CFP : "Frontières et altérité religieuse : la religion dans le récit de voyage"

Frontières et altérité religieuse : la religion dans le récit de voyage
Borders/Boundaries and Religious Otherness : Religion in Travel Writings

Conférence internationale : 1-2 décembre 2016 (jour 1 à l’Université de Savoie Mont Blanc à Chambéry, France ; jour 2 à l’Université Grenoble Alpes, France ; les deux sites sont à 45 minutes en train l’un de l’autre)

International Conference : Dec. 1 and 2, 2016 (Day one at the University Savoie Mont Blanc, in Chambéry, France ; Day 2 at the University Grenoble Alpes, France ; locations are linked by a 45 minute by train ride)

Appel à communication, CFP (scroll down for English version)

Frontières et altérité religieuse : la religion dans le récit de voyage

Ce colloque pluridisciplinaire (histoire, civilisation, littérature, anthropologie, etc.) et diachronique (XVIe-XXe siècle) vise à établir un lien entre des disciplines souvent séparées sur le plan académique et institutionnel.

La tradition historiographique assimile le voyage à un dépaysement et à une expérience de l’altérité.

Dans leur cartographie de l’espace physique et idéologique, les auteurs d’écrits de voyage commentent souvent le passage d’une « frontière », dans une acception large, confessionnelle et/ou géopolitique, entre plusieurs groupes ou peuples de religion ou de culture religieuse différente (ainsi des Français catholiques se rendant en Espagne ou en Italie).

Peu importe qu’il s’agisse d’une frontière géopolitique ou d’une ligne de démarcation invisible, voire d’une coexistence religieuse, le voyageur commentera souvent la différence vécue, perçue, fantasmée ou colorée par ses a priori.

Notre postulat est que l’étude du « fait religieux », considéré sous son angle scientifique de fait essentiel et universel de civilisation, de structure d’encadrement, dans l’esprit — laïque — de la « Ve section » de l’École pratique des hautes études, celle des sciences religieuses, relève également dans une grande mesure de la sphère du culturel, du politique, voire du social.

Le fait religieux, remarquable, exotique ou simplement différent, est décrit et interprété dans les récits de voyage.

Il est rarement perçu dans sa totalité, certains observateurs ne commentant que l’extériorité des lieux de culte, l’étrangeté d’une cérémonie hors contexte ou un fait culturel dont ils ne perçoivent pas nécessairement la portée.

Les pratiques, les croyances et les lieux dans lesquels elles s’inscrivent étonnent ou choquent le chroniqueur qui les comprend par rapport à sa société d’origine.

Ce dernier, qu’il soit conquérant ou simple voyageur, porteur, parfois inconsciemment, d’un message religieux qui lui est propre, mais aussi d’autres valeurs liées à sa qualité ou fonction sociale de commerçant, d’humaniste, de philosophe, d’administrateur, etc., tente alors de mettre du sens dans sa vision de l’Autre.

Les écrits que nous nous proposons de considérer peuvent être des journaux de voyage (écrits en cours de route, intimes ou destinés à être lus par d’autres), des rapports de mission officielle (par exemple religieuse ou militaire), des reportages et des lettres, mais aussi des textes romancés intégrant des formes variées de réminiscences de retour de voyage.

Ces écrits peuvent avoir, par leur nature, des finalités très diverses qu’il s’agira d’appréhender.

On sait que la fiction introduit une composante de prise de distance par rapport au référent, mais après tout c’est aussi le propre du « récit de voyage » romantique où le moi lui-même devient une fiction narrative.

Nous nous attacherons à mettre en évidence les constantes entre les écrits des voyageurs européens, qu’ils soient en mission officielle ou semi-officielle ou qu’ils se déplacent à titre privé au sein de l’Europe ou entre celle-ci et le reste du monde.

Nous faisons appel à des propositions de communications de la part de civilisationnistes, d’historiens, de spécialistes de l’analyse du discours, ou encore d’autres champs disciplinaires qui rendent compte de récits divers, y compris illustrés, dans une large période allant du XVIe au XXe siècle.

Les thématiques abordées pourront s’inscrire dans l’un des axes suivants :

Axe 1 : La persistance des questions sur le temps long
Une approche binaire : la religion dominante face à la religion minoritaire (catholiques / protestants ou orthodoxes, chrétienté / islam, chrétienté / paganisme) ou au contraire la religion minoritaire du visiteur au contact avec la religion dominante de l’espace visité (regard des protestants sur l’Europe catholique et inversement).
La curiosité envers (ou le rejet de) l’Autre, le différent : approches ethnologique et anthropologique, mais en étant également attentifs à saisir les spécificités propres à chacun des contextes historiques considérés.
Les motivations de l’évangélisation : c’est pour cette raison que sont partis les missionnaires européens du XVIe siècle ; la découverte de l’Amérique fut l’événement le plus important depuis la naissance du Christ, écrivait Francisco Lopez de Gomara (Historia general de las Indias, 1552).

Axe 2 : Fascination, répulsion, « superstition » et exotisme culturel
Dans le contexte de la dominante chrétienne, le voyageur peut adopter de multiples attitudes, parfois contradictoires :
La fascination pour des cultures et des religions jugées comme préparatoires à la réception du christianisme (ainsi chez les Hurons du Canada pour les Récollets).
La répulsion devant des mœurs et des pratiques perçues comme « barbares » ou « sauvages ».
La mise en évidence d’une superstition chrétienne dans le discours des élites voyageuses européennes.
L’intérêt pour un fait culturel exotique dont le chroniqueur ne perçoit pas nécessairement la dimension religieuse.
Le constat d’une forme de syncrétisme (comme dans le cas des jésuites considérés comme des chamans par des Tupi au Brésil au XVIe siècle).

Axe 3 : Ruptures, continuités, évolutions
Confrontation de la situation européenne et de la situation coloniale : la diversité des situations et du questionnement est grande selon que l’on est en Amérique ou en terre d’Islam (idée de croisade, espionnage sur les faiblesses de l’Empire ottoman). Les contradictions sont nombreuses : en Espagne on expulse les Moriscos au début du XVIIe siècle, mais on garde des esclaves musulmans.
L’écriture comme base de l’action ou pour appréhender l’Autre ; l’unification linguistique et ses limites (cf. la place des langues indiennes en Amérique – quechua, aymara, nahuatl – à côté de l’espagnol, du portugais ou du latin).
La question des minorités, ainsi :
– celle des créoles en Amérique espagnole, aussi importante aux yeux des contemporains que celle des Indiens : c’est pour les premiers seulement que fonctionne l’inquisition moderne ;
– celle des chrétiens d’Orient dans l’Empire ottoman, pour lesquels les jésuites dans leurs correspondances manifestent beaucoup de condescendance ;
– la coexistence religieuse au sein de l’Europe, comme dans l’exemple des Provinces-Unies ou de Livourne.

Axe 4 : Le regard du chroniqueur, de la chroniqueuse, une approche genrée
La religion de l’Autre dans le regard des femmes et des hommes.
La chroniqueuse en terre étrangère : intégration dans un groupe étranger et perception de la religion de l’Autre.
La place respective des hommes et des femmes dans les pratiques rapportées par les voyageurs (par ex. dans le monde catholique : saintes et saints, figures de la dévotion, rôle des prêtres, des moines et des religieuses, etc.).

Les propositions en français ou en anglais, de 3000 signes, espaces compris, maximum, plus une bio courte de 8 lignes maximum sont à envoyer à colloque-frontiere-alterite@univ-grenoble-alpes.fr avant le 15 juin 2016, avec copie à susanne.berthier@univ-grenoble-alpes.fr
Vous recevrez une réponse avant le 7 juillet 2016. Une publication est prévue.

English : Borders/Boundaries and Religious Otherness : Religion in Travel Writings

This multidisciplinary conference aims to build bridges across disciplines such as history, civilizational studies, literature, and anthropology—among other fields—that rarely cooperate in academia. We also aim to address a diachronic time frame covering the 16th to the 20th centuries. The historiographic tradition equates the journey to a change of scenery and an experience of Otherness.

In their mapping of the physical and ideological space, authors of travel writings often comment upon the crossing of a border or boundary—whether religious or geopolitical—between peoples of a different religion or religious culture (such as the Catholic French traveling to Spain or Italy). Whether it is a geopolitical border, an invisible boundary line, or the coexistence of two groups with different religious identities, the traveler often comments on the differences experienced, perceived or imagined and colored by their pre-conceptions.

We posit that “the religious”, considered from a scientific viewpoint, represents an essential and universal element of the cultural, the political and the social spheres. The religious fact, whether remarkable, exotic—or merely different—is described and interpreted in travel writings.

It is rarely perceived in its entirety, some observers commenting only the exterior appearance of places of worship, the bizarre in a ceremonial, considered without its context, or a cultural fact whose full scope they do not necessarily understand.

The practices, beliefs, and related loci surprise or shock the chronicler who understands them in relation to their society of origin. The chronicler, whether conqueror or mere traveler, conveying often unconsciously their own religious message, but also other values that are related to their social position as trader, humanist, philosopher, or administrator, attempts to give meaning to their vision of the Other.

The texts we propose to consider here are travel writings in the broad sense (travel journals proper, whether personal or destined to be read by others), official reports (of a religious or military mission), documentaries and letters, but also fictionalized texts integrating various forms of travel reminiscences. These writings may have, by their nature, very different purposes that we aim to apprehend. Fiction certainly introduces distance from the subject, but it is after all a characteristic of the romantic travel journal to recreate the Self as an element of the narrative fiction. We will seek to highlight the constants in the writings of European travelers, whether on official or semi-official mission, or whether on private journeys in Europe or in the rest of the world.

We invite proposals for papers from specialists of civilizational studies, from historians, and discourse analysts, as well as from other fields dealing with diverse travel texts, including illustrated stories, covering a long period form the 16th to the 20th centuries.

We will address the following topics :

Topic 1 : The persistence of questions in a long time frame
A binary approach : the dominant religion versus the minority religion (Catholics v. Protestants or Orthodox, Christianity v. Islam, Christianity v. paganism) or, on the contrary, the minority religion of the visitor in contrast with the dominant religion of the visited region (i.e. the Protestant gaze on Catholic Europe, or vice versa).
The curiosity for the Other—or the rejection of the Other, the Different : ethnological and anthropological approaches, with a view of the specificities of each historic context.
The motives of evangelization : they underlie the endeavors of the European missionaries of the 16th century ; according to Francisco Lopez de Gomara, the discovery of America is the most important event since the birth of Christ (Historia general de las Indias, 1552).

Topic 2 : Fascination, repulsion, « superstition » and cultural exoticism
In the context of Christian domination, the traveler may adopt diverse—and at times contradictory— attitudes :
A fascination for cultures and religions that are considered to be a preliminary stage for the acceptation of Christianity (i.e. the Canadian Hurons seen by the Récollet Fathers).
A repulsion for mores and practices perceived as “barbarian” or “savage”.
The evidence of a popular Christian superstition in the discourse of traveling European elites.
An interest for exotic cultural traits that are not necessarily perceived as religious by the viewer.
The observation of syncretism (such as the Jesuits considered shamans by the Tupi in 16th century Brazil).

Topic 3 : Ruptures, continuities, evolutions
Europe and the colonial context : we will consider the full spectrum of diverse situations and questions whether the traveler writes from America or from a land of Islam (in crusade-like situations or spying on the weaknesses of the Ottoman Empire). As an example, the contradictions are numerous : the Moriscos are deported from Spain in the early 17th century while the Muslim slaves are kept.
Writing as the basis for action or to understand the Other ; linguistic unification and its limits (i.e. the place of Indigenous languages in the Americas—Quechua, Aymara, Nahuatl… along with Spanish, Portuguese or Latin).
The case of minorities such as :

  •  The Creoles in Hispanic America who were considered as a specific group by their contemporaries, in the same way the Indigenous (“Indians”) were a group ; as a group they were targeted by the Inquisition while the Indigenous were not ;
  •  The Christians of the Orient in the Ottoman Empire whom the Jesuits considered with a patronizing attitude in their correspondence ;
  •  the religious coexistence within Europe, as in the United Provinces (‘Dutch Republic’) or Livorno.

    Topic 4 : The gaze of the chronicler, male or female, the gendered approach
    The religion of the Other in the gaze of female and male visitors.
    The female chronicler in a foreign land : her integration in a foreign group and her perception of the religion of the Other.
    The place of men and women in the religious practices described by travelers (i.e. in the Catholic world : female and male saints, figures of devotion, the role of priests, friars, and nuns, etc.).

    Proposals for papers in English or in French, up to 3000 signs, spaces included, plus a short bio of 8 lines max, are to be sent to colloque-frontiere-alterite@univ-grenoble-alpes.fr before June 15, 2016, copy to susanne.berthier@univ-grenoble-alpes.fr
    You will receive an answer before July 7, 2016. Selected papers will be published.