CFP : "Dialogues schizophoniques avec Louis Wolfson"

Appel à contributions

Dialogues schizophoniques avec Louis Wolfson

L’assocation LETAP (association pluridisciplinaire de jeunes chercheurs soutenue par Paris Sciences et Lettres) et les Éditions l’Imprimante lancent un appel à articles pour un ouvrage à paraître début 2016.

Les propositions d’articles (environ 300 mots), accompagnées d’une brève bio-bibliographie, (en français exclusivement), sont à envoyer pour le 1er juin 2015 à asso.letap@gmail.com et juliettedrigny@hotmail.fr.

Comité éditorial : Sandra Pellet (Université de Rouen), Juliette Drigny (Université Paris-Sorbonne), Wanda Skotnicki (psychologue, diplômée de l’Université Paris VII en psychopathologie clinique) et Chloé Thomas (Université Paris III).

Comité scientifique : Claire Davison-Pegon (Université Paris III), Mathias Verger (Université Paris VIII), Maurizio Balsamo (Université Paris VII), Guillaume Sibertin-Blanc (Université de Toulouse-Jean Jaurès).

Le Schizo et les langues, texte autobiographique de l’Américain Louis Wolfson publié en 1970, est écrit en français à la troisième personne. Wolfson s’y désigne par les termes “le psychotique” ou “l’étudiant en langues”, liant d’emblée en un même système sa maladie mentale et son rapport particulier au langage. En effet, ne pouvant supporter l’écoute de sa langue maternelle, l’anglais, et se passionnant corrélativement pour l’étude des langues étrangères, Wolfson en vint à inventer un procédé pseudo-linguistique de conversion des mots anglais en des mots étrangers, afin d’annihiler la langue première, tout en en conservant la trace sémantique et sonore. Chargé d’autodérision, le livre se veut également une sorte de manuel de survie à destination des psychotiques.

Après une certaine effervescence lors de sa parution, notamment grâce à son préfacier, Gilles Deleuze, le livre est ensuite retombé dans l’obscurité, hormis dans le champ psychanalytique où il est devenu un ouvrage de référence. Une publication relativement récente (2009) dirigée par Pierre Alféri a ressuscité ce qu’elle appelle en titre le Dossier Wolfson. Plongeant dans les archives de la maison Gallimard et de Jean-Bertrand Pontalis qui édita l’ouvrage, cette étude interroge ce qui reste du « moment-Wolfson » (François Cusset). Prenant pour hypothèse que ce livre peut encore nous parler, nous tâcherons de prolonger ces travaux et de prendre Le Schizo et les langues comme support d’un travail de recherche pluridisciplinaire, en évitant le double écueil de l’empathie excessive et de la distance protectrice.

Les articles pourront provenir du champ de la littérature, de la psychanalyse, de la philosophie, mais également de l’histoire des idées, de la sociologie, de la géographie... Nous encourageons les contributions de chercheurs qui ne seraient pas spécialistes de Wolfson mais qui souhaiteraient exposer ce que leur discipline peut apporter à la connaissance et à l’interprétation de ce texte ou de son contexte.

Différents axes de recherche peuvent être proposés, sans exclusivité :

Histoire des idées : en quoi la publication par Jean-Bertrand Pontalis dans la collection « Connaissance de l’inconscient », spécialisée dans la psychanalyse, ou la lecture de Deleuze dans sa préface célèbre, « Le schizolexe », ont-elles pu conditionner la réception du texte et sa classification ? On pourra envisager l’inclusion de Wolfson dans la tradition française des « fous littéraires », due notamment à sa découverte par Raymond Queneau, ou encore son rapport au structuralisme et au linguistic turn. La réception de l’ouvrage par le courant anti-psychiatrique pourra aussi être interrogée

Littérature : Le Schizo et les langues suscite fréquemment des réflexions sur le rapport de la folie à l’écriture, qui s’apparente, pour ce texte, à un lieu commun critique. On pourra faire le pari de l’ambition littéraire du texte, ou plutôt choisir d’y voir un document à valeur médicale ou sociale, témoignant de l’intégration de la maladie psychique dans la société ou à l’inverse de sa stigmatisation.

Psychologie/ Psychanalyse : l’écriture autobiographique comme ré-invention d’une généalogie et d’une histoire, dans laquelle Wolfson vient s’inscrire comme auteur et sujet.

Sociologie : la présence de la maladie mentale dans la société et son institutionnalisation, plus ou moins contournée ; les interactions et modes communicationnels entre le « malade » et sa famille ; socio-analyse de l’écriture de soi.

Traductologie : chez Wolfson la partition habituelle entre langue source et langue cible devient une séparation entre “langue maternelle”, très corporéisée, et l’étrangeté en général, c’est-à-dire non une langue étrangère choisie, mais un ensemble de morphèmes pris à des langues étrangères variées et articulés entre eux pour rendre compte, sémantiquement et phonétiquement, de l’anglais ainsi voilé-dévoilée

Disability studies, voire trauma studies.

Géographie : dans la lignée de l’ouvrage fondateur de R.E.L. Faris, Mental Disorders in Urban Areas, publié en 1939, on pourra s’intéresser à la façon dont les rapports entre maladie mentale et espace urbain sont interrogés par le texte, notamment à travers la représentation de la ville de New York par Louis Wolfson.

L’association LETAP, fondée par de jeunes chercheurs issus de disciplines variées, a pour objectif de mêler travaux de recherche et création. Nous encourageons, sans le rendre obligatoire, le dialogue entre les chercheurs et les créateurs (plasticiens, comédiens, musiciens), en maintenant une exigence à la fois sur le plan scientifique (constitution d’un comité scientifique) et créatif.

La maison d’édition associative Les Éditions l’Imprimante a pour objet d’éditer des ouvrages aux formats rarement représentés dans les maisons d’édition classiques. Originaux par la forme et le fond, ces ouvrages promeuvent la rencontre entre travail de recherche théorique et artistique. La maison d’édition n’est pas restreinte aux membres actuels de l’association LETAP et se propose de publier d’autres projets qui correspondraient aux statuts de l’association et en respecteraient la volonté d’interdisciplinarité.

Éléments de bibliographie

· ouvrages de Louis Wolfson

Wolfson, Louis, Le Schizo et les langues, préface de Gilles Deleuze, Paris, Gallimard, Collection « Connaissance de l’inconscient » dirigée par J.-B. Pontalis, 1970.

Minarsky, Rose, et Wolfson, Louis, Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne mardi à minuit au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan : ou Exterminez l’Amérique, Paris, Navarin, Collection « Supplément à Analytica. Cahiers du Champ freudien » n° 34, 1984. (2ème édition révisée et augmentée par Louis Wolfson, Paris, Éditions Attila, 2012.

« Entretien avec Louis Wolfson ». Propos recueillis par Anne Leguil-Duquenne, L’Âne, n° 18, septembre-octobre 1984.

· ouvrages critiques

Alferi, Pierre et alii., Dossier Wolfson, ou L’affaire du Schizo et les langues, Paris, Gallimard, « L’Arbalète », 2009.

Bourdieu, Pierre, « L’Illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 62-63, 1986, p. 69-72.

Deleuze, Gilles, Entretien radiophonique avec Jean Ristat à l’occasion de la parution du Schizo et les langues, Radio France, 2 juillet 1970. [Retranscription consultable sur le site internet de L’Humanité, publié le 28 février 2006].

Deleuze, Gilles, « Louis Wolfson, ou le procédé », dans Critique et Clinique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1993 [deuxième version de la préface au Schizo et les langues avec un commentaire sur Ma mère musicienne…].

Foucault, Michel, « Sept propos sur le septième ange », préface à La Grammaire logique de Jean-Pierre Brisset, Tchou, 1970. Recueillie dans Dits et Écrits I. 1954-1975, Quarto, Gallimard, 2001.

Gori, Roland, « Wolfson ou la parole comme objet », Mouvement Psychiatrique, n° 24, 1972, p. 19‑27.

Rey, Alain, « Le Schizolexe », Critique, n° 279-280, août-septembre 1970.

Tilkin, Françoise, Quand la folie se racontait. Récit et antipsychiatrie, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1990

Pour une bibliographie complète, on se reportera aux travaux de Uriburu, Maria Eugenia, et notamment « L’opposition à la langue maternelle », introduction à la bibliographie du dossier Wolfson, Recherches en psychanalyse, 2013/1 n° 15, p. 80-92. DOI : 10.3917/rep.015.0080 [en ligne].