CFP : Colloque annuel FAAAM "Ecrits féminins et espace public"

Le prochain colloque du groupe de recherche FAAAM (Femmes Auteures Anglaises et Américaines), EA 370 du CREA, aura lieu a Paris Ouest Nanterre La Défense les 13 et 14 juin 2013 sur le thème : « Ecrits féminins et espace public »

APPEL A COMMUNICATIONS :

Pendant 4 ans, le groupe FAAAM a travaillé sur l’écriture de l’espace (espace littéral et espace symbolique) dans les oeuvres de femmes-écrivains de langue anglaise. Les 2 premières années (2009 et 2010) ont été consacrées a l’espace domestique ou privé et les deux suivantes (2011 et 2012) au rapport a la nature et a l’environnement. Le colloque 2013 abordera la question de l’inscription des femmes dans la sphère publique.

L’opposition public/privé trouve son origine dans la notion de contrat social tel que l’avaient conçu Hobbes et Rousseau. Selon eux, l’ordre social reposait sur l’existence de deux sphères complémentaires : celle du public et du politique et celle du privé et de l’intime. Si cette idée n’était pas entièrement nouvelle, plus importante cependant était l’affirmation que ces deux sphères correspondaient a une division de la société en termes de genres : seuls les hommes pouvaient prétendre au statut de citoyen indispensable aux activités de la sphère publique, tandis que les femmes, vouées a la reproduction par leur « nature » biologique, étaient confinées a la sphère
privée. Si récemment des historiens ont démontré que cette conception des deux sphères ne correspondait que très partiellement a la réalité (même a l’époque des philosophes du contrat social), ils admettent néanmoins que celle-ci a servi de cadre conceptuel et idéologique pour fonder en théorie un ordre justifiant la domination d’un groupe sexué par un autre – idéologie qui n’a pas totalement disparu avec la participation croissante des femmes a la sphère publique. Comme le dit la critique S. Walby : « Women are no longer restricted to the domestic hearth, but have the whole of society in which to roam and be exploited” (Theorising Patriarchy, 1990).

Car, on le sait, la dichotomie public/privé a souvent servi de base a l’articulation d’autres couples d’oppositions comme culture/nature, rationalité/sentimentalité etc. dont la dimension sexuée est encore tenace dans la conscience collective et dont on notera que le premier élément est toujours connoté plus positivement que le second. A travers des oeuvres de femmes-écrivains de langue anglaise du XVIIIeme siecle a nos jours, nous verrons comment cette division spatiale des sphères de pouvoir a été
intériorisée ou rejetée, quelles stratégies de composition ont permis de la contourner (en donnant parfois littéralement une forme non conventionnelle a l’écriture du texte sur l’espace figural de la page) ou comment les auteures se sont approprié cette notion pour la revitaliser et lui donner « a significance of their own ». On pense ici en particulier a la façon dont les Américaines du XIXeme siecle ont subverti le roman domestique en incorporant a sa trame tres codée des sujets sociaux a portée nationale (a l’instar d’Harriet Beecher Stowe avec Uncle Tom’s Cabin).

Dans le roman anglais du XIXeme, les auteures dénoncent, plus ou moins explicitement, un cloisonnement des sphères, qui confine les femmes au foyer ou aux tâches ingrates, tandis que les hommes ont accès a ce que George Eliot appelle « the male province of knowledge ». Jane Eyre, l’héroine éponyme du roman de Charlotte Brontë, revendique, pour sa part, une égalité tant sociale qu’intellectuelle.

Nous examinerons plus particulièrement les oeuvres centrées sur le rapport des femmes à la sphère publique, que ce soit le monde de l’art, de l’éducation, de la vie sociale ou de la politique, en nous demandant quelle vision du monde elles proposent et si la structuration de l’espace qu’elles mettent en scène reproduit ou non des hiérarchies de pouvoir. Enfin, nous envisagerons la possibilité de concevoir le métier d’écrivain comme un espace d’ouverture permettant d’élaborer de nouveaux codes et de porter un nouveau regard sur les frontières mouvantes entre espace privé (l’écriture) et espace public (l’édition/l’oeuvre publiée).

Des propositions sur les auteures des pays du Commonwealth ou appartenant aux « minorités » américaines seront bienvenues.

Les propositions de communications sont a envoyer avant le 30 avril à Claire Bazin, (domaine anglais et post-colonial) et Marie-Claude Perrin-Chenour, (domaine américain).

CALL FOR PAPERS :

For 4 years now, FAAAM has been working on the writing of space (both literal and symbolic) in the works of English-speaking women writers. The first two years (2009-10) were dedicated to the domestic or private sphere and the following ones (2011-12) to the women writers’ relationship to nature and the environment. The 2013 conference will address the question of women’s inscription in the public sphere (June, 13 and 14 2013).

The opposition public/private finds its origin in the notion of social contract as defined by Hobbes and Rousseau, according to whom social order was based on the existence of two complementary spheres : the public, political sphere on the one hand and the private, intimate one on the other. If the idea was not entirely new, what mattered was the assertion that these two spheres corresponded to a division of society in terms of gender : only men could be granted the status of citizens with an essential role to play in public activities, whereas, due to their biological « nature », women were confined to their reproductive role and hence to the private sphere. If some historians have recently demonstrated that this binary conception only partially
corresponded to reality (even at the time of the above-mentioned philosophers), they nonetheless admit that this conception has served as a conceptual and ideological framework to justify the domination of one gender over the other – an ideology that has not completely disappeared with the increasing participation of women in the public sphere. As critic S. Walby puts it : « Women are no longer restricted to the domestic hearth, but have the whole of society in which to roam and be exploited » (Theorizing Patriarchy, 1990).

Because, as we know, the dichotomy public/private has often served as a basis to other oppositions such as culture vs. nature, rationality vs. sentimentality, etc., their gendered dimension is still strong in the collective consciousness, with the first element having far more positive connotations than the second.

Through the works of women writers from the 18th century to the present day, we will examine how this spatial division of the spheres has been internalized or rejected, what strategies have made its circumvention possible (for example by giving an unconventional shape to the writing on the page itself) and how the female authors have appropriated this notion to revitalize it and give it « a significance of their own ». One can think in particular of the way 19th century American writers have subverted the domestic novel by incorporating social topics with national resonance (following the example set by Harriet Beecher Stowe in Uncle Tom’s Cabin).

In the 19th century British novel, the authors more or less explicitly denounce the compartmentalization of the spheres, which confines women to the home and domestic chores, whereas men have access to what George Eliot calls « the male province of knowledge ». Jane Eyre, the eponymous heroine of Charlotte Brontë’s novel, claims an equality that is both social and intellectual.

We will study in particular the works focusing on the relationship of women to the public sphere, be it in the world of the arts, education, or social or political life, questioning what kind of vision of the world they offer and if the way they structure the space they construct in their works reproduces (or not) the hierarchies of power. Finally, we will see if the writer’s profession is a space opening outwards that enables the artist to elaborate new codes and to have another look at the mobile frontiers between the private space (writing) and its public counterpart (publishing).

Papers on ‘New Literatures’ by women authors are welcome.
Proposals should be sent before April 30th 2013 to Claire Bazin, (GB and Commonwealth) and Marie-Claude Perrin-Chenour, (American).