CFP : De l’interdisciplinarité à la transdisciplinarité ? Nouveaux enjeux, nouveaux objets de la recherche en littérature et sciences humaines (scroll down for English)

APPEL A COMMUNICATION

« De l’interdisciplinarité à la transdisciplinarité ? Nouveaux enjeux, nouveaux objets de la recherche en littérature et sciences humaines »

Colloque international organisé par IMAGER (Institut des mondes anglophone, germanique et roman)
Universités Paris-Est-Créteil (UPEC) et Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM)
27-29 novembre 2014

(Scroll down for English)

L’ancrage disciplinaire en usage dans les études académiques et les lieux d’enseignement et de recherche est perçu comme indispensable, mais fait aujourd’hui l’objet de remises en question. Indispensable, car il garantit la délimitation d’un objet du savoir et celle des tâches assignées à l’enseignant et au chercheur dans un cadre institutionnel. Remis en question, car les disciplines tendent à être considérées comme autant de bastions dans lesquels se retranchent les « spécialistes » d’un domaine.

Les études mono-disciplinaires représentent un point de vue limité sur la culture en même temps qu’elles s’approprient l’exclusivité d’une compétence. Or l’identité des disciplines fait parallèlement l’objet d’interrogations. La crise des « études littéraires », régulièrement invoquée, pose la question de leur insertion dans le champ des sciences humaines. Ces mêmes études littéraires, confrontées au défi des sciences de la culture, envisagent par ailleurs le décloisonnement des disciplines comme un facteur de renouvellement : elles intègrent des outils exogènes pour analyser les conditions historiques, socio-politiques, institutionnelles de production des textes, l’horizon discursif dans lesquels ils s’inscrivent, étudier le rapport entre littérature et autres médias. De même, si des disciplines comme la sociologie, l’histoire et la science politique sont depuis longtemps connexes – quand elles ne sont pas dans un rapport de filiation, telle la sociologie vis-à-vis de l’anthropologie – qu’advient-il de leur spécificité lorsqu’elles empruntent par exemple les outils de la géographie pour traiter les enjeux spatiaux, ceux de la psychologie pour s’intéresser aux motivations des acteurs, voire ceux de l’analyse littéraire pour étudier les récits individuels et collectifs ?

Dans la mesure où les disciplines constituent un enjeu territorial et identitaire, le dialogue ressenti comme nécessaire est également un facteur de tensions et de conflits que laisse apparaître l’élaboration de projets communs. Mais il stimule également la construction de cadres conceptuels de référence et de méthodes susceptibles d’intégrer différences et divergences dans un horizon global de réflexion sur la production et l’évolution des savoirs. Si la pluri- et l’interdisciplinarité font depuis longtemps partie des pratiques méthodologiques en sciences humaines, le terme « transdisciplinarité » a fait son apparition au cours des années 1990 dans le discours sur le dépassement des frontières disciplinaires, qui met désormais l’accent sur la constitution systématique d’un réseau de relations entre les disciplines. Il convient de s’interroger sur les raisons qui ont motivé cette transition et sur ses conséquences possibles en termes institutionnels.

Ce colloque organisé par l’Institut des Mondes Anglophone, Germanique et Roman (IMAGER – Université Paris-Est) se propose de faire un bilan de la réflexion théorique engagée et des recherches inter- ou transdisciplinaires en cours, mais également d’en mesurer l’impact sur la recomposition des savoirs et de leur transmission dans les Lettres et Sciences humaines dans une vision prospective. Il invite à une réflexion sur la transdisciplinarité comme enjeu épistémologique et méthode de recherche.

On remettra tout d’abord ces enjeux en perspective en revenant sur la généalogie de l’organisation des systèmes disciplinaires dans les aires culturelles européennes et extra-européennes (Etats-Unis, Amérique latine). On se penchera sur les conditions (subjectives, sociales, nationales…) qui orientent la constitution des disciplines dans le champ des sciences humaines et sociales, et de ce fait sur les enjeux qui sous-tendent leur institutionnalisation. Comment la critique de modèles culturels dominants a-t-elle ensuite conduit à substituer dans certains contextes le terme d’« études » (studies) à celui de « discipline » ? Comment la dialectique entre l’exigence de spécialisation et ce qui s’apparente à l’utopie d’un point de vue global sur la culture se construit-elle ?

On s’interrogera ensuite sur un possible dépassement des frontières disciplinaires en analysant la construction de nouveaux objets de recherche par le biais de la création en synergie de nouvelles méthodologies dans un contexte de globalisation de l’espace de la recherche. On peut mentionner : le développement des études fondées sur l’intermédialité et celui de l’historiographie littéraire et artistique transnationale en écho à celui de la Global History, la réflexion sur les « canevas culturels » (Kulturmuster) globaux propres aux cadres de pensée d’une société, mais aussi les synergies entre divers champs des sciences sociales sur la construction des identités collectives, ou entre sciences sociales et sciences « dures » dans le domaine de l’environnement. Il convient également de rendre compte de l’avènement de nouvelles méthodologies issues du croisement entre supports différents, telles les humanités numériques.

On s’intéressera enfin aux conséquences pratiques qu’entraîne la mise en œuvre d’une perspective transdisciplinaire dans l’enseignement et la recherche. En quoi le développement de la transdisciplinarité invite-t-il à repenser la formation des élèves et des étudiants ainsi que celle des professeurs chargés de la transmission des savoirs ? Peut-on vraiment sortir du cadre des disciplines ? N’y a-t-il pas un risque de dilution des savoirs et de confusion méthodologique ? L’évaluation elle-même, au cœur de l’enseignement et de la recherche, est affectée par les pratiques transdisciplinaires : sur quelles bases en effet, évaluer des compétences s’il n’y a plus de frontières entre les disciplines ? Quels sont à l’inverse les bénéfices de cette approche ?

Le colloque s’organisera donc autour de trois grands volets :

  •  réflexion théorique et mise en perspective historique ;
  •  recherches en cours impliquant une démarche transdisciplinaire
  •  aspects didactiques et institutionnels.

    Les communications - en français ou en anglais - pourront s’articuler autour des axes suivants (liste non exhaustive) :

  •  Le passage des disciplines aux « studies », de l’inter- à la transdisciplinarité dans le contexte de la globalisation, le lien entre transdisciplinarité et transculturalité.
  •  Définir la transdisciplinarité. En quoi se distingue-t-elle de l’interdisciplinarité ?
  •  La constitution de nouveaux champs d’étude transdisciplinaires et les bouleversements méthodologiques qu’ils entraînent. La constitution de corpus transgénériques.
  •  Les enjeux philosophiques et épistémologiques de la transdisciplinarité. Le savoir décloisonné, nouvelle utopie ? Peut-on vraiment être complètement "au-delà" de la discipline ?
  •  Les implications éthiques et sociales de la transdisciplinarité.
  •  Le rôle d’internet et des nouvelles technologies dans le développement des pratiques transdisciplinaires.
  •  Les applications pratiques dans l’enseignement et dans les études académiques, les résistances rencontrées et les difficultés de mise en œuvre de projets ou de cursus transdisciplinaires ; les apports des approches transdisciplinaires dans ces mêmes domaines.
  •  De quelle manière la transdisciplinarité affecte-t-elle les institutions qui travaillent en lien avec l’université (agences d’évaluation, CNU, bibliothèques etc.) ?

    Les propositions de communication (300-400 mots), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à adresser pour le 15 février au plus tard à :
    Laure de Nervaux-Gavoty
    Sylvie Le Moël <sylvie.lemoel@u-pec.fr>
    Guillaume Marche

    CALL FOR PAPERS

    “From Interdisciplinarity to Transdisciplinarity : Rethinking Research Today in Social Sciences and the Humanities”

    An international conference organized by the Institute for the study of English-, German-, and Romance language-speaking cultures (IMAGER – Université Paris-Est, France)
    Universités Paris-Est-Créteil (UPEC) & Marne-la-Vallée (UPEM)
    November 27–29, 2014

    The domination of disciplines in academic programmes and institutions is increasingly being called into question. While disciplines help delineate areas of knowledge and provide an institutional framework to both academic instructors and scholars, the hallowing of academic silos can lead to a form on entrenchment.

    Not only does scholarship conducted from the standpoint of a single discipline tend to offer a limited point of view on culture, it also makes certain forms of expertise the exclusive preserve of a given disciplinary field. At the same time, the identity of academic disciplines has increasingly become subject to question. For example, “literary studies” are going through an identity crisis that raises the question of their position and legitimacy within the field of social sciences and humanities.

    Considering the rise of cultural studies, literary studies are currently opening themselves up to the epistemological renewal that other fields can offer. They increasingly borrow theoretical tools from other disciplines in order to analyze the historical, socio-political and institutional conditions of production of literary texts, to identify the general discursive circumstances in which they emerge, and to study the relationship between literature and other media. Similarly, while disciplines such as sociology, history, and political science have always been closely related—if not literally spinoffs from one another, as in the case of sociology vis-à-vis anthropology—what becomes of their specificities when they borrow from geography to address space-related issues, from psychology to understand social actors’ individual motivations, or from literary studies to make sense of individual or collective narratives ?

    Disciplines are highly disputed turfs, so that interdisciplinary dialogue can be both a necessity and a source of tensions and conflicts—witness collaborative work on common projects. But this dialogue does also foster the development of conceptual frameworks and methods that may turn differences and divergences into a more fruitful reflection on the production and evolution of knowledge. –Whereas multidisciplinarity and interdisciplinarity have long been integral to the methodologies of the social sciences and humanities, transdisciplinarity emerged in the 1990s as a way of crossing disciplinary boundaries and is today understood as a form of systematic exchanges among the disciplines. Due attention should be given to the causes of this transition and to its possible impact on academic institutions.

    This conference organized by the Institute for the study of English-, German-, and Romance language-speaking cultures (IMAGER – Université Paris Est, France) aims to assess current theoretical reflections on inter- and transdisciplinarity as well as research grounded in it, and to measure their impact on the evolution of scholarship and curriculum in the field of literature and humanities. Transdisciplinarity will thus be approached both as an epistemological issue and a research method.

    The first goal of this conference is to put these issues into perspective by addressing the genealogy of disciplinary systems both within and outside Europe. Close attention should be given to the conditions—be they subjective, social, national—which shape the emergence of disciplines in social sciences and humanities as well as to the various agendas that may underlie their institutionalization. Why has the critique of prevailing cultural models in some cases led to the substitution of “studies” instead of “disciplines” ? How are the demands of specialization to be reconciled with what might be construed as a global, utopian view of culture ?

    Further, the conference aims to account for experiments in research that oversteps disciplinary boundaries by analyzing the new fields and methodologies that emerge in the contemporary globalized academic environment, which puts a strong premium on synergism and linkages. These include for instance : the development of intermedial studies and of a transnational literary and artistic history that echoes Global History ; the study of “cultural patterns” (Kulturmuster) that account for a given society’s dominant modes of thinking ; the collaborations among various social science disciplines around issues of collective identity constructions ; the interaction between social and “hard” sciences in environmental studies. Particular attention must also be paid to the emergence of altogether new methodologies such as in the numerical humanities.

    The third focus of the conference is the consequences of a transdisciplinary approach in the relationship between academic research and curriculum. To what extent does the development of transdisciplinarity require rethinking the academic training of both students—be it in primary, secondary, or higher education—and teachers ? Are academic disciplines a purely constraining framework that needs to be transcended, or are they also safeguards against intellectual fuzziness and methodological confusion ? The institutional assessment of education and research is also affected by transdisciplinary practices : how are academic skills and results to be assessed in the absence of a reference to clearly bounded disciplines ? What, on the contrary, may be the benefits of such a renewed approach to evaluation ?

    The conference will thus revolve around three sets of issues :

  •  theory and historical perspective
  •  current research with a transdisciplinary angle
  •  curricular, institutional, and educational challenges

    Papers— in French or English—may examine the following questions (indicative list) :

  •  The transition from academic “disciplines” to “studies,” and from interdisciplinarity to transdisciplinarity ; the link between transdisciplinarity and transculturality
  •  How to define transdisciplinarity : in what ways does it differ from interdisciplinarity ?
  •  How do new fields of transdisciplinary study get created, and what methodological issues do they raise—e.g. the constitution of transgeneric corpora ?
  •  The philosophical and epistemological issues of transdisciplinarity : Is the decompartmentalization of knowledge a utopia ? Can scholarship really situate itself beyond academic disciplines ?
  •  The ethical and social implications of transdisciplinarity
  •  The role of the Internet and of ICTs in the emergence and development of transdisciplinary practices
  •  The practical implications of transdisciplinarity for education : What are the obstacles to, and the difficulties in, the implementation of transdisciplinary projects or curriculum ? What are their benefits ?
  •  How does transdisciplinarity affect those institutions that collaborate with universities—rating agencies, institutional review boards, libraries etc.?

    Paper submissions—300 to 400 words, in French or English, and a short biographical notice—should be sent by February 15, 2014 to :
    Laure de Nervaux-Gavoty
    Sylvie Le Moël <sylvie.lemoel@u-pec.fr>
    Guillaume Marche