CFP : "Confluence(s)

Appel à communications

Thème du congrès SAES 2016

(Scroll down for the English version)

Confluence(s)

Sa position géographique, entre Saône et Rhône, fait de la ville de Lyon un point de confluence qui lui a permis de se développer au fil du temps. Le quartier de la Confluence, récemment rénové, est un exemple d’urbanisme alliant tradition et modernité. Le musée des Confluences vient aussi d’y voir le jour et entend incarner « une philosophie de la rencontre, un goût de l’échange, une intelligence de regards croisés », comme l’indique son site Internet.

La confluence semble a priori signifier une richesse issue de la diversité qu’elle implique. Cependant, elle présuppose aussi une différence. Parler de confluence, au sens propre, revient à parler du lieu où deux courants se rejoignent : géographiquement, la confluence de deux cours d’eau implique qu’ils ne forment plus qu’un pour s’écouler vers un même point. Ainsi, la convergence invite à explorer le concept d’assimilation. La notion de confluence est donc un thème privilégié pour les études transdisciplinaires et transculturelles puisque qu’il implique un positionnement au carrefour des cultures, des approches, des courants de pensée et des méthodes d’analyse.

Plusieurs autres notions sont associées à la confluence : influence, métissage et hybridité. Réfléchir au concept de confluence(s) invite donc à interroger l’hétérogénéité et, de manière corrélée, l’identité. En littérature, les questions liées à l’hybridité ont donné lieu à de nombreuses études sur la littérature de langue anglaise et singulièrement sur la littérature postcoloniale. Cette notion d’hybridité, dont l’origine se situe non pas dans la topographie mais dans la biologie, puisqu’elle désigne le croisement de deux espèces, est souvent associée au métissage ou à la créolisation (Edouard Glissant) et peut également renvoyer à la notion de dislocation. A cet
égard, une approche transculturelle sera potentiellement féconde. On pourra interroger l’esthétique de l’hybridité afin d’en apprécier l’incidence sur l’écriture. De plus, des lectures transtextuelles ou transgénériques permettront d’aborder la confluence à travers les genres littéraires, en analysant comment les genres peuvent se rencontrer, se définir par leur rencontre ou par leur opposition. Par exemple, comment le novel est né de la rencontre de différents modes d’écriture au XVIIIe siècle, se déclinant ainsi en roman d’aventure, roman épistolaire, roman sentimental etc.

Ces questions intéresseront également les linguistes qui pourront étudier l’hybridité intrinsèque de la langue anglaise, issue de la confluence de plusieurs cultures. La notion de confluence(s) évoque aussi les travaux issus de la linguistique cognitive et particulièrement le blend et ses diverses déclinaisons. D’un point de vue sociolinguistique, si l’on considère que toute interaction verbale implique une convergence, la confluence peut renvoyer aux phénomènes d’accommodation qui constituent autant d’ajustements du locuteur pour se rapprocher du modèle linguistique de son interlocuteur. D’un point de vue phonético-phonologique, le thème du congrès évoque l’assimilation ou la co-articulation, phénomènes propres à la chaîne parlée. Enfin, les lexicologues pourront s’intéresser à l’amalgame. En anglais de spécialité, la métaphore de la confluence invite tout d’abord les chercheurs à emprunter les différents courants théoriques et méthodologiques qui convergent vers la caractérisation du « spécialisé » dans la langue et dans son apprentissage au sein du secteur LANSAD : analyse du discours, linguistique, didactique, traductologie, ou encore ethnographie. Elle invite ensuite la communauté des anglicistes de spécialité à envisager leur discipline comme un affluent naturel de l’anglistique, longeant et pénétrant les rives du droit, de l’économie, de la santé, et des sciences, pour ne citer que quelques domaines. Le propre de la didactique étant de puiser aux sources des sciences contributoires (anthropologie, sociologie, psychologie, sciences du langage, sciences cognitives...) afin d’éclairer les phénomènes d’enseignement-apprentissage
ou d’acquisition des langues étrangères, la thématique de confluence(s) devrait résonner auprès des didacticiens. Les propositions de communication pourraient s’inscrire aux niveaux des types de recherche du domaine (collaboratives, action, développement, etc.), des concepts (code switching, code meshing) et/ou des théories convoquées (communities of practice, théorie de la complexité, paradigme de l’énaction). L’exploration de méthodes telles que l’interconnectivité, la transdiciplinarité, le project-based learning ou l’inquiry-based learning sera également
appréciée.

La civilisation trouve un terrain privilégié dans l’exploration du thème « Confluence(s) », singulièrement quand on s’intéresse au rôle des fleuves et des rivières à travers les âges. Depuis les travaux pionniers de Fernand Braudel sur le monde méditerranéen jusqu’aux études contemporaines des mondes atlantique, pacifique, Indien, et du monde global, les chercheurs ont étudié la question des interactions politiques, économiques, sociales, culturelles, et intellectuelles, entre des espaces connectés par les confluences géographiques. Au sens littéral, en effet, les fleuves jouent un rôle important en histoire urbaine. De façon plus métaphorique, les confluences culturelles sont la marque de fabrique d’un monde anglophone construit sur la rencontre autant que l’affrontement des cultures ; on pense notamment à la diversité ethnique et religieuse, au pluralisme et au multiculturalisme constitutifs des îles Britanniques comme de l’Amérique du Nord, à la construction des empires coloniaux et au monde anglophone postcolonial. Le concept de « civilisation » est lui-même un produit des « confluences » et on pourra notamment ré-interroger l’héritage de l’historiographie whig et la question de la linéarité dans des domaines relevant de l’histoire des émotions ou de l’histoire du genre. La notion de « Civilisation / civilisation » est d’ailleurs généralement appréhendée comme une synergie de phénomènes. Le thème de « confluence(s) » offre ainsi un éventail large de possibilités pour des communications qui interrogeront la définition de l’objet même de la « civilisation » et ses diverses incarnations dans le champ des études anglophones, de l’histoire des idées, représentative de confluences scientifiques, intellectuelles et artistiques, à l’histoire urbaine, politique, économique et sociale.

Call for papers

Confluence(s)

Lyon’s geographical situation – at the contact point between two rivers, the Saône and the Rhône – grants it the attributes of a point of confluence, which, toponymically speaking, gave its name to a recently renovated neighbourhood in Lyon. The museum of Confluences has recently opened there and, according to its website, aims to embody “a philosophy of the encounter, a taste for exchanges, intelligence brought by the convergence of diverse perspectives”.

Confluence seems to denote a richness due to the diversity that it implies. However, it also presupposes difference. In its literal meaning, a confluence is the point where two waterways meet : geographically, the confluence of two rivers implies that they gather their differences to flow together in the same direction, which gives occasion to tackle the concept of assimilation. It is a privileged field for transdisciplinary and transcultural studies, because of its position at the crossroads of cultures, but also because of the cross-fertilization of approaches, trends and analytical methods. Several other notions crop up when dealing with confluence(s) : that of influence, that of “cultural crossing” (métissage) and that of hybridity.

In literature, the notion of hybridity, which is widespread in the English-speaking world and specifically in postcolonial studies – arises from that of confluence(s). Contrary to the concept of confluence, hybridity does not originate in topography, but in biology, since it is the result of the crossing of two species. It is often associated with notions like cultural crossing (métissage) and creolization (Edouard Glissant) and it can also appear in the form of dislocation. In this respect, transcultural studies will certainly prove to be effective. It will be fruitful to ponder on the aesthetics of hybridity and confluence in order to gauge the impact of that encounter on the writing of a particular author. Questioning confluences (of cultures, languages or origins) amounts to pondering on heterogeneity and identity. Moreover, transcultural and transgeneric readings will open the door to reflections on literary genres, on how genres can meet and define themselves (or rather one another) by convergence or opposition with other genres. For example, how was the novel born from the encounter of different modes of writing in the eighteenth century, giving birth to a number of tributaries such as the adventure novel, the epistolary novel, the sentimental novel and so on ?

These questions will most probably be interesting for linguists who may analyse the hybridity of a language that comes from several cultures. Furthermore, the notion of confluence(s) suggests works on cognitive linguistics, and more particularly on the blend in its various forms. From a sociolinguistic viewpoint, if one considers that all verbal interaction implies a convergence, confluence can refer to the diverse accommodation phenomena which are the adjustments the speaker makes to get closer to the linguistic model of his/her conversation partner. For phoneticians, the theme of the congress evokes two phenomena specific to spoken language : assimilation or co-articulation. Finally, lexicologists may focus on the phenomenon of amalgam/mixture. In English for Specific Purposes (ESP), the confluence metaphor offers a great opportunity to embark on different theoretical and methodological currents such as discourse analysis, linguistics, didactics, translation studies, or ethnography, which lead to the characterisation of the specialised facets of language and their teaching to students of other disciplines. The confluence metaphor also invites the ESP community to consider their discipline as a natural tributary of English studies streaming along and into domains such as law, economy, health, and science, to name only a few. Since research in didactics draws on various contributory sciences (such as anthropology, sociology, psychology, linguistics and
cognitive sciences) in order to shed light on Second Language Teaching and Learning and Second Language Acquisition phenomena, the theme of Confluence(s) will no doubt find an echo within this community of specialists. Papers could focus on the types of research in the field (collaborative, action, development), or deal with specific concepts (such as codeswitching or code-meshing) and/or the main theoretical frameworks (communities of practice, theory of complexity, paradigm of enaction). Reflections on methods such as interconnectivity, transdisciplinarity, project-based learning or inquiry-based learning will also be welcome.

“Civilisation” can find in the exploration of the theme of “Confluence(s)” a fruitful field of research, especially when dealing with the role and influence of rivers throughout history, and more particularly in urban history. From the pioneering work of Fernand Braudel on the Mediterranean world to modern studies of the Atlantic, Pacific, and Indian oceans, and even global history, scholars have been concerned with the influence of political, economic, social, cultural, and intellectual interactions and various other kinds of exchange between spaces connected by geographical confluences. In a literal sense, rivers in fact play an important role in urban history. Metaphorically, cultural confluences are the hallmark of an Anglophone World built on the convergence as well the clash of cultures ; one thinks particularly of ethnic and religious diversity, of the pluralism and multiculturalism that characterises the British Isles as much as North America, of the construction of colonies and empire, and of the postcolonial Anglophone World. The concept of “civilisation” is itself a product of confluences, and in particular one can re-examine the heritage of Whig historiography and the question of linearity in relevant aspects of the history of emotions or the history of gender. Moreover, the concept of “Civilisation/civilisation” is generally understood as a synergy of phenomena. The theme of “Confluences” therefore offers a wide range of opportunities for papers exploring the very definition and purpose of “civilisation” itself, and of its diverse manifestations in the field of Anglophone Studies, from the history of ideas, illustrating scientific, intellectual, and artistic confluences, to urban, political, economic, and social history.