CFP : "“Espèces compagnes” dans les productions culturelles nord-américaines"

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“Espèces compagnes” dans les productions culturelles nord-américaines

Symposium international, Université de Toulouse Jean Jaurès, CAS

17 juin 2016

Organisé par : Claire Cazajous and Wendy Harding

Titres et resumés de 150 mots à envoyer à harding@univ-tlse2.fr et claire.cazajous@univ-tlse2.fr avant le 5 septembre 2015

Nous invitons les participants à réévaluer les espaces souvent négligés—réels, rêvés ou imaginaires—que les humains partagent avec d’autres espèces. Le terme “compagne”, repris par Donna Haraway, s’entend d’espèces vivant et évoluant ensemble dans un milieu donné plutôt que simplement engagées dans une relation amicale. Comme toutes les cultures, la culture américaine, n’a pas été uniquement créée par l’homme. D’autres espèces jouent un rôle essentiel dans son développement. Il est difficile d’imaginer à quoi ressemblerait l’histoire de l’Amérique sans les chevaux, les bisons, les chiens, le maïs ou les pommiers, pour ne citer que quelques espèces qui partagent la terre avec les humains. De telles co-évolutions interactives s’apparentent à l’assemblage, commenté par Deleuze et Guattari, entre l’orchidée et l’abeille. Le contact avec d’autres espèces considérées comme animaux domestiques, bêtes de somme, nourriture, ornement, etc., modifie la culture humaine et, réciproquement, altère les espèces concernées. Plutôt que de marquer des distinctions nettes, cette rencontre génère des territoires contestés et des lignes de suture complexes entre les espèces. Au lieu de marquer des frontières entre nature et culture, entre l’homme et l’animal, certains théoriciens contemporains (Haraway, Latour, Barad) ont attiré l’attention sur leur indissociabilité et sur les formes multiples de leur co-dépendance. Donna Haraway va jusqu’à utiliser le mot-valise « naturecultures » pour souligner les associations fortes et les mutation entre les différentes espèces.

Les théories sémiotiques ont montré que c’est dans la production et l’interprétation des signes que l’homme se distingue des autres espèces ; or, plutôt que d’être un produit de la culture, cette activité en est sa fragile fondation. Venant à la suite de nombreux philosophes, dans L’Animal que donc je suis, Derrida s’interroge sur ce qu’il considère comme des lignes de partage imbriquées. Dans le rébus que ces lignes tracent mystérieusement, se trouve peut être la clé qui permet de repenser la problématique dualité entre « eux » et « nous ». Les participants sont invités à se demander dans quelle mesure et par quels moyens les arts peuvent faire une place aux autres espèces plutôt que de renforcer la séparation entre nature et culture. Comment les productions culturelles représentent-elles le contact entre les espèces ? Est-ce que la dimension homocentrique du langage implique une projection anthropocentrique sur les espèces non humaines ? Est-ce que les artistes et écrivains réaffirment nécessairement la primauté de l’homme ? Reproduisent-ils le schéma biblique dans lequel l’homme se trouve placé dans le rôle de « régisseur » de la nature ? Peut-on imaginer d’autres types de relation qui prennent en compte la réciprocité et suscitent le respect ? Comment faut-il comprendre ce que Haraway désigne comme « l’altérité significative » des non-humains ? Peut-on parler d’altérité et de différence si nous sommes pris dans un réseau de relations ? Quelle position éthique peut-on imaginer alors que le moi et l’autre sommes devenus « moléculaires » ? Quels nouveaux sens peut-on donner au mot « compassion » quand la division entre soi et l’autre est abolie ?

Parmi les nombreux travaux que l’on peut parcourir en relation avec ce thème, nous pouvons citer Herman Melville, Henry David Thoreau, Jack London, Aldo Leopold, Rick Bass, Barry Lopez, N. Scott Momaday, Linda Hogan, Barbara Kingsolver, Ruth Ozeki, Margaret Atwood, Rudi Weems, des réalisateurs tels que Walt Disney ou Robert Redford, des artistes tels que George Catlin, John James Audubon, Harrison Begay, Jimmie Durham.

COMPANION SPECIES IN NORTH AMERICAN CULTURAL PRODUCTIONS

International Symposium at Université de Toulouse Jean Jaurès, France

June 17, 2016

Organizers : Claire Cazajous and Wendy Harding

This symposium invites papers that reclaim the often-neglected spaces—real, fantasized or imaginary—that humans share with other species. “Companion” is to be understood as living and evolving closely together rather than simply being involved in a friendly relationship. American culture, like all cultures, is not of exclusively human making ; other species play an essential role in its development. It is difficult to imagine what stories would be told of America without horses, buffalo, dogs, corn, or apple trees, to mention just a few of the species that have shared the land with humans. Such mutual co-evolutions might be compared to Deleuze and Guattari’s example of the assemblage constituted by the orchid and the wasp. Contact with other species (as pets, beasts of burden, food, ornaments etc.) modifies human culture and reciprocally alters the species concerned. Rather than falling into neat divisions this encounter creates contested territories and complicated lines of suture between species. Instead of drawing boundaries between nature and culture, the human and the animal, contemporary theorists (Haraway, Latour, Barad) have drawn attention to their inseparability and their multiple forms of co-dependence. Donna Haraway goes so far as to use the portmanteau word “naturecultures” to draw attention to the intimate, mutating associations of different species.

Semiotic theories have insisted that sign-making and sign-interpreting distinguish man from other species yet rather than being the product of culture, this distinction is its fragile foundation. Derrida, following a long line of philosophers, interrogates what he sees as imbricated boundary lines in The Animal That Therefore I Am. In the rebus that these lines darkly draw is perhaps the key to a revised perception of the beleaguered us-them duality. We invite participants to consider whether and how the arts can make a place for other species, rather than affirming the separation of nature and culture. How do cultural productions represent inter-species contact ? Does the homocentricity of language confine them to anthropomorphic projection ? Do artists and writers necessarily affirm man’s superiority ? Do they replicate the biblical schema, making man the steward ? Can other kinds of relation be imagined that take into account reciprocity and foster respect ? In what ways is it possible to attend to what Haraway calls the “significant otherness” of non-humans ? Is there such a thing as otherness and difference if we are caught in meshworks of relationships ? What ethical stand can we think of when self and other have become “molecular” ? What new meanings can we infuse into the word compassion when the other-self division has been discarded ?

Among the many works that could be investigated in this perspective are those of writers like Herman Melville, Henry David Thoreau, Jack London, Aldo Leopold, Rick Bass, Barry Lopez, N. Scott Momaday, Linda Hogan, Barbara Kingsolver, Ruth Ozeki, Rudi Weems, filmmakers like Walt Disney or Robert Redford, artists like George Caitlin, John James Audubon, Harrison Begay, Jimmie Durham.

SEND titles and 150 word abstracts by September 5, 2015 to harding@univ-tlse2.fr and claire.cazajous@univ-tlse2.fr

Bibliography

Barad, Karen. “Posthumanist Performativity : Toward an Understanding of How Matter Comes to Matter.” Signs 28.3 (2003) : 801-31.

Bennett, Jane. Vibrant Matter : A Political Ecology of Things. Durham : Duke UP, 2010.

Buell, Lawrence. The Environmental Imagination : Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture. Cambridge, MA : Belknap of Harvard UP, 1995.

Deleuze, Gilles, and Félix Guattari. A Thousand Plateaus : Capitalism and Schizophrenia. Trans. Brian Massumi. Minneapolis : U of Minnesota, 1987.

Derrida, Jacques. The Animal That Therefore I Am. Ed. Marie-Louise Mallet. Trans. David Wills. New York : Fordham University Press, 2008.

Descola, Philippe. Par-delà nature et culture. Paris : Gallimard, 2005.

Haraway, Donna Jeanne. The Companion Species Manifesto : Dogs, People, and Significant Otherness. Chicago : Prickly Paradigm, 2003.

Haraway, Donna Jeanne. When Species Meet. Minneapolis : U of Minnesota, 2008.

Hearne, Vicki. Bandit : Dossier of a Dangerous Dog. New York, NY : HarperCollins, 1991.

Horowitz, Alexandra. Inside of a Dog : What Dogs See, Smell, and Know. New York : Scribner, 2009.

Ingold, Tim. What Is an Animal ? London : Unwin Hyman, 1988.

Latour, Bruno. An Inquiry into Modes of Existence : An Anthropology of the Moderns. Cambridge, MA : Harvard UP, 2013.

Lestel, Dominique. L’animalité : Essai sur le statut de l’humain. Paris : Hatier, 1996.

Lestel, Dominique. Les Origines animales de la culture. Paris : Flammarion, 2001.

Pughe, Thomas. “Introduction : Animals and the American Imagination.” Transatlantica. Revue d’études américaines. American Studies Journal 2 (2011).

Singer, Peter. Animal Liberation : A New Ethics for Our Treatment of Animals. New York : Harper Collins, 1975.

Wolfe, Cary. Animal Rites : American Culture, the Discourse of Species, and Posthumanist Theory. Chicago : U of Chicago, 2003.