CFP : "Exposer et raconter l’Autre : objets et sujets post/coloniaux au musée"

Appel à contributions pour la journée d’étude :
« Exposer et raconter l’Autre : objets et sujets post/coloniaux au musée »
Organisée au Musée des Beaux-Arts d’Angers le 20 mars 2015

Organisateurs : Maud MICHAUD et William GLEESON (Université du Maine), avec la collaboration de Benaouda LEBDAI (Université du Maine)

Lorsque le musée du Quai Branly ouvrit ses portes en 2006, un grand nombre de questions liées à la relation entre pouvoir et musées furent soulevées : les objets exposés avaient-ils une vocation esthétique, artistique, ou bien allait-on les observer d’un regard anthropologique ? La muséographie et les diverses mises en scène adoptées étaient-elles appropriées ? Quelle étiquette allait-on accoler à cet ensemble d’objets : art primitif ? Art premier ? Art indigène ? Ces interrogations restent centrales à tous les musées et aux problématiques qui les entourent, car comme l’a signifié Edward Said, l’Histoire et les histoires sont mêlées à d’autres histoires souvent silencieuses ou passées sous silence.

L’engouement d’hommes aisés et influents pour les cabinets de curiosité, dès le XVIIIe siècle, traduisait la volonté de mettre un peu d’ordre dans un monde qui changeait rapidement : posséder et exposer des objets venus du monde entier revenait à repousser, toujours plus loin, les limites d’un savoir scientifique, politique et religieux, créant ainsi des musées proto-coloniaux. Plus tard, les musées royaux, impériaux ou nationaux donnèrent à l’art et aux objets qui y étaient exposés une nouvelle dimension, traduisant là aussi de nouvelles tentatives d’ordonner, de redéfinir, voire d’idéaliser le monde selon des pratiques esthétiques variées. Les expositions coloniales souhaitaient quant à elles faire du colonialisme un objet digne d’être exposé, à travers la mise en scène de sa production commerciale et culturelle, mais également à travers des hommes et des femmes objectifiés et exploités au sein de ce système. Dans notre période postcoloniale, le musée fait entrer le politique dans ses murs : il offre de nouvelles mises en récit des histoires nationales, parfois orientées pour que le passé national s’accorde avec un présent international.

Cette journée d’étude nous permettra d’examiner les questions suivantes : comment le fait colonial a-t-il influencé la création d’espaces muséaux ? Les musées diffèrent-ils, selon les espaces culturels étudiés, dans leur approche muséographique du colonial et du postcolonial ? Les références au passé colonial sont-elles passées sous silence dans le discours muséal, déformées dans les représentations qui en sont faites, ou au contraire, mises en valeur dans une perspective de devoir mémoriel ? Montrer l’Autre, est-ce vraiment le raconter ? En fin de compte, l’idée d’un musée ‘postcolonial’ est-elle réellement concevable ? Les intervenants pourront également s’intéresser aux liens entre musées et pouvoir : les musées comme outils politiques, comme lieux d’histoire(s) et d’Histoire, leur rôle dans les anciennes colonies, la restitution d’artefacts coloniaux, etc. Des problématiques plus directement liées à la muséographie et la conservation peuvent également être envisagées : la place des archives historiques dans les musées, le rôle des nouvelles technologies, des expositions temporaires. Collectionner, catégoriser, agencer des artefacts coloniaux selon des scénographies muséales variées, est-ce faire acte de mémoire coloniale ? On posera également la question des résonances que peuvent avoir ces institutions muséales postcoloniales (privées ou publiques) dans le discours national, ainsi que celle de leur(s) réception(s) par les visiteurs qui en parcourent les collections temporaires ou permanentes.

Envoyez vos propositions (environ 300 mots) en français ainsi qu’une courte biographie avant le 15 décembre 2014 aux adresses suivantes : gleesonbvj@yahoo.fr Maud.Michaud@univ-lemans.fr