CFP : « Des accrocs sur la page : lire/voir la déchirure dans la BD et le roman graphique de langue anglaise »

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« Des accrocs sur la page : lire/voir la déchirure dans la BD et le roman graphique de langue anglaise »

Journée d’Etude organisée par le Centre de Recherche Texte et Image de l’Université Paris Sorbonne (VALE, EA 4085)

le 7 février 2015

en Sorbonne, Salle des Actes

La bande dessinée et le roman graphique tiennent leur définition de la séquentialité, pourtant les productions contemporaines jouent volontiers de la fracture, l’interruption violente, la dissonance. Les formes de la déchirure constituent alors un événement, qu’elles soient représentées dans l’œuvre ou produites par divers procédés esthétiques et/ou rhétoriques, dans l’espace de la case, la page ou la séquence, dans le rapport entre le texte et l’image, etc, et à ce titre elles justifient un questionnement multiple.

Au plan thématique, comment la déchirure se donne-t-elle à lire/voir, et notamment comment la représentation de la coupure douloureuse ou du traumatisme s’organise-t-elle ? On pourra ainsi explorer la perturbation due à l’absence soudaine de texte ou l’effet des écarts typographiques, par exemple l’aspect violemment insolite de caractères gras et tremblés, dans la représentation des affects et des peurs des personnages (cf. Chris Ware). Quelle place du sujet et de l’affect trouve à s’y exprimer ? La déchirure a-t-elle à voir avec l’indicible ou l’irreprésentable ? Ainsi, entre autres, comment la coupure provoquée par les attentats du 11 septembre s’est-elle répercutée dans la bande dessinée et le roman graphique (cf In the Shadow of No Towers d’Art Spiegelman, etc) ? Plus généralement, un emploi excessif de la répétition ou des effets abrupts de recontextualisation peuvent-ils paradoxalement signifier la déchirure (cf C. Ware, A. Bechdel, A. Spiegelman) ? La « bande dessinée alternative » présente souvent de tels moments de décalage, de rupture entre deux temps ou deux espaces (cf Charles Burns, Daniel Clowes).

Au plan formel on s’intéressera aux procédés qui soulignent la fragmentation de la page ou de la case, et créent des effets de suspens ou de désordre. Il ne s’agira pas seulement du recours aux zébrures, diagonales agressives, éclatements du cadre et autres effets visuels qui dynamisent la page et créent le choc dans la bande dessinée d’action (par ex. Hawkeye de Fraction et Aja, Watchmen de Gibbons et Moore, etc), mais aussi de stratégies telles que la disposition inattendue des bulles de dialogues sur la page, le surgissement de diagrammes qui font éclater la temporalité (cf Jimmy Corrigan de Ware), la contradiction subite entre le contenu du texte et celui de l’image, le changement brutal de style graphique d’une page à l’autre (cf D. Clowes), etc. Des auteurs plus anciens, comme Georges Herrimann ou Winsor McCay ont aussi employé ponctuellement de tels effets. Quel est le rôle du détail dans ces jeux de rupture spatiale ou temporelle ? On explorera l’impact déstabilisant de ces pratiques sur le lecteur/spectateur : quel type d’agression ou de violence s’exerce sur le lecteur par la déchirure et la rupture de continuité ? Quel effet de tremblement, d’hésitation traduit-elle ?

On pourra aussi s’interroger sur la façon dont la déchirure et ses avatars (accroc, entaille, fente, fissure, rupture, brèche, etc, parfois en trompe-l’œil) nous invitent à explorer les rapports entre surface et profondeur, continuité et discontinuité, montré et caché. Y aurait-il un « dessous » de l’image ou de la page, susceptible d’apparaître tel le requin dans The Raw Shark Texts de Steven Hall ? Les auteurs utilisant la profondeur de la page (page à déplier chez Jason Shiga, emploi du papier calque chez d’autres, etc) mériteraient ici que l’on s’y arrête.

Quel est dans ce cadre le statut de la métalepse ? Si la déchirure peut fonctionner comme marqueur de réflexivité, on examinera comment elle nous invite donc à faire retour sur nos façons de voir et nos pratiques critiques et théoriques.

Les propositions d’une longueur de 300 mots environ en français ou en anglais pourront être transmises par mail à Françoise Sammarcelli (frasamm@club-internet.fr) et Côme Martin (come.martin@gmail.com) accompagnées d’une courte notice biographique, avant le 7 décembre 2014.

CALL FOR PAPERS :

“Tearing up the page : reading/viewing the rip in English-language comics and graphic novels”

One-day seminar organized by the Sorbonne Research Center on Text and Image

February 7, 2015

Université Paris Sorbonne, Salle des Actes

Comics and graphic novels are frequently defined in terms of sequentiality, yet contemporary productions often play with rupture, violent interruption, and jarring effects. Forms of tearing and ripping thus constitute an event, whether they are represented in the work or created by various aesthetic and/or rhetorical devices, within the space of a box, a panel, or a sequence, within the text/image relation, etc, and therefore they call for a multiple questioning.

In thematic terms, how is a tear (a rip/a gap) exhibited and, in particular, how is a painful cut or trauma represented ? One could explore the disturbance due to the sudden absence of text or to typographical variations, for instance the unsettling effect of bold type or shaky lettering, to represent the characters’ emotions and fears (see Chris Ware). How are the place of the subject and his affect thus conveyed ? Is the tearing motif related to the unsayable or the unrepresentable ? Among other themes, how is the sense of a radical break brought about by the terrorist attacks on September 11 echoed or expressed in comics and graphic novels (see In the Shadow of No Towers by Art Spiegelman) ? More generally, can the excessive use of repetition or sudden recontextualization paradoxically signify a break ? (see C. Ware, A. Bechdel, A. Spiegelman). « Alternative comic strips » often rely on moments of discrepancy and rupture between two time-frames or two spaces (see C. Burns, D. Clowes).

In formal terms, one will investigate the devices that underline the fragmentation of the page or the box and create effects of suspension and disorder. One will not only focus on the use of streaks or aggressive diagonals, the breaking of the frame and other visual effects that redynamize the page and produce shocks in action comics (see Hawkeye by Fraction and Aja, Watchmen by Gibbons and Moore, etc), but also on strategies such as the unexpected vanishing of dialogue balloons from the page, the appearance of diagrams that explode temporality (see Jimmy Corrigan by Chris Ware), the sudden contradiction between the contents of text and of images, the change of graphic style from one page to the next (see D. Clowes), etc. In the past, authors such as George Herriman or Winsor McCay also sometimes used such devices. What is the role/function of details in these games of spatial or temporal rupture ? One could explore the destabilizing impact of these practices on the reader/viewer : what kind of aggression or violence is he-she subjected to ? What sort of hesitation do rents and tears convey ?

One will also examine the ways in which tearing up the page involves exploring the relation between surface and depth, continuity and discontinuity, what is shown and what is concealed. Is there something « beneath » the image or the page that may appear like the shark in Steven Hall’s The Raw Shark Texts ? Authors who play with the depth of the page (pages to be unfolded in Jason Shiga’s work, using tracing paper in other works, etc) thus also deserve to be explored.

What is the status of metalepsis in this context ? If tearing up the page may function as a sign of reflexivity, one could also wonder how it invites us to reflect on our ways of seeing and on our critical and theoretical practices.

We welcome 300-word abstracts in French or English to be sent together with a short biographical note via email to Françoise Sammarcelli (frasamm@club-internet.fr) and Côme Martin (come.martin@gmail.com)

Deadline for submission : December 7, 2014.