CFP : "Diplomatie globale et ressources naturelles : enjeux, pratiques et influences des acteurs non-étatiques"

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APPEL À COMMUNICATIONS

Diplomatie globale et ressources naturelles : enjeux, pratiques et influences des acteurs non-étatiques

(XVIIIe-XXIe siècles)

*****

2-3 juillet 2015

LARCA – Université Paris-Diderot

La fin de la Guerre Froide a été l’occasion de (re-)découvrir le poids
des acteurs non-étatiques dans une diplomatie de plus en plus
mondialisée. Selon Richard Langhorne, c’est avec le Congrès de Vienne
de 1961 que s’amorce le processus de déliquescence de la diplomatie
classique née au XVIIe siècle dans laquelle seuls les États jouaient
véritablement un rôle[1]. Cet affaiblissement progressif des États[2]
a conduit à l’effacement des frontières traditionnelles entre ce qui
relève de l’action diplomatique officielle et des relations
internationales plus informelles, menées en marge des États. Le poids
croissant de divers acteurs non-étatiques sur la scène internationale
est un signe révélateur de cette transition. Alors que le statut des
États s’est considérablement affaibli, celui d’institutions
transnationales, aussi bien publiques que privées, s’affirme : des
organisations non-gouvernementales telles que Médecins sans
Frontières, Greenpeace ou Amnesty International, des firmes
multinationales comme Microsoft ou Total, des structures
intergouvernementales et/ou supranationales telles que le Fonds
Monétaire International, l’UNICEF ou l’Organisation Mondiale du
Commerce jouent désormais un rôle de premier plan. Par ailleurs, les
actions entreprises par des acteurs de moindre envergure comme les
régions, les peuples indigènes, les églises ou des individus émanant
de la société civile ne sauraient être négligées. Et si certains ont
pu regretter le déclin de la souveraineté étatique dans les relations
internationales, il n’empêche que ces acteurs non-étatiques ne peuvent
être ignorés car ils sont au cœur de la diplomatie du XXIe siècle.
De fait, ce phénomène a récemment donné lieu à une abondante
littérature[3]et à l’émergence de nouveaux concepts. Les notions de « 
(nouvelle) diplomatie d’influence », « diplomatie économique », ou « 
diplomatie de l’humanitaire[4] » attestent de ce changement d’ère. En
parallèle, le champ des études diplomatiques s’intéresse de plus en
plus au rôle croissant joué par les ressources naturelles dans les
relations internationales. Le choc pétrolier de 1973 et l’apparition
du concept de « diplomatie des ressources » témoignent également d’une
mutation dans les politiques internationales. Or, si ce type de
diplomatie, dont l’objet est souvent de contrôler l’accès aux
ressources naturelles, a longtemps été l’apanage des États qui
cherchaient à renforcer leur puissance nationale[5], l’influence
nouvelle des acteurs non-étatiques vient désormais s’opposer,
s’ajouter ou se substituer à la diplomatie officielle autour de cet
enjeu international. L’implication des acteurs non-étatiques donne une
dimension nouvelle à la diplomatie des ressources car leurs
motivations vont souvent au-delà de la simple appropriation ou du
contrôle des ressources. Ainsi, la pérennisation ou la bonne gestion
des ressources aux niveaux régional, transnational voire global a pu
constituer la finalité des actions entreprises par des acteurs
non-étatiques[6].
Jusqu’à maintenant, ces concepts d’acteurs non-étatiques et de
diplomatie des ressources ont surtout été appliqués au monde
post-1945. Cependant, quelques historiens ont récemment montré que,
depuis longtemps déjà, les acteurs non-étatiques occupent les marges
de la diplomatie officielle et qu’il serait donc inexact de les
envisager uniquement comme une conséquence de la globalisation à la
période contemporaine[7]. Cette approche a permis d’ouvrir de
nouvelles perspectives qui mettent davantage l’accent sur les
continuités plutôt que sur les ruptures dans l’évolution des pratiques
diplomatiques. De même, il semble que les ressources naturelles ont de
tout temps été un enjeu capital des relations internationales.
L’objectif de ce colloque est donc de montrer que l’influence des
acteurs non-étatiques dans la diplomatie des ressources n’est pas une
caractéristique propre à la diplomatie globalisée contemporaine et
doit être replacée dans une perspective historique. Ce colloque
s’intéressera spécifiquement au monde anglophone à partir de la fin du
XVIIIe siècle. En effet, c’est à partir de ce moment que se développe
une diplomatie étatique institutionnalisée avec la création du Foreign
Office en 1782 et du State Department en 1789. La Grande-Bretagne,
dont l’Empire s’accroît considérablement au XIXe siècle, comme les
États-Unis, dont le poids dans les relations internationales va
progressivement s’affirmer jusqu’à devenir une super puissance au
cours du XXe siècle, exercent leur influence partout dans le monde, de
l’Afrique à l’Amérique latine, en passant par le Moyen-Orient, l’Asie
et l’Arctique. Toutefois, plutôt que de se concentrer sur la
diplomatie officielle de ces deux grandes puissances, nous chercherons
à mettre en lumière le rôle joué par les acteurs non-étatiques : hier,
réseaux de marchands des chartered companies, organisations
philanthropiques, explorateurs, entrepreneurs, journalistes, etc. ;
plus récemment, ONG, multinationales, régions, instances
supranationales, groupes minoritaires, etc. Il s’agira de montrer
comment, dans cette diplomatie parallèle, les ressources naturelles
occupent une place capitale à la fois en tant que finalité mais aussi
comme support à des négociations dont l’objectif les dépasse.

Les communications, en anglais ou en français, pourront explorer,
entre autres, les thématiques suivantes :

Les ressources naturelles comme enjeu économique, humanitaire ou sécuritaire

La mobilisation des acteurs non-étatiques contre les différentes
formes de pillage des ressources naturelles favorisant la
déstabilisation politique (braconnage, contrebande…)

L’implication des acteurs non-étatiques dans des conflits ayant comme
enjeu les ressources naturelles

La gestion des ressources naturelles comme tremplin national pour les
peuples autochtones

La contribution des acteurs non-étatiques au développement durable et
à la bonne gestion internationale des ressources naturelles

Les méthodes utilisées par les acteurs non-étatiques dans la
diplomatie des ressources (militantisme, recours aux politiques
d’influence, négociations et alliances...)

Les liens entre la diplomatie officielle et les acteurs étatiques

Le positionnement des acteurs non-étatiques vis-à-vis des questions
d’accès et d’exploration des ressources naturelles

Sont bienvenues toutes les propositions, y compris celles portant sur
la longue durée ou adoptant une perspective comparatiste.

Merci d’envoyer vos propositions de communications (250 mots max.),
accompagnées d’une notice bio-bibliographique, avant le 12 novembre
2014 à l’adresse suivante : colloqueglobaldiplomacy@gmail.com

Une réponse sera donnée rapidement, après examen des propositions par
le comité scientifique.

Comité d’organisation : Laurence Cros (LARCA, Université
Paris-Diderot), Maggy Hary (LARCA, Université Paris-Diderot),
Stéphanie Prévost (LARCA, UniversitéParis-Diderot), & Mélanie Torrent
(LARCA, Université Paris-Diderot).

Comité scientifique : Paul Cheney (Université de Chicago), Gérard
Chouin (IFRA Nigeria), Annick Cizel (Université Sorbonne
Nouvelle-Paris 3), Gilles Giheux (Université Paris-Diderot), Amelia
Hadfield (Canterbury Christ Church, UK), David Haglund (Queen’s
University, Canada), Paule Halley (Université Laval, Canada), Trevor
Harris (Université de Picardie Jules Verne), Allan Potofsky (LARCA,
Université Paris-Diderot), Sandrine Tolazzi (Université de Grenoble),
& Julien Zarifian (Université de Cergy-Pontoise).


[1] Richard Langhorne, “The Diplomacy of Non-State Actors”, Diplomacy
and Statecraft, 16 (2005), p.3.

[2] Certains auteurs notent toutefois un retour au modèle westphalien
fondé sur les principes de non-ingérence, de souveraineté étatique et
d’égalité entre États dans la diplomatie de pays émergents tels que la
Chine et l’Inde. Cette réaffirmation d’une forme plus « classique » de
la diplomatie émanant de pays essentiellement asiatiques a conduit à
la conceptualisation d’un nouvel ordre « estphalien » dans le champ
des études diplomatiques. Voir notamment Tom Ginsburg, “Eastphalia as
the perfection of Westphalia”, Indiana Journal of Global Legal
Studies, vol. 17, no. 1 (2010), pp. 27-45.

[3] Samy Cohen, “Les États et les ‘nouveaux acteurs’”, Politique
Internationale, n°107, printemps 2005.

[4] Philippe Régnier, “The Emerging Concept of Diplomacy :
Identification of a Community of Practice and Prospects for
International Recognition”, International Review of the Red Cross,
vol. 93, n° 884, December 2011, p.
1211,http://www.icrc.org/eng/assets/files/review/2011/irrc-884-reginier.pdf
(consulté le 15 octobre 2013).

[5] David Zweig, “‘Resource Diplomacy’ Under Hegemony : The Sources of
Sino-American Competition in the 21st century ?”,
pp.2-3,http://www.cctr.ust.hk/materials/working_papers/WorkingPaper18_DavidZweig.pdf(consulté
le 7 février 2014).

[6] Elena Blanco and Jona Razzaque, Globalisation and Natural
Resources Law : Challenges, Key Issues and Perspectives, Edward Elgar
Publishing, 2011.

[7] James Pamment, New Public Diplomacy in the 21st Century : A
Comparative Study of Policy and Practice, London & New York :
Routledge, 2013.

CALL FOR PAPERS

Global diplomacy and natural resources :

stakes, practices and influences of non-state actors

(18th-21st centuries)

*****

2-3 July, 2015

Paris-Diderot University (LARCA)

Since the end of the Cold war, the activity of non-State actors has
attracted considerable attention as part of an increasingly globalised
governance and diplomacy. As Richard Langhorne has remarked, the 1961
Congress of Vienna ‘marked both the culmination and the beginning of
the end of classical diplomacy’,[1] in which ‘the State ha[d] been,
since the seventeenth century, the principal and sometimes the only,
effective actor’.[2] As Langhorne and Hamilton have convincingly
argued in The Practice of Diplomacy, today’s diplomacy is
characterised by a ‘blurring [of] the distinctions between what is
diplomatic activity and what is not, and who, therefore are diplomats
and who are not’.[3] Quite revealing of this change on the
international diplomatic stage is the proliferation and the increased
importance of multifarious non-State actors (NSA). The waning of
classical State diplomacy[4] has thus been paralleled by the advent of
transnational organisations, which, whether public or private, now
play a key role in the conduct of diplomacy. Amongst these, one finds :
non-governmental organisations (such as Doctors without Borders,
Greenpeace or Amnesty International), multinational corporations (for
instance Total or Microsoft), interstate and/or supranational agencies
(like the International Monetary Fund, UNICEF or the World Trade
Organization), etc. Actions undertaken by other, possibly minor,
non-State actors such as regions, indigenous nations, churches,
volunteers in civil society and individuals should not be overlooked
either. Even if some traditional diplomatic actors sometimes regret or
fear that NSA may cause a crisis of representation in the context of
lessened State sovereignty, NSA cannot be ignored and are
fully-fledged participants in 21st-century diplomacy.

In recent years, there have been innumerable studies on
diplomacy, many of them discussing very new concepts (new public
diplomacy, economic diplomacy, humanitarian diplomacy,[5] etc.) which
emerged in the wake of the collapse of the bipolar system in the 1990s
and the 9/11 attack, thereby attesting that diplomacy is yet again ‘in
transition’.[6] At the same time, the politics of natural resources
has increasingly become the focus of such studies, as attested by the
coinage of ‘resource diplomacy’ in the wake of the 1973 oil crisis.
Whereas resource diplomacy, whose object often is securing access to
natural resources, has long been the privilege of States striving for
hegemony, the coming of NSA in the resource diplomacy game has
modified its rules, with NSA either opposing, strengthening or even
replacing States’ official diplomacy in that particular branch. The
involvement of NSA is giving resource diplomacy a new meaning, as
their purpose often overrides the mere appropriation, control or
management of natural resources. Resource protection and sustainable
resource management and exploitation at the regional, national,
transnational and international levels also count amongst possible
objectives of NSA.[7]

Until now, concepts of NSA and resource diplomacy have
mostly been used to analyse the post-WWII period. However, a few
historians, in particular James Pamment,[8] have recently shown that
NSA have long existed in the margins of official diplomacy and are not
a mere emanation of 20th- and 21st-century globalisation. This
approach opens up new perspectives which emphasize continuities,
rather than rupture in the history of diplomacy. Also, it is
increasingly argued that natural resources have always been a major
stake in international relations.

The objective of this conference is to show that the
influence and empowerment of NSA in resource diplomacy not only
relates to contemporary global diplomacy, but need to be considered in
a broader historical framework. This conference will focus on the
diplomacy of the English-speaking world from the late 18th century,
when diplomacy became institutionalised in Great Britain and the
United States with respectively the establishment of the Foreign
Office in 1782 and the State Department in 1789. Britain, whose Empire
had been greatly increased by the end of the 19th century, and the
United States, which progressively became a super-State by the 20th
century, have exerted their influence throughout the world, ranging
from Asia to Africa, Latin America, the Middle East and the Arctic.
Rather than focus on the official diplomacy of these two powers, this
conference will seek to highlight the influence of British and
American non-State actors over the period under study in resource
diplomacy. In the past, such NSA could range from, for instance,
merchants’ networks involved in chartered companies to philanthropic
organisations, explorers, entrepreneurs or journalists. Nowadays, NSA
include non-governmental organisations, multinational corporations,
regions, interstate and supranational agencies, communities,
indigenous nations, etc. In particular, this conference will attempt
to assess how natural resources are both a much sought-after asset at
the heart of second-track diplomacy, but also the basis, and sometimes
even a pretext, for far-reaching negotiations and claims.

Conference organisers invite papers, in French or English,
addressing, inter alia, the following issues :

natural resources as economic, humanitarian, security stakes
the involvement of NSA against the plunder of natural resources aiming
at political destabilisation (for instance poaching, smuggling, etc.)
the involvement of NSA in conflicts over natural resources
effective natural resources management as the source of national
empowerment for indigenous peoples
the role of NSA in the sustainable development and international
sustainable management of natural resources
the strategies used by NSA in resource diplomacy (militancy, public
diplomacy, negotiations, deals and alliances, etc.)
the relationship between State actors and non-State actors
NSA views/ declarations on issues of access to & exploitation of
natural resources

Proposals envisaging these issues over the longue durée and/ or from a
comparative perspective are also welcome.

Abstracts (no longer than 250 words) should be sent to the following
email address with a bio-bibliographical note before 12 November
2014:colloqueglobaldiplomacy@gmail.com

Participants will be notified soon afterwards, following peer
reviewing by the scientific committee.

Organising committee : Laurence Cros (LARCA, Paris-Diderot University),
Maggy Hary (LARCA, Paris-Diderot University), Stéphanie Prévost
(LARCA, Paris-Diderot University), & Mélanie Torrent (LARCA,
Paris-Diderot University).

Scientific Committee : Paul Cheney (University of Chicago), Gérard
Chouin (IFRA Nigeria), Annick Cizel (Sorbonne Nouvelle-Paris 3
University), Gilles Giheux (Paris-Diderot University), Amelia Hadfield
(Canterbury Christ Church, UK), David Haglund (Queen’s University,
Canada), Paule Halley (Laval University, Canada), Trevor Harris
(Picardie Jules Verne University), Allan Potofsky (LARCA,
Paris-Diderot University), Sandrine Tolazzi (Grenoble University), &
Julien Zarifian (Cergy-Pontoise University).