par cette journée d’études à envoyer une proposition de communication de 300 mots maximum et un bref cv au plus tard le 30 juin 2016 aux adresses suivantes :

pierrearn@gmail.com

laurence.gervais@u-paris10.fr

There are many angles to the issue of inequalities, encompassing both the economic and societal fields and putting in motion complex interactions between revenues, wealth, education, race, geography, mobility, integration, sociocultural levels, etc. In that sense, the civilisationist approach may bring a fruitful contribution as it addresses all of these dimensions.

There is little controversy over the worsening of inequalities in the US since the end of the 1970s, but its causes and effects are still debated. In the field of economics, contradictory approaches abound. The neoliberal movement at the beginning of the 1980s, justified inequalities for their dynamic effect on economic activities, encouraging personal initiative while the trickle-down effect redistributed the wealth accumulated at the top (Friedman, Laffer, etc). For the followers of Keynes, inequalities are economically counterproductive, as they generate macroeconomic imbalances : supply and demand disequilibrium, market distortions (Krugman, Stiglitz), unsettling of the sociopolitical balance of power allowing for dominant positions and the acquisition of rent (Galbraith). The link between inequalities, financialization and financial crises is another another angle initially described in the analysis of the 1929 crisis (Galbraith), and more recently modelized by Kumhof and Ranciere (2010), in the wake of the 2008 crisis. Other, more general approaches envision inequalities as a two dimensional issue —internal/socioeconomic, external/territorial. For instance, P.N. Giraud puts inequalities —that is, the distribution of resources and revenues— at the center of economics, and he analyses them from the perspective of disparities between territories, and from the angle of disparities between economic actors within one given territory, depending on whether there activity is sedendary —dependent on local interactions and resources, or nomadic.

In recent years more and more urban specialists and geographers have evoked the relationship between space and inequalities : Nancy Fraser (Scales of Justice 2008) Don Mitchell (The right to the City (2003) ou Purcell (Recapturing Democracy : neo-liberalization and the Struggle for Alternative Urban Futures 2008). They all emphasize the importance of considering space in the study of inequalities/injustice/discriminations. Space is at the center of the dynamics of capitalism, since capital needs anchoring in a given territory before getting out of it in order to ensure capital accumulation (David Harvey).

Recently, the economic debate over inequalities was fueled by the work of Saez and Picketty, and its culmination, the publication of The Capital in the XXIst Century in 2013, demonstrating the extreme concentration of wealth and revenues in the hands of a small minority, due to super salaries and the revenues of accrued wealth. This leads to a “gravitational”, quasi self maintained phenomenon of growing inequalities, which combines with a host of other factors, such as the increase of educational inequalities, the dwindling of social mobility, the regression of the least educated classes, exemplified by the decrease of life expectancy, geographic and health inequalities.

In the realm of the history of ideas, Rosanvallon (The Society of Equals) and Emmanuel Todd (L’illusion économique) contend that an intellectual revolution (or counter revolution, rather) made inequalities more acceptable, changed how they were perceived, and contributed to the end of the equalitarian social and political policies from the post war era.

The objective of this one day conference is to bring together a multiplicity of approaches centered first and foremost on inequalities in the US. As a comparative perspective is essential, comparisons between two approaches, the analysis of regional specificities, and the cases of other countries of American subcontinent are welcome.

We are open to papers covering different historical periods that might cast useful light on the present. Communications can be held in French or in English. A selection of the papers submitted will be published.

Abstracts —no longer than 300 words— with a short CV should be submitted by June 30th, 2016.

pierrearn@gmail.com

laurence.gervais@u-paris10.fr